Meeting 3, non-journal texts

Questions préliminaires - Amer Simpson

mardi, 28 juin 2005

Je commencerai par dire qu’il n’y a rien de telle qu’une discussion de vive voix autour d’une bonne bière. L’écriture ayant chez moi la fâcheuse tendance de se compliquer pour dire finalement que peu de chose...

COMMENT FAIRE ?

Les deux questions qui ne peuvent être contournées sans compromettre les révolutionnaires dans leurs désirs les plus honnêtes est de savoir comment se préparer à mener la révolution à bon terme et comment saisir les conditions présentes afin de comprendre d’où on part pour arriver à cette foutue révolution. À la première question, je dirais qu’au niveau pratique c’est la tendance que je résumerai grossièrement par « autonomiste » qui cherche à y répondre. Loin de moi, ici, de prétendre que la révolution se fait essentiellement par ceux et celles qui la veulent et prétendent la faire ici et maintenant, mais force objective est de constater que la frange dite révolutionnaire de la population est celle qui peut et veut la saisir adéquatement pour la mener à bien et qui agit en sorte qu’elle arrive un jour ; c’est donc à partir de cette frange que la question se pose et qu’elle est débattue. C’est pourquoi, la question de savoir comment se préparer à la révolution se pose en premier lieu à ceux et celles qui la veulent.

En quoi la tendance « autonomiste » est concernée par cette question, la réponse se situe dans leur pratique, bien entendu. La raison en est assez simple, cette tendance s’affirme par ce qu’il font pour se sortir des contraintes de ce monde et par leur discours qui justifie cette façon de faire. En quelque sorte, cette tendance exprime la volonté de vivre le communisme en appliquant ses conséquences immédiatement : abolir la propriété par le vol et le squat, confronter l’autorité par la violence et l’organisation horizontale, détruire la marchandise par le pillage et la gratuité des services publiques, mettre fin au salariat par la récupération, la débrouillardise collective, le partage des responsabilités et du savoir-faire... Dans un certain sens, c’est l’apport du mouvement d’action directe tel que décrit par T.C. dans un des derniers numéros de leur revue. Ce que cette tendance exige, c’est que le communisme ne soit pas juste un volonté abstraite qui attend la venue du jour J pour trouver les moyens d’appliquer l’abolition des conditions présentes, mais plus précisément qu’elle soit une expérimentation au jour le jour qui permet de se préparer aux conditions que cette révolution impliquera nécessairement demain ; comme il est dit souvent, la révolution n’est pas une partie de carte. Voilà, autrement dit, ce que la Tiquunerie essaie de faire comprendre théoriquement de la pratique des dits « autonomistes » et qui n’est rien de moins que la volonté de préparer dès aujourd’hui les armes qui critiqueront cette société un jour.

D’une certaine autre façon, les groupes anarchistes qui n’ont dans la bouche que l’organisation et qui par-là cache mal leur volonté de former un parti du prolétariat aussi historique soit-il, on eux aussi la prétention de préparer les bases de la révolution par ce qu’ils nomment la démocratie directe, le fédéralisme et la responsabilité collective. Malheureusement pour eux, cette nécessité de l’organisation fait l’économie du but : soit l’abolition des conditions présentes ; et finalement, malgré eux, ils font le jeu de la politique autogestionnaire de l’économie, créant ainsi les conditions pour revenir en arrière. C’est probablement là une des raisons pourquoi les autonomistes ne participent que très rarement aux initiatives des formalistes organisationnels. En dernière analyse, il ne serait pas faux de dire que l’un et l’autre se renvoient la balle du comment faire ici et maintenant sans comprendre là où ils partent.

Ceci étant dit, la question reste toutefois pertinente. Comment faire autrement que de rester assis sur son cul à décortiquer l’histoire pour en trouver la faille ? Créer des liens entre camarades reste probablement la meilleur chose à faire. Personnellement, les expériences autonomistes ou ce qui s’en réclame est loin de m’avoir convaincu. Plus souvent qu’autrement, ces initiatives expriment le peu de moyen qu’il nous reste ; la communauté ouvrière, longtemps le foyer d’un réel réseau de camarades géographiquement stable et fidèle, n’a plus cour aujourd’hui ; le combat se situant dorénavant sur le terrain éclaté d’une classe sans identité, l’ensemble des efforts est concentré sur la reproduction toujours précaire de cette communauté résiduelle de quelques camarades près à survivre dans la quasi-illégalité. Les fameuses lignes de résistance qui se voient comme des embryons de la révolution à venir n’ont comme seule perspective à offrir que la gestion des nécessités matérielles que la misère ambiante les contraint à résoudre. Toutefois, cette débrouillardise que n’importe quel prolétaire est à même d’assumer venant sa nécessité n’est pas à négliger sans considération. Car il y a dans cette débrouillardise autonomiste toujours la volonté d’articuler le quotidien avec les idées dans finir avec le monde qui produit cette misère et ses contraintes. C’est justement dans cette écart d’une pratique quotidienne contre le vieux monde que la tendance « autonomiste » ouvre des perspectives qui méritent notre attention.

Afin d’évacuer toutes mauvaises interprétations, loin de moi l’idée de dire que cette tendance répond adéquatement à la question comment faire ici et maintenant. Mais cette tendance qui refuse parfois toutes formes de représentation, contient déjà certains éléments que le mouvement communiste ne peut ignorer. Que cet tendance cherche à mettre en pratique leurs désirs contre cette société sans se compromettre avec cette société rejoint déjà ces quelques grèves qui n’ont rien à revendiquer sinon la fin de cette société : n’est-ce pas là le meilleur exemple qui soit d’une perspective qui ne veut rien d’autre que l’abolition des conditions présentes ? Que cette tendance soit limité dans sa propre lutte est évident et c’est pourquoi la question ne se résume pas à un simple comment faire, mais également à une question de point de départ, de conditions présentes qui sont celles que nous devons abolir. Il ne suffit pas de vouloir mettre en pratique nos plus beaux espoirs, encore faut-il savoir dans quelles conditions ces espoirs peuvent trouver un point d’appui et se réaliser. Nous voilà donc arrivé à la deuxième question qui nous interpelle comme révolutionnaire : comment saisir les conditions présentes afin de comprendre d’où on part pour arriver à cette foutue révolution ?

LES CONDITIONS PRÉSENTES...

Les limites de la tendance « autonomiste » se trouve probablement dans cette négation des conditions présentes qui ne permettent pas de réaliser la moindre initiative communiste à l’intérieur du capitalisme. Mais là, les ambiguïtés n’ont pas fini de se répandre telle une boite de Pandore. Quelles sont ces conditions présentes qui produisent à la fois la nécessité de les abolir et renvoient perpétuellement à la nécessité de sa reproduction ? Voilà l’écart où s’engouffre indistinctement toutes les tendances du communistes, y compris le courrant communisateur.

Il n’est pas simple de dire que les conditions présentes de part la contradiction qui en est la dynamique produit son dépassement dans le communiste. Car il faut bien que ce dépassement soit produit par ceux et celles qui sont en position, dans la contradiction, de le faire ; et le prolétariat, tout comme le capital, n’étant jusqu’à ce jour qu’une abstraction qui nous permet de rendre compte de la contradiction dans les termes opposés qui la définissent, ne nous en dit pas plus sur la façon de préparer cette révolution qui abolira les conditions présentes. À moins de croire à ces conditions objectives qui feront la job à notre place, les révolutionnaires ne peuvent se contenter de vérifier leurs théories sur ce que le prolétariat a fait ou n’a pas fait ; nous avons un rôle à jouer qu’on le souhaite ou non. Je ne parle pas de ces avant-gardes qui ont plus à cœur de construire leur parti que de répondre aux questions que l’époque pose prioritairement, mais de ceux et celles qui agissent de façon à rendre possible cette révolution sans s’illusionner sur leurs agissements. Si nous sommes embarqués dans cette lutte de classe, nous y sommes avec des questions et des réponses et c’est de ça qu’il s’agit : du comment faire sans perde de vue que ce « faire » dépend des conditions présentes et de leur évolution.

En tant que communiste, nous savons ce qu’est le capital et ce qu’est son abolition : propriété, marchandise, valeur d’échange, division du travail, force productive, état-nation, classe et j’en passe... Nous savons également que ce mode de production produit essentiellement les conditions de son renouvellement, soit les moyens matériels de contraindre une masse de population à se vendre pour vivre et ceux qui permettent à une minorité de la population à l’utiliser pour s’enrichir ; c’est par ces conditions matérielles que le capital est objectivement opposé au prolétariat et c’est par ces mêmes conditions que le prolétariat est en mesure de combattre le capital jusqu’à son abolition. Théoriquement, tout paraît simple mais comment faire pour que la lutte du prolétariat dans sa réalité concrète comme lutte de classe ne soit pas reproduction des prémisses qui rendent possible le renouvellement du procès d’exploitation dans son ensemble. Ainsi présenté, nous n’avons pas avancé d’un pas.

Mais voilà, nous savons qu’il existe des initiatives qui créer l’écart nécessaire pour définir le lien entre les conditions présentes et la révolution et ces initiatives sont tous ce que nous avons pour explorer des perspectives communisatrices. Cette exploration ne se veut pas expérimentation dans le sens autonomiste mais bien définition du comment cela va se faire selon ce que nous sommes en moyens de définir à partir des conditions présentes en lien avec la révolution ; c’est de cette façon que j’entend perspective. Depuis le début des années 90, sans compter tout ce qu’à pu nous apporter les luttes des années 70 et 80, ces perspectives ont fait surface et ont trouver encre à leur plume. Probablement que ces plumes qui ont permis d’écrire les nombreux compte-rendus de la révolte qui a suivi l’effondrement économique du pays argentin, pour ne nommer que celle-là, a trouver son encre dans ce que ce mouvement avait de plus difficile à saisir ; c’est pourtant là que la perspective révolutionnaire peut puiser ses meilleurs exemples.

D’expérience que nous n’avons que trop souvent pas réellement vécu mais que nous savons regarder avec l’œil du faucon, nous sommes en mesure de mettre quelques évidences au claire. Malgré l’énorme progrès du capitalisme vers une subsomption sans égale de la communauté humaine, il reste que néanmoins la représentation et son corollaire la revendication à fait ses preuves ; base du syndicalisme et de la social-démocratie et maintenant, depuis la destruction de la classe ouvrière, du démocratisme radical, la formalisation des intérêts de la classe prolétarienne n’a toujours servi que les intérêts de la classe dominante qui avait besoin d’un pallier juridico-politique pour s’appuyer et parfaire sa démocratie. La différence aujourd’hui n’est pas tant dans son contenue fondamental mais bien dans sa forme en tant que contenu historique ; le syndicalisme n’a plus nécessairement la même forme mais conserve la même fonction ; que ce soit pour combattre le racisme ou la précarité, il permet de revendiquer des droits et de finalement de produire son lot de représentants afin de défendre ces droits peu importe la violence et l’autonomie organisationnelle investie pour les revendiquer. En fait, l’essentielle est là : défendre les intérêts du prolétaire en tant que prolétaire, qu’il soit membre de la classe ouvrière en décrépitude ou d’une minorité quelconque. C’est là que nous retrouvons nos chers autonomiste qui mènent des luttes sans aucune revendication mais avec une certaine difficulté d’y échapper si nous considérons l’ensemble des mouvements qui se revendiquent des « sans » et les autres centres sociaux alternativistes qui dérive plutôt vers un aménagement circonstancielle des conditions présentes.

Nous voilà donc arrivé dans l’écart où immédiatisme et perspective révolutionnaire cherchent leur point de rencontre et se questionnent l’un l’autre. De toute évidence, ce questionnement n’a que très peu d’écho ; en dehors de Meeting, il y a probablement que Dauvé et Nesic qui ont fait état des lieus avec leur texte : un Appel, une Invite. Le débat ne fait que commencer... À suivre !

Commentaires :

  • > Questions préliminaires, , 29 juin 2005

    Je ne vais pas répondre à tout ce qui est dit dans ce texte, je vais seulement répondre à ce qui me semble la question essentielle que ce texte pose ; "Que faire" et oui encore et toujours "Que faire" ! Mais il n’y a rien à faire ! c’est tout ce qu’on peut répondre cette question car il n’y a de question que si l’on pense qu’on n’est pas dans la lutte des classes de tous les jours et aussi des grands jours parce qu’elles sont nôtres. Si j’ai fait grève contre le lundi de Pentecôte travaillé, c’ètait tout simplement pour ne pas travailler ce jour-là et j’ai fait cette grève en communisateur et non en tant que communisateur c’est à dire avec tout ce que je pense, sans le cacher ni faire de leçon. "Que faire" est une question qui ne peut se poser que si être dans les luttes et en faire la théorie révolutionnaire est vu comme insuffisant, comme être assis sur son cul ! Ca me semble étrange d’autant que l’activité théorique proprement dite peut et même doit être socialisatrice, tisser des liens, constituer un courant, qui en retour aide à cette activité théoriquement et personnellement. Encore faut-il ne pas se poser la question de à quoi peut "servir" la théorie, communiste, elle se "sert" à rien, son action n’est pas différente de ce qu’elle énonce, elle n’est pas un arrière plan à l’action, son action c’est son contenu, elle n’est en rien un programme et elle se fonde sur la participation aux luttes de classe réellement existantes. C’est dans les lutte que sont posées les questions théoriques auxquelles la théorie au sens restreint de "discours théorique" essaie de répondre. C’est ainsi que les luttes sont théoriciennes et plus la théorie sera un élément réel des luttes. Moins on se demandera "Que faire" et plus on fera.
    BL.


    • > Questions préliminaires, jef, 30 juin 2005

      je vois que les forums ont été rouverts et m’en réjouis.
      je ne saurais qu’applaudir à ce discours, BL. la théorie est toujours entendue (malement) au sens restreint parce qu’abstrait, au lieu d’^etre saisie comme action inchoative, commençante.
      cela dit, il faudra que tu m’expliques la différence que tu fais entre gréver en communisateur et gréver en tant que communisateur : c’est plut^ot douteux pour moi.


      • > Questions préliminaires, , 30 juin 2005

        Quand on a la pédanterie d’écrire inchoative on ne met pas la traduction après, par ailleurs grèver veut dire aloudir de charges financière et non pas "faire grève" mais sans doute est-ce trop banal, alors que grèver à la fois distancie et remet le faire grève sur le plan de n’importe quelle activité au choix.(bien sûr on répondra que ce n’est pas ça, que c’est juste pour amener un peu de fantaisie dans le vocabulaire, mais c’est ça). Ce que veut dire faire grève en communisateur ou en théoricien (mâle et donc viril sans doute) c’est expliqué clairement, mais je peux préciser plus : ce n’est pas "POUR" participer et observer pour ses positions soient présentes dans le mouvement, qu’on fait grève (Dans ce cas on serait grèviste "en tant que") mais pour le but même de le grève en question, il n’y a pas un niveau supérieur au gréviste qu’on est. La théorie communiste au sens étendu c’est le caractèrisation spécifique de la conscience du prolétariat, conscience qui ne peut pas être directe sauf à être pure idéologie du travail en capital comme il y a celle du capital et celle de la terre (cf. la trinité de Marx) la conscience du prolétariat est donc toujours médiée par le capital, elle est toujours critique du capital. C’est pourquoi les luttes sont théoriciennes (au sens étendu) et que donc je parle de théorie au sens restreint quand j’évoque les analyses qu’un grèviste révolutionnaire peut en faire (en général après mais ça devrait tendre à la simultanéité) cqfd
        J’aimerais qu’on se départisse totalement de toute pédanterie et de toute posture radicale, de toute distance badine (cfc le malement) Je ne me suis pas mis à intervenir pour des échanges aigres-doux ça me gonfle. "Faire de la théorie" est pour moi une activité révolutionnaire, sans me faire de films pour aurtant. donc stop à toute pose. Salut, fraternité et sororité (!) BL


        • > Questions préliminaires, jef, 4 juillet 2005

          à vos ordres maréchal (nous voilà). c’est pas ici qu’on va commencer un débat sur esthétique et politique. tu voulais dire grever, sans doute, au lieu de grèver. mais peu importe(nt) les mots. comme disait un vieux con de stalinien de ma connaissance, "le socialisme tout le monde sait ce que ça veut dire,pas besoin de faire de chichis". waow. n’oublie pas que le distinguo (tellement subtil que je n’ai toujours pas compris) entre "en tant que" et "en", ce n’est pas moi qui l’ai introduit. alors, faire le procès du pédantisme, ça commence pa expliciter un peu ses propres nuances. quand je pense que je me tords autour des conséquences pratiques d’une différence entre valeur comme prix des MP+produit de valeur et valeur comme valeur des MP + produit de valeur, je me rends compte que je prête à marx des chichis qu’il était loin de se figurer. grand salut.


          • > Questions préliminaires, Hélène, 4 juillet 2005

            Bonjour,

            Je trouve assez minable de rapprocher Pétain et la réponse de B.L,pourquoi tant de hargne dans tes propos Jef ?
            Hélène


            • > Questions préliminaires, jef, 5 juillet 2005

              (re)lis le message auquel ma hargne répond.
              je ne suis pas pour abandonner la méticulosité aux vrais pédants de l’université. au contraire : je dirais : méticulosité contre pédanterie.
              et pensais que n’étais pas le seul, puisque BL distingue "en communisateur" et "en tant que communisateur", là où je ne vois que parfaits synonymes : je suis donc débordé sur ma méticulosité, ou alors sur ma pédanterie.


              • > Questions préliminaires, Patlotch, 5 juillet 2005

                (Jef) .../... méticulosité contre pédanterie. et pensais que n’étais pas le seul, puisque BL distingue "en communisateur" et "en tant que communisateur", là où je ne vois que parfaits synonymes : je suis donc débordé sur ma méticulosité, ou alors sur ma pédanterie.

                Pour la pédanterie je laisse tomber, vu que tu n’es pas le seul à enrichir mon vocabulaire, et tant que je n’ai pas compris ce que ça veut dire, j’attends des jours meilleurs, qui finissent toujours par venir.

                Par contre, la distinction entre « agir en théoricien » ou « agir en tant que théoricien », BL a répondu, d’autres y sont revenus, et l’on trouve cette distinction dans plusieurs textes. Exemple :

                Ce cours quotidien des luttes est producteur de théorie, il s’agit d’y être en théoricien et non en tant que théoricien, la distinction est d’importance. Dans le premier cas, on considère le cours des luttes comme réellement productif de leur dépasssement et donc productif de théorie, dans le second cas, on aurait un discours tout prêt, une abstraction du but, préalable à sa production, quelque chose à appliquer ou à conserver par devers soi pour des jours meilleurs. On ne peut pas sauter par-dessus le fait que la contradiction entre les classes est production de son dépassement dans le même mouvement où elle est reproduction de la société existante. L’attitude consistant à se situer "en tant que théoricien" avec son discours, son but, le parcours à accomplir, tout cela comme un corpus "théorique" préalablement fixé et fixe, est donnée de façon caricaturale par le préambule du texte sur la lutte des chômeurs et précaires du groupe interventionniste Le Mouvement communiste. Tout est dans ce qui est dit et surtout le ton professoral de l’"éducateur" face à la lutte de classes [citation]

                Il n’y a aucun "dispositif théorique communiste" qui soit le "maître-étalon" de la lutte de classes. La production de théorie est inhérente à la lutte de classes ; avoir une activité théorique, travailler à son affirmation ce n’est pas n’avoir rien à faire en attendant la révolution [je souligne pour tous]. La production théorique est un moment nécessaire du cours quotidien de la lutte de classes, ni en avance, ni l’éclairant, ni en retard, ni phare, ni lanterne rouge. Elle participe de ce cours quotidien pour autant qu’elle s’y produit et reproduit.Celui qui possède quelques "acquis théoriques" se laisserait piéger par eux en les considérant comme "de la théorie", ils ne sont que de la "théorie en soi". Tout comme la valeur des moyens de production n’est transmise au preoduit final que par l’activité du travail vivant et l’on ne retrouve cette valeur dans le produit fini que comme cadeau offert gratuitement par le travail vivant nouveau qui s’est cristallisé ; de même les "acquis théoriques" ne sont de la théorie que de par leur reproduction dans la production théorique nouvelle, c’est un cadeau de celle-ci que reproduire cet "acquis" comme théorie. C’est la production théorique nouvelle que porte le cycle de luttes qui reproduit comme théorie la production théorique antérieure, que ce soit la conception du trvail salarié, du chômage, de la démocratie, des formes de luttes, des syndicats, de l’objectivité des contradictions "économiques, de la nature de la révolution...

                Il faut considérer concrètement la théorie. La théorie, dans son sens restrient, c’est des gens qui parlent quelque part, qui agissent, ce sont des revues, des textes qui circulent, des tracts, des affiches, des réunions, des discussions... Même si nous disons quel est le sens de tel ou tel conflit, la tendance générale de telle ou telle période, c’est maintenant que nous le disons, et le fait de le dire maintenant, participer de sa constitution présente, ce n’est pas plus être en avance que d’autres seraient en retard, pas plus extérieurs que d’autres seraient à l’intérieur, c’est être dans l’activité théorique de la lutte des classes, au sens large. . Théorie du communisme, vol.1, Roland SIMON, 2001 // Chap 7, Abolir le capital, Section 3, Division 2 : Que faire ? p 703-705 voir Sommaire

                J’ai cité longuement, il faudrait d’ailleurs faire de même relativement à d’autres termes ou expressions "fondatrices" de cette approche théorique (par ex. la praxis comme rapport :La lutte des classes est la praxis, p 662). Cela pour deux raisons : 1) un minimum d’appropriation d’un langage commun sans lequel la discussion flotte entre les significations variables pour les uns ou les autres 2) éviter, en l’occurrence, les procès d’intention, quand il est reproché aux théoriciens de la communisation d’être dans la posture inverse de celle qu’ils tentent de tenir réellement.

                De ce point de vue, on pourrait envisager un glossaire d’idées clés renvoyant à des textes où les choses sont définies clairement, ou s’élaborent en lien avec des situations : c’est précisément le cas, à mon avis, du livre cité. Il n’aura échappé à personne que Roland SIMON se répète beaucoup, reformule en spirale (voir les textes ici...). C’est peut-être moins musical que du Thomas Bernhard (un autre lion), mais c’est pas pour faire des bibliographies inutilisables ;-)))

                Bon, Jef, tu nous promets que tu ne diras plus que "en théoricien" et "en tant que théoricien" sont synonymes ?

                Patlotch, 5 juillet


        • > Questions préliminaires, , 4 juillet 2005

          Pas de se pose en tout cas, même si on simule d’obéir à un maréchal, ensuite le "en tant que" est tout simplement de l’interventioin militante et répond à la question "Que faire ?" le "Comment faire ?" supposant qu’on a déjà répondu au "Que faire ?" dans le sens de la nécéssité de l’intevention. Pour être quand même d’accord avec Jef le "Que faire ?" est en effet "Que nous ne fassions déjà"

          Je ne crois pas qu’il y ait une confrontation entre un immédiatisme et la perspective révolutionnaire dans Meeting, d’ailleurs les 2 articles du N°2 qui critiquent "L’appel" sont de participants qui ne sont pas dans le collectif TC. (Calvaire n’est pas un immédiatiste, il est réformiste et démocrate pas trop radical)

          La discussion sur le "faire" est sans réponse et sans utilité, on ne peut discuter que des actions, ou des analyses, que l’on fait réellement, le reste tient lieu d’action. La perspective révolutionnaire n’existe comme attente que si on n’est pas dans l’activité de résitance au capital, parce qu’on est pas attaqué par le capital. Il faut beaucoup mépriser les actions des prolétaires pour se poser la question du "Quoi ?" ou du "Comment ?"
          Que Meeting contienne une dualité c’est certain, mais l’évolution du N°1 au N°2 montre que les positions se sont rapprochées.

          Si nous nous centrons sur les activités de lutte et de critique que nous menons tous, le contenu théorique ( Au sens d’auto-critique des luttes de classe) de la revue, deviendra prépondérant par rapport à des hypothèses sur les voies de la communisation ou plutôt ces hypothèses seront beaucoup plus articulées aux luttes actuelles (cf. l’écart)

          Le "Comment faire" devient alors : Comment avoir une participation productive ? la participation étant un donné. A cette question la réponse qui me vient c’est qu’il faut discuter plus, il faut faire plus de réunions de participants, réunions préparées de discussions de fond et pas seulement de rédaction.

          La communisation va se répandre comme concept, il nous faut être en mesure de nous opposer aux dérives réformistes de tous types qu’il va encore plus connaître, cette opposition risque fort d’être une activité qui nous sera imposée. Seule la présence dans les luttes ou leur soutient attentif donne la capacité de développer la communisation comme révolution des prolétaires c’est dire des travailleurs

          Salut ! rompez !


          • > Questions préliminaires, Calvaire, 6 juillet 2005

            ’’Calvaire n’est pas un immédiatiste, il est réformiste et démocrate pas trop radical)’’ J’aimerais bien savoir en quoi je suis réformiste, démocrate et pas trop radical ? Facile à dire sans argumenter, c’est votre vide qui raisonne.


    • > Questions préliminaires, C.C., 3 juillet 2005

      Sur le fond, je suis d’accord avec BL et je vois bien ce qu’il veux dire. Moi–même, dès que j’ai lu le texte de Simpson j’ai répondu tout de suite : « Y’a rien à faire ! » Mais, à la réflexon, c’est peut–être aller vite en besogne.

      AS, en fait, ne pose pas la question du « Que faire ? » mais celle du « Comment faire ? », ce qui n’est pas tout à fait la même chose, même si notre vieux fond antiléniniste (à l’époque où nous étions « anti ») nous a tout de suite fait bondir. Les deux questions ont en commun le fait de se situer dans l’ordre d’un « agir », et par là de supposer un libre choix et l’existence d’un espace de liberté (d’« autonomie ») dans lequel exercer cet agir – et cela est déjà si non criticable en soi, du moins à critiquer… Mais ce n’est pas là–dessus que je veux intervenir, c’est sur la différence entre les deux.

      La différence entre le « Que faire ? » et le « Comment faire ? » est de l’ordre de celle qui existe entre le « quoi » et le « comment ». Ce n’est pas un jeu sur les mots. D’abord derrière le quoi il y a bien sur le « qui du quoi », le qui fait quoi, qui n’est pas forcément impliqué directement par le comment – ce qui permet à Simpson de jouer sur les deux registres : « ceux » et « celles » pour le « comment faire » et le prolétariat pour ce qui est des « conditions présentes » (mais aussi la « masse de la population » contrainte de se vendre vs la « minorité qui s’enrichit ») Ensuite, l’autre différence – c’est le plus important : le « Que faire ? » pose implicitement la question du « quoi » et en ce sens il appelle tout de suite la réponse : « rien », il n’y a rien à faire, comme son corollaire, alors que l’on ne peut pas répondre « rien » à la question « comment faire ? » Le comment faire suppose ainsi déjà ce quoi faire en question et se centre sur les modalités d’effectuation de celui–ci, ce qui est moins abstrait et pose nécessairement la question au présent et non au passé ou au futur et c’est pour cela que Simpson doit passer ensuite obligatoirement à la question du « point de départ », c’est–à—dire des « conditions présentes », ce qui est le plus important dans la mesure où la qualification de ces conditions suppose les modalités. mais reste à savoir ce qu’est ce quoi du comment : bien sur, c’est cette « foutue révolution » et, en l’espèce, sa « préparation » ici et maintenant, et parce que ce point de départ est abstrait (pas faux mais trop général : « En tant que communiste nous savons ce qu’est le capital… ») le point d’arrivée l’est également et Simpson tourne en rond : « Ainsi présenté nous n’avons pas avancé d’un pas ». Je suis d’accord. Mais c’est bien la question du « comment faire ? » qui est posée et pas celle du « Que faire ? ». À celle–ci, je suis bien d’accord avec BL, il n’y a qu’une réponse : Rien.

      Dans un message mis en ligne le 25 juin, Simpson posait sa problématique en ces termes : « la réflexion que je trouve pertinente [dans Meeting, N.d.A.] entre la vie au jour le jour et la volonté d’en finir avec ce monde archéologique ; réflexion qui ne peut pas se contenter d’un espoir du grand soir orageux ; sans toutefois tomber dans l’exigence moralisatrice de vivre immédiatement des pratiques révolutionaires qui n’auront de réaliste que leur misérable prétention de former une base d’expérimentation de la survie augmentée. » Il conclut le présent texte par ces mots qui renvoient, dit autrement, à la même dichotomie : « Nous voici donc arrivé dans l’écart où immédiatisme et perspective révolutionnaire cherchent leur point de rencontre et se questionnenet l’un l’autre. De toute évidence, ce questionnment n’a que très peu d’écho, en dehors de Meeting… » C’est très bien vu, sauf que l’absence d’écho existe surtout et avant tout dans Meeting au sein de laquelle les deux tendances cohabitent sans se confronter, et en évitant soigneusement de le faire, au risque de l’implosion… Jouons au jeu du comble : quel est le comble de Meeting ? Réponse : le fait que beaucoup des textes les plus intéressants concernant la question de la communisation ne se trouvent pas dans Meeting ! Ce qui renvoie d’une certaine façon au propos de Denis dans « Ceci pourrait être un éditorial » : « Meeting ne réussira dans son projet que si la communisation est en débat ailleurs que dans Meeting. » Alors, pourquoi en être plutôt que ne pas en être ? That is the question. Rien que parce qu’il permet de poser cette question, le texte de Simpson est important.


      • > Questions préliminaires, jef, 4 juillet 2005

        au ’rien’ en guise de réponse au sempiternel ’que faire’, j’ajouterais volontiers "qu’on ne fasse déjà (ou défasse)".
        c’est un distinguo antibordiguiste, si je puis dire. sinon le rien passe pour de l’attentisme.


      • > Questions préliminaires, Amer Simpson, 4 juillet 2005

        Bien que C.C. est saisi certaines nuances dans mes propos avec ces développements sémentiques - développements auxquels je n’aurais aucunement songés -, d’autres devront être soulignées davantage afin de rendre plus explicite mes propos. De toute évidence, comme vous le constaterez vous mêmes, je ne suis pas exempte de contradictions et de certaines incohérences ; la pensée étant un fluide difficile à coaguler.

        Ce qui est particulier dans la réponse de B.L. et C.C., c’est le reflex instinctif de considérer mon double questionnement comme un choix volontariste, d’où le besoin de travestir mon questionnement en un "que faire" programmatique. À première vue, il semble effectivement aller de soi que je fais le choix de me poser certaines questions, mais là n’est pas du tout le cas. Les problèmes auxquels je cherche des réponses, l’époque suffit à les poser ; de plus, je ne fais pas le choix d’y répondre, mais seulement le choix des réponses. Et ces réponses : c’est l’agir de mon "comment faire" comme dirait l’autre. Bref, je fais ce que tout le monde fait : je cherche comment faire pour répondre adéquatement aux questions que pose actuellement l’époque dans laquelle je suis embarqué.

        C’est en raison de quoi, je ne comprend pas la suffisance d’une réponse aussi vide de contenu que : "il n’y a rien à faire" ; car justement, s’il y a bien une chose qu’il est impossible de faire c’est ce "rien". À moins de sombrer dans un cynisme de bas étage en débattant d’une fin à laquelle on a longtemps perdu l’ombre d’un désir d’y parvenir ; ou que soit par ambition vaniteuse d’en découdre théoriquement sans le moindre soucis des échos que porte nos idées sur le cour des événements ; donc au-delà de ce simple psychologisme humain trop humain, tous et chacun que nous sommes avons une pratique quelconque qui cherche à répondre... et cette pratique couvre l’ensemble des activités qui comprend l’indifférence totale à l’activisme militant le plus aveugle en passant par le débat théorique tel que choisit par les membres de Meeting. En d’autres mots, ce que je cherche à dire avec un peu de difficulté, c’est que malgré votre volonté d’être à l’écart d’un "faire" quelque chose, vous avez choisi de débattre de la pertinence de créer une revue sur la communisation et ça, c’est déjà faire le choix d’une pratique, d’une réponse à la question "comment faire".

        Ceci dit, toutes les pratiques, ou les réponses, ne s’équivalent pas. Premièrement, étant donné que les questions sont dans les conditions présentes, c’est d’elles qu’il faut partir, de leurs analyse, critique et compréhension. Sans quoi, les pratiques font l’économie des conditions matérielles qui les déterminent et par conséquent, de leur dynamique, de leurs limites et du dépassement que produisent par nécessité ces dernières.

        Deuxièmement, puisque nous avons quand même fait le choix de considérer la révolution communiste comme la réponse adéquate aux contradictions de notre époque, nous prenons l’engagement d’agir en conséquent et donc de saisir le lien qui permet d’explorer des perspectives entre l’ici et maintenant et l’objectif visé. Sans quoi, tout devient vain, les rapports sociaux sont ramenés à de pures forces objectives qui agissent de façons autonome et les individus que nous sommes à de ridicules pantins de l’Histoire sans désir ni conscience ; s’il est exacte de dire que la conscience tout comme l’activité des prolétaires est subsumé par le Capital et que c’est au travers lui que se médie la crise sociale, il est tout aussi exacte de dire que c’est l’activité des prolétaires qui produit le dépassement du capitalisme par la communisation et donc que l’objectivité du Capital n’est pas la seule dynamique des conditions présentes ; bref, nous ne choississons pas notre époque ni ses contradictions, mais nous choississons notre façons d’agir dans cette époque avec tout ce que cela comporte de déterminations.

        Troisièmement, ne pouvant séparer les conditions présentes de l’objectif visé, il est donc absurde de se cantonner à un programme quelconque qu’il soit par étapes ou immédiattement applicable. La nécessaire crise de reproduction des classes impliquant un saut qualitatif qui implique à son tour une négation des classes interdit de construire à l’intérieur du capitalisme des germes de communisme et donc, toutes formes de transcroissance des luttes. Toutefois, cela n’empêche aucunement de chercher des réponses, car la pratique aussi théorique qu’elle soit n’est jamais vaine, puisqu’elle participe au développement des conditions présentes en tant qu’activité de la crise ; elle n’est donc pas un germe en puissance mais le mouvement même de la crise que porte en elle la lutte de classe.

        J’espère avoir permit d’éclaircir certains points fort obscure de mon texte.

        Amer Simpson


        • > Questions préliminaires, Patlotch, 5 juillet 2005

          Je n’ai effectivement pas bien compris pourquoi le texte d’Amer Simpson avait pu être lu comme posant la question du "Que faire ?" Il me semble que la plupart ici s’accordent à considérer que le problème, c’est que cette question n’est pas la leur (... la nôtre) : ici encore le problème n’est-il pas dans la question ? C’est sans doute dommage de canaliser la discussion en y entrant par autre chose que la batterie de concepts ou de thèses qui sont partagées par le collectif, et précisément quand il s’agit de mettre les points sur le i de ce que nous sommes, de ce que nous nous proposons de faire.

          Ce que j’ai cru comprendre (où j’essaye de discerner ce qui serait, qu’on le veuille ou non pour ne pas jouer sur les mots, un "Que faire ?" au sein du courant communisateur :

          S’il y un "Que faire ?", il n’est pas pour nous celui de la praxis* (de la lutte de classe) qu’on ne choisit pas, ni même celui de tout le courant communisateur, puisque ni nous (ni personne) ne saurions le représenter : c’est néanmoins modestement et patiemment le "Que faire ?" de ceux qui font "Meeting", matériellement en tant que Revue certes, mais surtout comme miroir le plus pertinent possible, lieu de rencontres et d’échanges dans le courant communisateur, et de plus en plus si possible, dans les luttes.

          * Si la praxis est la contradiction en mouvement, dont l’activité des deux pôles, des deux classes antagonistes, répond à la règle du jeu du toujours plus fort (jusqu’à la révolution, cad à la communisation comme ensemble de mesures communistes de destruction de cette règle du capital et des pôles qui le définissent), alors on n’a pas le choix d’agir en tant que sujet autonome structurant le pôle "classe des prolétaires" contre le capital, et moins encore par l’autonomie de la théorie, "en tant que théoricien". Autrement dit : parce qu’on ne choisit pas les termes ni le rythme de la lutte de classes, tant qu’on n’en produit pas le dépassement, on ne peut qu’y agir pour le meilleur, pour déborder ses limites, et se confronter aux échecs de façon critique, analytique, théorique et pratique (entre autres, pour ceux qui le sont, "en théoricien") : ceci ne saurait être l’affaire d’un courant. Par voie de conséquence, on a encore moins le choix, sauf à se contredire, à se trahir (retour du refoulé objectiviste ?), d’agir "en tant que théoricien" dans les luttes : quoi ? l’avant garde du courant communisateur comme sujet politique ?!?

          En ce sens je partage cette affirmation :

          Le "Comment faire" devient alors : Comment avoir une participation productive ? la participation étant un donné. A cette question la réponse qui me vient c’est qu’il faut discuter plus, il faut faire plus de réunions de participants, réunions préparées de discussions de fond et pas seulement de rédaction.

          La communisation va se répandre comme concept, il nous faut être en mesure de nous opposer aux dérives réformistes de tous types qu’il va encore plus connaître, cette opposition risque fort d’être une activité qui nous sera imposée. Seule la présence dans les luttes ou leur soutien attentif donne la capacité de développer la communisation comme révolution des prolétaires...

          Il y a bien un ensemble de tâches qui constituent le "Que faire et comment ? " de Meeting, imposées par la situation dans laquelle nous somme embarqués dans une position singulière (celle du courant communisateur), les choix que nous faisons, les moyens que nous nous donnons, sauf à renvoyer le contenu de la Revue ou les prises de positions dans les luttes de ceux qui s’y reconnaissent, à une posture "en tant que théoricien" (au demeurant de divers calibres ;-)...

          Du blé à moudre en sachant que le "Que faire ?" de Meeting n’est pas celui de la classe ou du courant communisateur ... ensemble de tâches que personne ne voudrait appeler "propagande", "communication", ou "pédagogie"... Pour autant, est-il nécessaire d’en rajouter aux états d’âmes pour s’éviter le pire objectivisme de « la conscience apportée de l’extérieur à la classe », du « studieren, organisieren, propagandieren », car il s’agit bien aussi d’un travail d’élaboration, de diffusion, de présentation, de clarification, d’écoutes, de réponses, de polémiques... et d’organisation... pour creuser l’écart ?

          Patlotch, 5 juillet


  • > Questions préliminaires, antyphon d’abder, 2 juillet 2005

    Cher tous,
    Je decouvre votre site et vos activitées cyber. J’ignore encore comment vous faites , à partir de quoi avec quels moyens . si je prends la parole et viens me manifester à vous , c’est essentiellement dans le but de trouver des solidarité matérielles et affectives , un espace et des gens , pour sortir de l’enclos qui nous tient si souvent séparé, trouver quelqu’un à qui parler où il soit possible de laisser être cette reconnaissance , dont on ignore quel démon lui empêche de venir au jour. Je suis naturellement ouvert à la correspondance . mon mail figure à la fin de mes propos qui s’organises en une suite de remarques .
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    il est un texte édité par mutine sédition, intitulé la contre révolution négriste en france , (disponible sur infokiosques.net,ou http://mutineseditions.free.fr/negr... )qui se présente comme une attaque en rêgle du négrisme , et une mine d’information sur ce qui apparait comme une stratégie de contre feux de la part des adèptes de la multitudes , si bien quelle semble incarner cette nouvelle gauche , en mesure par ces positions comme le revenu d’existence inconditionnelle au salariat , de garantir , en bon néokénésianiste , l’ordre social pour ces 50 prochaines années . cette critique part d’une position qui peut être aussi celle de "l’appel"(texte largement diffusé dans le milieu libertaire bordelais) , et qui consiste à rompre radicalement avec la gauche (extrême) institutionnelle et toute forme de parlementarisme , pour ne voir le salut que dans les pratiques insurrectionnelles tel que le squat , l’autonomie politique et des aventure qui rompt avec la pratique de la politique classique (réunion éléction manifestation ), pour s’adonner pleinement au jeux des rencontre , des affiliation et des affrontement entre des mondes et des subjectivités rebels et définitivement irrécupérables . la position est difficile à résumer en quelques mots , c’est d’ailleurs plus un pari qu’une véritable position , celui de la possibilité de construire un mouvement révolutionnaire victorieux , une stratégie du refus des compromis douteux . mais il est vrai qu’a l’heure de la création d’une nouvelle forme d’esclavage moderne ( revenu minimum d’activité ) et du retour à la pire des sauvagerie pour faire travailler les pauvres , l’opposition au revenu d’existence ( type un smig pour tous de la majorité à la mort , en contrepartie d’une activité d’intérêt public de nature à régénérer le tissu social ) semble difficilement concevable, voir réactionnaire , mais on la comprend tellement aussi en voyant ce brave yann moulier boutang (au comité de rédaction de la revue multitude ) appeler au nom des vert et pour des stratégie electoraliste à dire trois fois oui à la constitution européenne . le débat est loin d’être clos.
    Si ces deux stratégies (révolutionaire et parlementaire ) ont tendance en France à s’opposer et même à se combattre (cf l’histoire de la mouvance autonome française ) on peut aussi , et ce fut le cas en Allemagne , les considérer comme complémentaires. De plus il y a une vielle tradition ( il serait d’ailleurs intéressant de voir ce qui la détermine ) qui consiste à dire que plus les conditions de vies faites aux hommes sont insupportables , plus le mouvement révolutionnaire à de chance de ce développer . or , on remarque que la crise des 20 dernières années profite plus à l’ extrème droite , maintenant 3ème parti de France , qu’aux partis de gauches . les politiques libérales(comme mouvement actif d’anéantissement ) , menées pendant plus de 20 ans semblent avoir conduit plus à l’enfoncement des gens dans leur trous noirs. Enfoncement qui ne laisse présager aucun retour. Même en voulant garder une perspective révolutionnaire globale , dont l’espoir est rendu possible par l’existence de quelques noyaux de résistance et de radicalité sur lesquels la pression du monde dominant est toujours plus grande, on est quand même forcé d’admettre la nécessité de passé par une reconstruction même partielle, de nos société . pour prendre l’exemple du revenu d’existence , on aurait envie de dire que si la société n’en passe pas par là (et par une relocalisation de l’économie , un retour a une démocratie de face à face ), elle ne passera nul part. et c’est déjà mieux que rien , ou pire le RMA . on peut-être révolutionnaire , sur du court terme avec les négristes tout en s’en distinguant , sans pour autant être un terroriste .
    2
    la question du comment faire , me rappelle un texte de tiqqun du même nom. La solution proposées était simple : une apologie de la présence à l’autre , pour refonder le rapport intersubjectif, à savoir crever l’écran de la présence pour laisser advenir l’évènement dans toute son anormalité , sa demande . si la création de colonies expansives de squatt , de ferme autogérée , de radios libres, … serait de nature à pouvoir changer nos vies , je ne crois pas qu’elle soit de nature à générer une réelle bascule collective vers un autre horizon que celui, semble t’il indépassable, de ce capitalisme financier à courte vue et de cet idéal ascétique qui rend les comportement et les rencontres si agressives , si pénible. On se demande d’ailleurs sur quel sol pourrais s’appuyer une telle bascule . j’ai longtemps cru qu’il était possible dans notre pays , et plus particulèrement dans ma région ( l’aquitaine), de s’appuyer sur les marges et les minorités actives , qui à mes yeux demeuraient encore vivace dans les grands centre urbains. Si la société dans son ensemble ne pouvait laisser advenir sur les ruines de son enferment et de son asceptie qu’un désert , j’ai le sentiment non sans raison que ce qui vivait encore , vivait contre cette société , à sa marge . ma stratégie était la suivante constituer une sorte de loboratoire écosophique (cf guattari) , où aurais pu se créer un petit groupe de gens gagnés à la critique ( en particulier la pensée d’une écologie mentale et sociale ) et qui se lancerait dans l’exploration et la cartographie de la marge urbaine : lieux « alternatif » collectifs militants, d’artistes ,…. Il s’agissait de tout recenser et d’assurer par la création de médiations de passerelles via divers dispositif( université populaire , centre de ressource , projet-débat, revue, festival …) la contagions des attitudes et des savoirs qui aurait pu être dégagé par la constitution de ce groupe sujet ( sorte d’équipe de recherche élargit ) . contagions qui se serait faite concentriquement par cadre sucessif , de proche en proche et pour finalement rayonner vers des territoires moins bien lotis comme la campagne sous la forme de services au collectivités térritoriales de type coopératives municipalisé. C’est-à-dire par la création d’institution locales (comme l’envisage jean zin sur son site ) qui soit de nature à regenerer du lien et une dynamique sociale au niveau des différents térritoires . l’activité locale s’inscrivant à chaque fois dans des réseaux alternatifs de plus en plus larges . le projet était ambitieux . j’avais prévu d’y passer au moins 10 ans de ma vie. Or au bout de 2 ans d’activité , je constate qu’un certain nombre de dispositifs politique nouveaux viennent fragiliser l’émergence des « réseaux alternatif »sur bordeaux : la loi sur la sécurité intérieur de se brave sarkozy, empêche le mouvement squat ( déjà moribond à bordeaux ) de se développer, criminalise des usagers de droques ( un ami à pris 2 mois de taule pour s’être fait prendre dans la rue avec un joint) . le spéculation immobiliaire sur tous les qartier populaires de bordeaux contraint les populations les plus pauvres à quitter la ville ( beaucoup des gens que je fréquente ont des problèmes de logements , si bien que les réseaux militant ( athénnée libertaire ) ne travaillent plus que sur la question du précariat et du logement. Enfin une réforme toute récente qui attribut au conseil généraux la gestion du RMI , débouche sur une véritable guerre au pauvres , un racisme d’une sauvagerie sans précédant, avec une intensification du contrôle sur les projet et les choix indivuduelles . voilà trois mesures récentes qui tendent vraiment à enfoncer les gens dans leur trous et à démanteler lentement mais surement la marge bordelaise ( où ce qui l’en restait).
    Bref vous comprendrez j’espère que sur bordeaux et l’aquitaine ( si j’habitait à toulouse où paris j’aurais peut-être fait un constat différent), il n’y à plus rien à espérer , sauf de façon épiphénoménale et éphémère, sur la possible arrivé d’une quelconque révolution. Je crois personnellement que le temps et venue de rassembler le peu de forces qu’il nous reste pour imposer une reconstruction même partielle de nos société ( revendication de revenu, de logement de nourriture physique et spirituelle, doublée d’une volonté de revenir à une démocratie de face à face , partout où l’occasion pourra en être prise, pour régénérer le lien social ).
    yvan.brunet2@wanadoo.fr


  • > Quelque chose de l’ordre de l’évidence, R.S., 21 juillet 2005

    Le texte est ici


Bon alors qu’est-ce qu’on fait ? - Bernard Lyon

jeudi, 14 juillet 2005

Bon et maintenant qu’est-ce qu’on fait ?

« Conditions objectives », « les hommes seraient donc pantins sans volonté », « laisser le mouvement du capital faire le job à notre place ». Toutes ces formules qui nous sont adressées, expriment une conception du processus révolutionnaire très éloignée de celle des initiateurs de Meeting. Les conditions objectives et tout ce que désignent ces termes sont des formes réifiées de la relation sociale qu’est le rapport capitaliste d’exploitation du prolétariat. Rapport qui est activité contradictoire des deux classes, rapport qui se renouvelle sans cesse. L’objectivité en soi du capital fixe, face à la pure subjectivité du prolétariat comme relation d’exploitation, n’existe pas dans la conception que les formules citées ici impliquent. Dans la conception de l’exploitation que ces formules supposent, elle est réduite à la domination, les classes sont dans un rapport d’extériorité. L’entrée en crise d’un rapport de domination, ainsi conçu, ne peut pas être crise du rapport actif des deux pôles et crise de chaque pôle dans sa radicale opposition à l’autre. Dire que la contradiction ferait le job à notre place, suppose que la contradiction ne serait pas celle des classes, suppose que l’on comprend les classes comme des objets, l’action des révolutionnaires deviendrait à ce moment-là l’élément essentiel en ce qu’elle induirait le dépassement révolutionnaire. Quand on dit qu’à la question : Que faire ? (Ou comment faire ?) On ne peut que répondre « rien », c’est à tout ce qui vient d’être dit que cela réfère, « Rien » n’a rien de cynique il signifie d’abord, que si tous les gens qui parlent maintenant de communisation mourraient demain, cela ne changerait strictement rien au devenir révolutionnaire. Nous ne sommes en rien indispensables à la révolution : La révolution est prise dans le rapport aliéné, elle est autoproduction des individus immédiatement sociaux mais ces individus n’existent pas avant, ce n’est qu’après que chacun sera irremplaçable. Cela dit (si l’on peut dire) la question de l’hiatus entre la situation actuelle et la situation révolutionnaire reste pendante. La production du dépassement ne peut se concevoir comme un simple développement de l’extension et du niveau actuel des luttes de classe, une transformation qualitative radicale est nécessaire. La production de la situation révolutionnaire n’est pas la production de conditions, de la révolution, lorsque qu’une situation existe sous la forme de conditions objectives et subjectives, elles restent séparées et la situation n’est pas révolutionnaire. Les rapports d’exploitations dans leur reproduction se présentent comme extériorisés vis-à-vis des pôles, comme des conditions objectives du côté du capital et subjectives du côté du prolétariat, et ainsi les conditions de la révolution ne seront jamais réunies, jusqu’à la production du rapport révolutionnaire. Dans une conception de la révolution comme devant avoir des conditions adéquates, les conditions sur lesquelles les révolutionnaires peuvent s’imaginer avoir une influence, ce sont les conditions subjectives, trivialement « la conscience ». Bien sûr cette conscience ne peut être que conscience de classe, pour ceux qui posent la révolution comme action des prolétaires. La conscience est organisation des prolétaires, organisation ouvrière, autonomie de la classe, c’était le cas dans la situation programmatique des luttes de classe contre le capital, mais il ne pouvait alors être question de communisation, la révolution était et ne pouvait qu’être, d’abord généralisation de la condition prolétarienne, dans la supposée médiation, que devait être la période de transition socialiste, la contre-révolution réelle du socialisme réel. Or tout le problème est là : Le prolétariat ne peut plus poser sur, sa propre base, aucun dépassement du capital, car le prolétariat est immédiatement en contradiction avec sa propre existence comme classe du capital, dans sa contradiction à la classe capitaliste. La médiation à l’abolition de la classe, au travers de l’affirmation de la classe, ne peut plus être avancée, c’est irréversible en ce que le prolétariat n’a plus de positivité à affirmer. D’une part le travail a été inessentialisé dans la production, le « savoir ouvrier » comme coopération est passé définitivement dans le capital fixe, dans le système des machines, grâce à la commande numérique et la télématique. D’autre part la communauté ouvrière a été atomisée dans le moment où le prolétariat segmenté et précarisé a été réellement mondialisé avec la fin du « tiers monde » et la formation des pays « émergents ». Le mouvement ouvrier et l’identité ouvrière, liés à des capitalismes nationaux eux-mêmes dépassés, ont disparu. La restructuration du capital, qui a vaincu la vague de luttes ouvrières des années 60/70, a créé un nouveau monde capitaliste très justement appelé « global ». La fin du keynésianisme, du fordisme, de la guerre froide (qui même congelée en coexistence pacifique des systèmes économiques, posait, dans le système socialiste -le fameux modèle-, la résolution des contradiction de l’autre système, ce n’est pas rien. Quand l’URSS a implosé on est restés bouche bée, alors que c’était la preuve, de ce que l’ultra-gauche disait depuis les années 20 : « l’URSS c’est le capitalisme et elle s’effondrera comme tel ». Le problème c’était, sans doute, que beaucoup auraient espéré que la chute du « capitalisme d’Etat », entraîne dans sa chute le capitalisme occidental, on n’avait pas imaginé que la chute de l’URSS et des démocraties populaires, n’était qu’un aspect de la restructuration mondiale. Non seulement tout cela n’est pas rien, mais si ce n’était pas faux on emploierait bien le mot de révolution. L’organisation de classe à perspective révolutionnaire, (même si cette perspective ne pouvait être que le socialisme), l’affirmation de la classe, étant totalement dépassées, quelle est la situation des révolutionnaires (des partisans du communisme) ? - Disons le tout net : Ils sont orphelins à jamais, s’ils n’avaient pas fait leur deuil du mouvement ouvrier, c’est-à-dire, s’ils lui avaient cherché des substituts qui puissent affirmer leurs conditions contre le capital (femmes, jeunes, immigrés,...), ils n’auraient pas pu élaborer, en lien avec les nouvelles luttes prolétariennes d’après le programme, la perspective du dépassement communiste immédiat du capital (cette élaboration s’est étalée des années 70 aux années 90) 1° La redéfinition sur la base de la restructuration du rapport capital /prolétariat du contenu de la révolution des prolétaires : leur autotransformation en individus immédiatement sociaux dans la communnisation. 2°La ressaisie des luttes du prolétariat comme productrices des problématiques théoriques, comme théoriciennes. 3° Le retour sur soi de la production de la critique théorique communiste du capital comme étant un élément réel des luttes.

S’il faut souhaiter une activité (un faire), des partisans de la communisation, qui articule la perspective communisatrice du monde avec les luttes actuelles, il est évident que cette articulation ne peut être que théorique, que de l’ordre de l’analyse, de l’ordre du discours. Pour autant elle ne peut être révolutionnaire, c’est-à-dire vraie, que si elle se considère comme élément réel, que si elle ne se pose pas la question de sa socialisation ultérieure, de sa diffusion, de son intervention. La théorie est un élément réel des luttes dans son contenu, dans ce qu’elle dit. La cohérence et l’efficience de la théorie communiste, élaborée sur la compréhension du capital restructuré et du prolétariat en contradiction immédiate avec l’existence des classes, en fait un élément réel des luttes, un élément produit par les luttes actuelles, cette élaboration se fait au travers de personnes, qui parce qu’elles ne parlent qu’en leur nom propre, font une théorie de la révolution qui ne parle pas au nom du prolétariat et qui se place dans la perspective de l’abolition des classes, qui ne sera pas l’action d’un sujet mais bien l’abolition de toute subjectivité séparée (sujet en soi devant l’objet en soi). Etre élément réel des luttes, c’est comprendre les luttes dans la perspective de la révolution sans les évaluer, sans les comparer à un archétype de la bonne lutte, sans les insérer dans une quelconque stratégie.

On peut faire une petite liste de « conditions » pour que l’articulation luttes actuelles/révolution puisse être autre chose qu’une pétition de principe.

1° Etre partie prenante des luttes, soit personnellement et directement, soit par une attention intense et engagée au travers des diverses sources possibles, sans avoir aucunement l’idée que des positions communisatrices puissent infléchir de quelque façon que ce soit la cours des luttes actuelles. 2° Attacher la plus grande importance à la caractérisation du cycle de luttes, dans son unité contradictoire avec le cycle du capital, comme mouvement de production de la situation de crise révolutionnaire du rapport d’exploitation entre les classes, au terme de ce cycle. 3° Se sentir intiment investi dans la formation d’un courant pour la communisation, dont l’existence même est un élément réel des luttes, courant présent, avec et par l’écart qui se forme dans le bouclage, de la limite démocrate-radicale, des luttes actuelles. 4° Enfin, et peut-être surtout, avoir une parfaite cuirasse contre les accusations d’attentisme et d’objectivisme, accusations de confiance dans un mouvement automatique du capital amenant au dépassement communiste. Ces accusations ne comprennent strictement pas l’objectivité du capital comme un rapport social, et ne pouvant évidemment pas développer une activité autre qu’un alternativisme pratique, nos critiques s’adressent à nous pour leur fabriquer la théorie qui donnerait, à leur immédiatisme de pur principe, le lustre du discours théoriciste qu’ils ne cessent de dénoncer chez nous.

Tous ces points sont la déclinaison de la formule : « participer aux luttes en communiste » en l’opposant à « en tant que communiste » où le « en tant que » signifie qu’être communiste est manipulable et distinguable de soi, et où communiste est une appartenance politique impliquant une intervention soi-disant anti-inéluctabiliste, qui n’est en fin de compte qu’une tactique alternativiste de « la révolution ou pas ».

Si la question de la diffusion de la théorie communiste ne se pose pas, est-ce parce qu’elle aurait la faculté se répandre par la force de sa justesse ? A cette question on pourrait répondre oui. Il serait anachronique, d’avoir une activité spécifique de socialisation des analyses et des perspectives, actuellement élaboration et diffusion sont une même activité avec deux moments à peine techniquement distinguables. La théorie n’est plus le grand arrière de la propagande et de l’agitation, les analyses ne se déclinent plus en slogans et en listes de revendications. La théorie peut être énoncée de manière plus exhaustive ou plus condensée, plus globale ou plus ponctuelle, mais elle ne cesse pas d’être destructrice, révolutionnaire en elle-même, elle n’est plus programme.. Le caractère théoricien des luttes pratiques, rejoindra le caractère dissolvant de la lutte théorique, en ce qu’elle est un élément réel des luttes, en ce qu’elle ne leur enseigne rien, et cela se passera étonnamment vite. Les luttes s’empareront des moyens matériels (le capital fixe) et des moyens théoriques (les analyses du capital) là où ils se trouvent. Il y aura un court-circuit dans l’angle mort du dépassement, dans la dimension imprévisible de la communisation. L’effort supplémentaire demandé aux prolétaires pour être communisateurs contient ce court-circuit. Prétendre, comme le font Dauvé et Nessic, qu’une révolution contrainte par la crise ne serait pas la vraie communisation, (qui ne pourrait être belle et bonne que si elle était volontaire et librement décidée), c’est ne pas intégrer la crise comme activités et la contrainte comme situation révolutionnaire de totale immersion, mais seulement, à la manière du programme, comme conditions extérieures. La contrainte c’est la détermination à l’insurrection qui est le contraire de la passivité. La marque de la liberté sera aussi l’emparement de la théorie de la communisation. Dire que la rencontre de la théorie et de la pratique serait une pétition de principe onirique serait considérer les prolétaires en lutte comme des décérébrés et la théorie comme des élucubrations fumeuses sans aucun rapport avec le réel (deux considérations au demeurant largement partagées, et pas seulement par de fieffés contre-révolutionnaires). Il est possible et même probable, que dans la formation de la situation révolutionnaire, les élaborations théoriques soient ré-exprimées dans les termes de la transformation des luttes, cette nouvelle expression serait une première phase de l’emparement du discours théorique par la pratique. Ce sera le court-circuit qui n’a rien de magique, c’est une transformation tant du côté des luttes pratiques que du côté de la lutte théorique, c’est une rencontre dans laquelle les luttes de classes reconnaissent ce qu’elles accomplissent : la constitution d’une communauté révolutionnaire qui ne veut plus être le prolétariat.

Un signe clair d’un changement de fond de la situation, sera la participation de partisans déclarés de la communisation, à des luttes de l’ampleur et de la profondeur de celles qui ont eu lieu en Argentine. Non pas que des Argentins n’aient pas énoncés des buts visiblement communisateurs du type « on fait tourner l’usine, mais on ne veut plus être ouvriers », mais ces formules ne pouvaient pas être insérées dans une perspective plus globale d’un dépassement du capital, qui n’est pas d’actualité.

La présence en communiste, dans ou aux luttes, intègre la vision d’un développement du cycle de lutte d’une durée potentiellement comparable aux autres cycles repérés par Kondratiev. Le dernier commencé avant la crise de 29 s’est achevé autour de 90. Cela a duré 50 années en 2 branches de 25 ans, l’une descendante de crise des années 30 et l’autre montante à partir de l’entrée en guerre des Etats-Unis en 41 et débouchant sur les fameuses 30 glorieuses, la baisse du taux de profit débute en 65, et la grande période de luttes en Europe et en Amérique va durer jusque vers la fin des années 70. Avec la guerre du Kippour en 73 et le quadruplement du prix du pétrole, la restructuration entre en scène, elle passera par Thatcher, Reagan, Mitterrand, Gorbatchev, pour se finir avec la chute du mur. A partir de la fin des années 80, nous sommes apparemment dans une nouvelle branche montante d’un Kondratiev, dont si les choses se passent de manière analogue le retournement se situerait à l’approche de 2020. Evidemment ce n’est pas un pronostic, mais cela intègre que le dépassement du rapport capitaliste fait partie de l’arc historique de capital. Ne pas prendre au sérieux les cycles économiques, serait ne pas comprendre que le rapport du capital à lui-même, dans sa reproduction réussie, existe comme économie avec son développement propre, dans ses catégories réifiées. La crise du rapport d’exploitation se présente toujours comme crise économique avant que d’être visiblement crise de l’économie. La perspective 2020 n’est en rien sure puisque la caractéristique de ce cycle est d’avoir supprimé toute fixation du mode d’exploitation et donc d’avoir placé la contradiction des classes au niveau de leur reproduction. Cette caractérisation donne l’instabilité récurrente de ce cycle, mais la potentialité temporelle avancée ici, reste essentielle à une présence aux luttes et au cours du cycle, qui ne projette pas sur eux l’impatience immédiatiste, inhérente à la condition paradoxale de révolutionnaire. Cette dimension est un élément immunitaire contre toute dérive immédiatiste et donc alternativiste. Le « comment faire » pour que cette « foutue révolution » advienne est pour moi absolument lié à cette dimension temporelle. Sans en faire une certitude, « l’horizon 2020 » est constamment à l’arrière plan des conceptions non - immédiatistes de la théorie du dépassement produit. Le dépassement est bien produit par la transformation du rapport des deux classes et n’est pas la transformation de la seule lutte de prolétaires, il intègre l’entrée en crise économique du capital comme un de ses éléments. La perspective est de longue durée, il ne faut pas assimiler l’entrée en crise avec le dépassement lui-même, le processus révolutionnaire ne débouche pas sur une transition au communisme mais il est lui-même la transition . Le capital ne sera pas dépassé parce que nous le voulons, nous ne sommes pas les premiers et peut-être pas les derniers à penser que c’est demain la veille. Si les prolétaires ont encore un effort à faire pour être communisateurs, nous en avons un pour être Marathoniens. Le comment faire c’est d’abord tenir la distance, ce qui n’a rien à voir avec attendre.

Commentaires :

  • > Bon alors qu’est-ce qu’on fait ?, Patlotch, 14 juillet 2005

    Quelques remarques

    si tous les gens qui parlent maintenant de communisation mourraient demain, cela ne changerait strictement rien au devenir révolutionnaire. Nous ne sommes en rien indispensables à la révolution : La révolution est prise dans le rapport aliéné, elle est autoproduction des individus immédiatement sociaux mais ces individus n’existent pas avant, ce n’est qu’après que chacun sera irremplaçable /// Si la question de la diffusion de la théorie communiste ne se pose pas, est-ce parce qu’elle aurait la faculté se répandre par la force de sa justesse ? A cette question on pourrait répondre oui. Il serait anachronique, d’avoir une activité spécifique de socialisation des analyses et des perspectives, actuellement élaboration et diffusion sont une même activité avec deux moments à peine techniquement distinguables.

    Je sens bien l’insistance pour qu’il n’y ait pas de dérive militante, propagandiste, et j’en partage la nécessité, mais formulé comme ça, quelque chose m’échappe. Soit ce qu’on fait dans « le courant communisateur » est inutile, et alors ceux qui s’en réclament devraient admettre qu’ils se font plaisir plus qu’autre chose, soit cela sert à quelque chose, précisément du fait qu’il y a un écart dans le cours du cycle actuel, et que la théorie en est partie prenante. Où alors, il faut considérer que tous ceux qui, par leurs actions, posent les limites de la reproduction sont un objet extérieur qu’« en théoricien » on observe en coulisses. Car si l’on participe à des luttes, on ne peut faire abstraction de ce qu’on en pense et cela a nécessairement un impact sur ce qu’on y dit et fait. Que cela n’accélère pas le cours du cycle est une chose claire, du fait que le prolétariat n’est pas seul à en décider pas son action, comme pôle dans l’unité du tout dont la règle est celle de l’autre pôle (« le dépassement [...] intègre l’entrée en crise économique du capital comme un de ses éléments »). Que ça ne puisse potentiellement et de plus en plus produire des effets sur les comportements dans les luttes me semble, plus que souligner le paradoxe de la posture, conduire à une contradiction, quand il est affirmer plus loin : « 3° Le retour sur soi de la production de la critique théorique communiste du capital comme étant un élément réel des luttes. » En tant qu’individu partageant les thèses du courant communisateur, il me semble évident qu’on ne peut pas faire, ou ne pas faire, la même chose que ceux qui ne les partagent pas. Sans quoi le « courant communisateur » serait auto-contradictoire, renvoyé au fait qu’il ne fait qu’élaborer de la théorie séparée, une « abstraction théorique », sans jamais pouvoir poser, avant la déclenchement de la communisation, la question du « mouvement communisateur et ses tâches théoriques et pratiques » (Trois thèses sur la communisation). Il faut sans doute admettre que si les thèses communisatrices se diffusent, ceux qui s’en "empareront" ne feront plus exactement la même chose. J’ai même l’impression que c’est mon cas, mais peut-être que je me trompe.

    Le caractère théoricien des luttes pratiques, rejoindra le caractère dissolvant de la lutte théorique, en ce qu’elle est un élément réel des luttes, en ce qu’elle ne leur enseigne rien, et cela se passera étonnamment vite

    Ne faut-il pas, pour que les deux se rejoignent, que le « caractère théoricien » soit exprimé, diffusé etc. et n’est-ce pas ce que fait Meeting ? Est-ce « rien » ?

    En tout cas, je sens comme une pirouette rhétoricienne et ça me laisse sur ma fin. Je crois que la distinction « agir en théoricien/ en tant que théoricien » pèse sur celle, nouvelle et plus large, entre « agir en "communisateur"/ agir en tant que "communisateur" », parce que la première est définie par et essentiellement pour ceux qui élaborent (aussi) la théorie « au sens restreint », et que la seconde est appelée à évoluer dans ce cycle, et c’est précisément l’intérêt de Meeting de le poser.

    Patlotch, 14 juillet


  • > Bon alors qu’est-ce qu’on fait ?, jef, 15 juillet 2005

    "On ne peut que répondre « rien », c’est à tout ce qui vient d’être dit que cela réfère, « Rien » n’a rien de cynique il signifie d’abord, que si tous les gens qui parlent maintenant de communisation mourraient demain, cela ne changerait strictement rien au devenir révolutionnaire. Nous ne sommes en rien indispensables à la révolution : La révolution est prise dans le rapport aliéné, elle est autoproduction des individus immédiatement sociaux mais ces individus n’existent pas avant, ce n’est qu’après que chacun sera irremplaçable" nous dit BL.
    voilà qui est parfaitement inouÏ. avant le communisme pas de communisme, après seulement, quelque chose qui n’est pas du tout bien que nous le pensions déjà : les individus immédiatement sociaux qui seront indispensables etc.
    a-t-on entendu parler, je ne dis pas de Hegel, la réponse va de soi, et c’est non, mais seulement de dialectique ? même les bordiguistes italiens de n+1 (tiens, je n’ai pas oublié de mentionner le lien mais pensais avant aujourd’hui que cela ne servait à rien) soutiennent que le futur agit déjà sur le présent. si c’est pour régresser en deçà du bordiguisme, je dis adieu.
    j’entends venir avec ses gros sabots l’anathème jeté à la face du nombrilisme petit-bourgeois :"penser sauver sa carcasse, déjà, puis en plus qu’on est indispensable, quelle misère !, quelle non-science !". un peu de sérieux. le communisme est en acte la ripsoste "d’individus indispensables", à lamachine sociale qui cherche à les broyer, ou n’est que du stalinisme, une forme de modernité, une version orientale du capital, bref la même vieille merde que l’ on prétend vider, mais réhabilitée sous sa forme archäique directement abrahamique : l’égalité comme moulinet auquel toute singularité est tenue de passer. on ne va pas nous refourguer le matérialisme historique, par pitié.
    qui est indispensable à la révolution ? l’histoire ? le capital seul, sûrement ? mais on nous dit ne pas attendre qu’il fasse tout le boulot. qui le fait, sinon ceux qui sont certainement indispensables, ou les mots n’ont aucun sens, car si celui qui fait un boulot n’est pas indispensable à l’effectuation du boulot, on ne sait plus de quoi on parle, sinon de capital : seulement dans le capital, les individus comme individus sont dispensables, inutiles, nuisibles même, de trop. je ne suis pas pour le capital.
    ou bien comme dit Simon, "on s’autotransforme à partir de ce qu’on est", même s’il est évident qu’il trahit par là une pensée vraie qu’il refuse de reconnaître, il s’agit d’un lapsus en quelque sorte : on ne se transforme qu’à partir de ce qu’on n’est pas encore pleinement et qu’on est pourtant déjà en quelque sorte. car ce qu’il entend par ce qu’on est c’est : prolétaire. si les prolétaires ne disposaient que de ce qu’ils sont comme prolétaires pour faire la révolution, cette révolution n’adviendrait jamais, au grand jamais. on se transforme en donnant définitivement la préséance à ce qu’on n’est pas encorepleinement mais que l’on est déjà, ou que l’on est demanière schizoïde, séparée à l’intérieur d’un même corps. l’âme des contraires est paradoxale, pour tout dire elle est double : il y a deux natures qui se broient, le processus révolutionnaire correspond à un changement de sens du procès de destruction réciproque des contraires au sein de chaque individu encore disposé au communisme. le communisme est déjà là à quelque degré, ou l’on n’en parlerait pas, sauf à jouer à l’ânerie du clivage ^^etre/pensée ;


  • > Bon alors qu’est-ce qu’on fait ?, Hélène, 15 août 2005

    Bonjour,

    Que faire ?Quoi faire ?Qu’est-ce qu’on fait ?Je serais tentée de dire :on vit.Certes la réponse est lapidaire alors encore un effort pour être explicative.Le mouvement ouvrier est mort,les organisations que le prolétariat reconnaissait comme viviers d’hommes et de femmes capables de provoquer un renversement brutal et total sont soit vidées de leur coquille soit totalement intégrées à la bonne marche du capitalisme,c’est une révélation pour personne sur ce site mais le redire entraine plusieurs points.

    Il n’y a plus de lieux fixes où les pratiques et les analyses se rejoignent,se contredisent,se synthétisent ,il reste des "mouvements sociaux" ,des temps forts ou faibles ,une vraie partition de musique !Et comme pour toute partition elle s’interprète selon l’entrée des différents instruments.Mais qui écrit la musique ?C’est ici que l’improvisation est chez elle,que l’écoute est primordiale et les "ratés" aussi.Le chef d’orchestre n’est plus l’indispensable moteur ou modérateur des musiciens ces derniers
    sont bien assez rôdés cela fait plus de 150 ans qu’ils jouent.

    La coupure (si masculine) entre la vie sociale au turbin et la vie "à la maison" a reçu un sacré coup,puisque les lieux de retrouvailles entre hommes ont abandonné leur fonction de formation et de transmission de l’histoire du mouvement ouvrier.C’est ni bien ni mal,c’est ainsi.

    Etre communisateur ou agir en tant que communisateur est un débat qui parle de la maîtrise des situations en fait,du contrôle des concepts et des affects lorsqu’il y a luttes qui se voient qui "passent" à la télé ou sur les radios.Mais quand il n’y a soi-disant rien(en fait la vie tout simplement)qui se passe de visible le débat se tarit rapidement.

    A propos de l’alternativisme:il se veut le laboratoire d’expérimentation d’une société future égalitaire et entièrement organisée selon les besoins de chacun et les désirs de tout le monde.Le hic c’est que les deux termes renvoient l’un à l’économique(le premier)l’autre à l’intime(le deuxième)alors qu’il n’y a pas plus incontrôlables que des désirs accumulés malgré toutes les meilleures volontés du monde .

    Les textes et les interventions (merci à leurs auteurs)ont permis de clarifier la définition de certains termes employés depuis l’épisode/correspondance de Calvaire,je tenais à le préciser.

    Hélène


  • > Bon alors qu’est-ce qu’on fait ?, Patlotch, 8 octobre 2005

    J’ai cliqué sur "répondre à cet article", mais je ne le ferai pas, pas plus qu’à ce qui ressort pour R.S. d’une "évidence" > ; du moins ne le ferai-je pas directement. Accessoirement, il serait peut-être utile que dans ce forum on puisse ouvrir des sujets indépendamment des textes proposés pour la revue papier. Je ne crois pas qu’il soit pertinent (CC ?) de préserver de façon cloisonnée sa spécifité médiatique : je crois davantage à une articulation des deux.

    Une autre chose, ou la même dit autrement, de l’ordre de l’évidence, c’est que Meeting et ici son forum sont seuls, sauf erreur, à tenir une place devenue incontournable, aujourd’hui, pour qui ne peut définitivement plus s’aveugler aux lendemains qui chantent de la démocratie radicale, quel que soit le nom qu’on lui donne et sa valeur théorique : de l’anti-citoyennisme à la révolution comme dépassement produit, il n’y a qu’un pas. Dans la mesure où nous cherchons ensemble lequel et comment, la question est commune à ceux qui l’envisagent comme un 100 mètres haies (taxés par Théorie communiste d’"immédiatisme") ou comme un marathon (BL) : révolution à produire immédiatement en mettant le paquet militant adéquat dans l’action directe, ou à saisir comme moment d’une possibilité révolutionnaire (= faire la révolution) dans l’implication réciproque de la lutte des classes. Sans se reconnaître dans ces deux catégorisations qui me semblent accaparer et réduire le débat, nombreux peuvent se sentent concernés par l’idée de "communisation" : rupture révolutionnaire avant une période de transition comportant des mesures directement communistes, et non après ou dans une transition interne au capitalisme, par étapes ou graduellement dans un schéma de type démocratie radicale > socialisme : en somme, si le communisme est bien « à commencer par ses fins », Lucien SEVE, c’est après une rupture et non pour la produire). "Nombreux", tout est relatif, mais rapporté au forum censé témoigner de l’intérêt de la chose révolutionnaire, c’est pas la peine de se raconter des histoires : quelque chose n’a pas marché, et yapuka remettre sur le métier.

    Je vais pas pointer les défauts des autres, ni même la difficulté réelle du projet initial, puisque les débats autour du lancement de ce type de revue traduisent assez un accouchement dans la douleur Cf en 2002 Communisation et les articles en 2004 du numéro 1 de Meeting

    Je veux plutôt faire un point en ce qui me concerne : j’ai découvert l’idée de "communisation" à partir du livre de Roland Simon > THÉORIE DU COMMUNISME, volume 1, dont la cohérence était à la fois nécessaire pour me convaincre de rompre avec mes positions antérieures, et susceptible de m’embarquer dans une perception de la communisation limitée aux positions de Théorie communiste. L’utilisation précipitée de concepts mal digérés pouvait alimenter l’impression d’une utilisation idéologique, "militante", du corpus conceptuel, et d’un parti pris dans les débats du « courant communisateur » dont je ne saisissais pas les tenants et les aboutissants, alors que je n’avais de fait pas de position arrêtée : je cherchais à comprendre certaines inconséquences, et particulièrement le fait que beaucoup ne s’expriment pas en toute franchise et n’alimentent pas de leurs réflexions ce qu’ils avaient contribué à mettre en branle (-haut de combat de classe car, pour autant que la fréquentation des prolos ait un intérêt, on y apprend au moins sans théorie à appeler un chat un chat). Il m’est apparu que les questions que je posais "naïvement" à l’aveuglette ne pouvaient obtenir de réponses claires sans mettre en question le consensus sur lequel reposait Meeting.

    Les choses s’étant un peu éclaircies pour moi, je peux donc considérer que mes interventions printanières ont pu provoqué des effets dissuasifs, et j’en suis confondu. Il y a certes d’autres causes au fait que la sauce n’a pas pris... un douloureux et long Calvaire qui ne demandait pas l’euthanasie... de toutes aussi longues et autrement douloureuses contributions au pied desquelles qui trouverait à (re)dire ? (Jef) Comment ne pas être deux fois candidat à se faire ramasser ? (Amer S. peut-être, moi un peu, encore que passer pour ce que je suis ne me gêne pas).

    Toujours est-il que le silence de ce forum est insupportable parce qu’il n’est pas juste : il ne correspond pas au besoin de causer (parler pour provoquer des effets) autour de l’idée de communisation, que ce soit en termes théoriques ou en témoignant des situations que vivent les uns ou les autres, acculés dans l’impasse de considérations ou de pratiques qui s’épuisent et dévoilent à leurs yeux leurs limites, que ce soit dans le rapport au boulot, au non-boulot, à la vie non vécue avec ses pis-allers pratiques ou psychologiques, si bien que plus personne ne prétendrait sans ridiculte se donner en modèle "communiste", quand nos actions ne font plus que mettre en scène notre impuissance sous-spectaculaire, et commune.

    Ben voilà, c’est-à-dire que nous voilà au pied du mûr, sachant que pas un n’est plus avancé que l’autre, et qu’il faut faire avec ou contre, quelque chose : ben alors, qu’est-ce qu’on fait ?... Meeting, pourquoi pas ?

    Patlotch, 8 octobre

    ?¿ ? ¿ ?¿ ? ¿ ?¿ ?¿ ?

Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs: Prolétariat de l’Etat du capital, le petit fonctionnariat sera doublement aboli dans la communisation - Patlotch

samedi, 16 juillet 2005

L’Etat est le patron du fonctionnaire. Il l’est doublement

1) comme capital particulier gérant des moments ou des secteurs entiers producteurs ou circulateurs de la valeur en procès, pour la valorisation et la reproduction du capital ;

2) comme Etat organisant le capital général, la société qu’ensemble ils subsument : pas de capitalisme sans Etat, pas d’Etat sans capital (pas de post-capitalisme fondé sur un Etat).

Inversement, le fonctionnaire a la double qualité de salarié de l’Etat-capital et de producteur d’activités pour le compte de l’Etat du capital :

Le fonctionnaire exploité

Selon le premier point de vue, le petit fonctionnaire (1) est exploité, et si son travail ne crée pas de plus-value (2), du moins son salaire et ses conditions sont-elles déterminées pour dépenser le moins possible de la valeur créée par les travailleurs productifs :(réduire le temps et les frais de circulation du capital général (3), que représente son salaire payé par l’impôt). Le (petit) fonctionnaire est un prolétaire particulier, que l’Etat en tant que patron exploite comme salarié, et qu’il protège en tant qu’agent assurant ses fonctions pour le capital.

Le fonctionnaire agent de l’Etat du capital

Selon le second point de vue, en tant qu’agent de l’Etat, le fonctionnaire met en oeuvre sa force de travail pour le compte de l’Etat, au service du capital. Il est question ici du fonctionnaire en général, quelle que soit sa production ou sa fonction spécifique, la Fonction publique étant considérée comme un tout fonctionnel de l’Etat. En subsomption réelle et dans ce cycle après restructuration (fin de « l’Etat providence » du cycle programmatiste), l’Etat sert globalement le capital, et le fait de plus en plus exclusivement. Il n’a pas une part d’activités pour le capital, une autre contre, que l’on pourrait séparer et opposer, comme le fait l’idéologie du service public, qui est un déni de la lutte de classes au nom de l’« intérêt général ». Ce qui est vrai globalement se reproduit moins visiblement au niveau de telle ou telle activité (cogner sur des manifestants est différent qu’enseigner ou soigner des malades), mais ce n’est qu’une illusion de l’approche socio-économique, sectorielle voire individuelle des rapports sociaux, selon laquelle les mesures de l’Etat, arbitre neutre au dessus de la société, seraient le produit d’un rapport de force entre les classes, pouvant être favorable au prolétariat jusque dans sa lutte contre le capital, ce que la restructuration interdit dans ce cycle. Contester ce point relève d’une illusion programmatiste (social-démocrate ou léniniste), ou démocratiste radicale, citoyenniste en l’occurrence. Cette conviction présuppose que les prolétaires sont des imbéciles incapables de s’auto-organiser sans Etat (auto-organisation communiste), ce qui dénote au demeurant un manque d’imagination et de projection sur une capacité créatrice a priori illimitée (certes imprévisible, non programmable dans ses formes(4)), hors de ce mode de production, une fois supprimés la valeur et l’échange.

Citoyen-fonctionnaire, même combat : les luttes en tant que prolétaires-fonctionnaires comme limites étatistes

A partir de là, les luttes des fonctionnaires, en tant qu’exploités par l’Etat, ne peuvent se traduire, corporatisme ou pas, que dans des revendications (salaires, effectifs, moyens) par définition étatistes, donc capitalistes. C’est une limite de leurs luttes, dans l’Etat, qui est bien en-deça de celles qui remettent en cause le salariat, l’identité du prolétariat (dans le capital). Tout le leurre du citoyennisme, dans le champ de la Fonction publique, consiste à faire passer ce qui est d’emblée défense de l’Etat (du capital) comme pouvant s’y opposer, et tous les discours syndicaux et politiques ne peuvent qu’alimenter ce leurre. Le petit fonctionnaire en tant que salarié de l’Etat (prolétaire exploité) cache ses revendications derrière celles de l’agent de l’Etat (du capital), en les présentant comme défense du service public (contre le capital), ce qui lui vaut les encouragements citoyens (décembre 1995 ouvrant le bal, la démocratie radicale invite le capitalisme propre à danser). Certains n’hésitent pas à transformer « l’intérêt général » (celui du capital) en intérêt du « peuple », pour ne pas dire du prolétariat (les gauchistes mous du démocratisme radical, ayant abandonné le mot et le concept, font l’économie de cette bourde par la dérive langagière sur fond de républicanisme pré-marxien, idéologie historique de la bourgeoisie). Les citoyens comme les fonctionnaires sont en demande, sinon de plus d’Etat, de « mieux d’Etat », (en quoi ils sont paradoxalement, dans le démocratisme, des libéraux, cf. libéraux-libertaires). Mais alors que le citoyen n’est qu’une construction idéologique, les fonctionnaires, de par leur fonction sociale et leurs intérêts immédiats à la préserver, constituent une base sociale réelle à cette idéologie, déclinée très prosaïquement en « éthique » et « déontologie » du service public, culture consensuelle de l’entreprise-Etat, au sein de la Fonction publique.

Détruire ou conserver l’Etat : choisir c’est renoncer

De cette identité double du (petit) fonctionnaire, salarié et agent de l’Etat, il découle qu’en tant que prolétaire dans la communisation, il aura à se déterminer fondamentalement face à ce choix : détruire ou conserver l‘Etat. Loin de l’idée que les fonctionnaires devront seuls et seulement s’occuper de l’Etat, les ouvriers des usines, et les vendeuses des magasins d’alimentation etc., certains seront bel et bien dans des situations facilitant telle ou telle action de destruction, d’accaparement ou d’organisation de la vie dans le processus révolutionnaire de la communisation. Un enjeu sera de prendre à l’Etat, dans le processus de sa destruction, la maîtrise de certaines fonctions d’organisation « sociale ». Dans une situation révolutionnaire durable (processus), l‘armée, la police d’un côté, la santé d’un autre, par exemple, ne seront plus, relativement au prolétariat et au capital, dans les même rapports respectifs qu’en subsomption réelle : on peut penser qu’un certain nombre d’activités, de savoirs et de compétences, ou de stocks d’informations seront utilisables non pas seulement dans l’optique d’un Etat prolétarien (donc capitaliste), mais indispensables à l’organisation des choses (5) de la communisation en procès, comme mesures communisatrices, pour l’auto-organisation communiste (6).

D’une part, et de la même manière que le prolétariat en général devra s’abolir en tant que classe pour abolir le capital, le fonctionnaire devra s’abolir, ou être aboli, dans sa double qualité de salarié (prolétaire) et d’agent de l’Etat (du capital), contre quoi la communisation rencontrera toutes sortes de résistances : dans cette lutte, elle affrontera tout à la fois les tenants avérés de l’Etat capitaliste (comme classe capitaliste ou ses alliés), les partisans de la dictature du prolétariat, et les citoyens radicaux démocratistes ou conseillistes, qui se retrouveront ensemble pour défendre l’Etat.

D’autre part, les communisateurs devront assurer certains contrôles ou fonctions d’organisation des choses à plusieurs niveaux et pas seulement au plus local (dans des rapports de proximité), sauf à prôner la communisation comme anarchie de petites communautés quasi autonomes, ce qui rendrait problématiques ses communications, son extension, et sa victoire mondiale. Voilà qui ne se fera pas aisément, sans préparation le moment venu, sans discernement, sans théorisation spécifique de la communisation sur ce point de l‘organisation des choses. En quoi détruire ou conserver l’Etat peut supposer de faire un tri dans les fonctions d’organisation collective qu’il assure au sein du capital, certaines à détruire, d’autres à faire changer fondamentalement de nature. Certes, la contradiction de l’exploitation ne se détermine pas en dernière instance comme fixation par l’Etat des rapports capitalistes. La solution n’est pas interne à la sphère publique, mais elle sera rendue plus difficile sans basculement en masses de fonctionnaires dans la communisation.

Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs

L’enjeu n’est pas mince, du moins en France : alors que les fonctionnaires sont pensés par l’idéologie démocratiste comme le dernier rempart contre l’ultra-libéralisme (c’est la spécificité des discours syndicaux et politiques sur le service public, de Thibault à Villepin), et qu’elle se présente aussi sous des atours anti-étatistes, ils pourraient devenir en masse dans la communisation le dernier rempart de l’Etat, donc du capital. Les actes de désobéissance des fonctionnaires sont extrêmement rares, mais surtout l’organisation actuelle du travail dans la Fonction publique ne se ramène pas à la simple application d’ordres donnés par une hiérarchie dont il suffirait de couper les têtes : il n’y a pas d’automates dans l’administration, et par certains côtés, les fonctionnaires sont de plus en plus qualifiés et auto-productifs de et dans la gestion des fonctions étatistes. Les évolutions managériales comme celles du rapport des fonctionnaires au travail ont fait des ravages, même s’il y a loin des discours ou des attentes aux réalités vécues et perçues. Quoi qu’il en soit, l’appareil étatique comme machinerie gestionnaire fonctionne largement de lui-même, en roue libre, dans une relative indépendance des pouvoirs politiques, voire de la haute administration. A l’inverse, qu’est-ce qui fera que les fonctionnaires, contre la spécificité du rapport à « l’intérêt général » qui est leur idéologie "de métier", auront intérêt à devenir communisateurs, c’est-à-dire à remettre en cause ce qui leur apparaît, traversant et dépassant tous les discours politiques, comme le sens, la finalité de leur travail, le « service public » ? Celui-ci est-il, en partie, dans certaines activités, lesquelles, renversable du service de l’Etat à celui de l’organisation des choses communisatrices, et sous quelles conditions ?

La nécessité pour la communisation de théoriser la destruction de l’Etat et l’abolition du fonctionnariat

On peut dire que ces questions sont prématurées (4), elles ne s’en poseront pas moins de façon très concrète, et la théorie devra intervenir de plus en plus concrètement, non seulement en principe, comme rapport aux luttes en se formulant comme « abstraction théorique », mais au sein de pratiques conscientes explicitant la potentialité positive de la communisation, construisant la communauté humaine, pour laquelle il sera bien nécessaire de programmer des mesures et de s’organiser pour les mettre en oeuvre. Dans le champ abordé ici, c’est la condition pour que la communisation ne soit pas dévoyée par l’idéologie de la gestion, prolongeant ou réintroduisant la séparation, l’aliénation. La « rationalité » gestionnaire est à la fonction d’Etat ce que le discours économiste est au capital : au-delà de la bureaucratie technocratique, il faudra détruire l’esprit de gestion, qui structure l’activité administrative des individus fonctionnaires, en tant qu’ils sont agents de l’Etat, comme rapport aliéné d’extériorité à la « société » et particulièrement aux autres prolétaires. Dans l’immédiat, il est nécessaire de combattre l’idéologie du service public comme un aspect de l’étatisme portant le citoyennisme et le démocratisme.

La communisation comme rupture et transition révolutionnaire

Si le communisme est produit sans transition depuis le capitalisme, la communisation n’en est pas moins une fois déclenchée un processus de transition, de transformation communiste d’un état d’organisation par l’Etat en un état d‘auto-organisation sans Etat, dont les formes seront à créer. Si toutes les classes sont abolies dans ce processus, les individus qui se produiront par et dans la communisation n’en auront pas moins à s’organiser collectivement, non seulement pour lutter, mais dans le but positif de vivre libres ensemble.

Quelles luttes théoriciennes ?

Peut-on espérer que les luttes (théoriciennes) des fonctionnaires prolétarisés posent les limites de leur double qualité de salariés et d’agents de l’Etat, se niant en tant que tels, pour devenir le moment venu communisateurs (révolutionnaires) ? Il sera important de voir en quoi elles se distingueraient alors de positions démocratistes, voire citoyennistes, dans la spécificité du prolétariat fonctionnaire contre son employeur l’Etat du capital. Le critère en dernière analyse est qu’ils se perçoivent comme exploités par l’Etat parce qu’exploités par le capital, aux fondements de la valeur et de l’échange, mais il ne s’y résume pas : on ne peut abolir le capital sans détruire l’Etat, ce qui suppose d’abolir le fonctionnariat.

Patlotch, 13 juillet 2005

Notes

(1) J’entends, par facilité, petit fonctionnariat comme les fonctionnaires qui ne sont pas de fait membres de la bourgeoisie, salariés de l’Etat appartenant à la classe capitaliste. Définir la frontière entre les deux ne peut se faire qu’en pratique, mais on peut s’en faire une idée.

(2) Je n’entre pas dans la considération du travailleur collectif ou du « general intellect » (Grundrisse...), au sein duquel certains fonctionnaires participeraient à la création de valeur, par exemple dans le secteur de la recherche, ou des transports et d’une façon générale de l’aménagement du territoire. Que le fonctionnaire soit considéré ou non comme productif ne change pas grand chose en subsomption réelle du capital, qui est devenue globale, au-delà de la production, sur l’ensemble des rapports sociaux.

(3) Alain BIHR, 2001, La reproduction du capital, t. 1, VIII, la reproduction du capital du point de vue de la circulation, 3. Réduire le temps et les frais de circulation. Cette référence n’empêche pas que le contenu de cet article s’oppose frontalement aux positions politiques, transitionnistes, de BIHR.

(4) « [...] l’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir. » Marx, Préface à la critique de l’économie politique.

(5) Préférable à « administration des choses », rapport d‘extériorité bureaucratique, qui fait rentrer l’Etat par la porte de derrière.

(6) En quoi je crois nécessaire de distinguer l’« auto-organisation » politique et sa nécessaire critique (cf L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle) et, sauf à trouver un autre terme, l’auto-organisation proprement communiste des rapports d’« immédiateté sociale des individus », qui ne sont pas concevables entre individus séparés, mais comme appartenant à la communauté humaine à construire (positivité de la communisation). D’une façon générale, le problème des illusions immédiatistes ou « autonomistes », c’est leur évitement de la révolution, en quoi elles sont contre-révolutionnaires, ce qui n’invalide pas dans la communisation toutes les formes qu’elles auront expérimentées dans le capitalisme : c’est un autre débat. Voir Le communisme sera l’auto-organisation du vivant, des êtres humains et de la nature

Commentaires :

  • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, Bernard Lyon, 17 juillet 2005

    S’agissant des fonctionnaires leurs luttes ont les mêmes limites que toutes les autres, elles sont toutes prises dans la défense de ce qui reste d’Etat-providence : Sécurité sociale, retraites, école publique, diplômes nationaux, et défense des services publics en général. Ce sont des caractéristiques de la limite actuelle des luttes de classe, elles ne posent plus, même de manière parfaitement fallacieuse, aucun au-delà du capital, elles sont profondément démocrates-radicales. La défense des services public et la demande d’un retour à une gestion keynésienne de l’économie, ne sont pas en elles-mêmes défense de l’Etat au sens de la défense de l’indépendance de la communauté et de l’existence des classes. Elles sont, dans la logique DR, défense de la condition salariale ici et maintenant, contre la poursuite de l’attaque du capital et contre la mondialisation « libérale ». Le fonctionnariat fournit avec les profs les gros bataillons d’Attac et on pourrait voir là le signe d’une défense contre-révolutionnaire de l’Etat, mais toutes les enquêtes le montre, maintenant on devient prof pour la sécurité de l’emploi pas par vocation, raison essentielle pour défendre l’éducation nationale certes, mais dans ces conditions on ne partage pas l’idéologie du service public.

    Les fonctionnaires ne s’aboliront pas comme fonctionnaires mais comme travailleurs salariés (ou non) comme tout le monde. Il faut bien voir que jusqu’à la communisation en acte, et même pendant (parce que rien ne se passera simplement), les prolétaires resteront attachés à leur capital qui est pour eux, jusqu’au dépassement acquis, leur propre objectivité. Il n’y a qu’à penser aux « Lu » aux « Lustucru » et maintenant aux « Nestlé », tant que le transport ferroviaire n’est pas privatisé les cheminots ne seront pas les « SNCF » mais ça ne va pas durer

    La seule question c’est l’abolition de l’Etat, elle contient l’abolition du capital car l’Etat n’est pas un cadre pour les capitalistes, il est l’existence immédiate du capital en tant que société face aux prolétaires, l’abolir c’est abolir la société et cette abolition se fait par l’emparement de la totalité sociale, on s’empare de tout, que ce soient des éléments des capitaux privés ou d’Etat, cela n’a plus aucune importance.

    Je peux dire que je prône la communisation comme anarchie, l’anarchie ne fait pas penser aux petites communautés autonomes qui actuellement sont plutôt à rattacher zapatisme du Mexique et de partout, elle est abolition positive de l’Etat. Le tri à faire est vrai pour tout, les moyens de production, les stocks d’informations, seront, soit à conserver, soit à transformer, soit à détruire. Il n’y aura pas de « fonction » à conserver, les réseaux matériels, de transport, de communisation, d’observation sont des moyens de production, ils seront traités de la même façon. Et ce traitement se fera sans préparation et donc avec le plus grand discernement, mais il se fera comme un élément de la lutte et pas à tête reposée

    Ce qui contraindra les fonctionnaires à entrer en lutte ce sera sans doute que l’Etat ne voudra plus qu’ils le soient (Mais on vu comment à Fance-Télécom la privatisation à préservée le statut des agents en place, embauchant les seuls nouveaux sous contrats privés). L’idéologie du service public, dans la mesure où elle existe encore, va subir le sort des services publics eux-mêmes, qui pour beaucoup ne le seront bientôt plus. Les services public productifs n’échangent pas leurs marchandises-services contre de la plus-value, mais contre de l’impôt ou du déficit budgétaire, ce qui constitue un prélèvement sur la masse totale de plus-value, cette situation à permis de faire fonctionner (dans le cadre d’un capital bouclant son cycle dans les limites nationales) des services indispensables à bas coup pour les capitaux privés, puisque la rentabilité n’était pas le 1er objectif de ces services (transports, énergie, communications). Maintenant les capitaux, dominants au niveau mondial et/ou européen, ne veulent plus laisser ces capitaux non-valorisés au bénéfice de capitaux locaux et de faible masse. Dans ce mouvement, les privatisations sont un élément de l’offensive contre les salariés et contre le petit capital, contre tout ce qui reste encore de la péréquation dans le cadre de l’Etat-nation (le référendum a montré clairement que les petits patrons se savent victimes de la mondialisation et des délocalisastions, comme les salariés et les fonctionnaires qu’ils abominent, mais que Villers et Le Pen n’ont pas attaqué cette fois, l’agoraphobie - au double sens du terme agora : marché et espace - de droite et de gauche, réunissant tout le monde dans la défense de ce qui fait de la France un anomalie dans le monde contemporain, son fameux « modèle social français »).

    La limite des privatisations c’est l’Etat lui-même, ses fonctions régaliennes, l’armé et la police avec le contrôle territorial et les contrôles aériens et maritimes, le système juridictionnel et la magistrature, la diplomatie ; la défense des services publics est la lutte contre cette perspective de guerre de classe du capital contre le prolétariat, la « petite bourgeoisie d’Etat », les fonctionnaires et les petits capitalistes ruinés, ( cf. la directive « Frankenstein » et le « plombier polonais »).On pourrait craindre que se constitue un bloc défensif souverainiste dont les fonctionnaires seraient le fer de lance (le non de gauche). Une telle perspective serait un populisme (le peuple fait son grand retour dans les tracts du PC) dont Bové se ferrait bien le leader du 1er tour avant de tenter de mettre Fabius en selle.
    Les péripéties de la gauche de gauche et du souverainisme ne sont pas palpitantes, mais elles montent les seules possibilités réelles du danger de l’idéologie du service public attaquées dans l’article. Quand la lutte de classe sera au niveau où la question du dépassement se posera concrètement, le service public, d’une part, sera largement réduit à la portion congrue, et d’autre part la question existera collectivement dans le mouvement des emparements, la question des services publics sera plutôt devenue celle de demander ou pas l’Etatisation des entreprises dont les prolétaires seront emparées, question explosive parce que c’est le mouvement de la révolution qui est en cause ; arrêt ou poursuite, ralentissement ou accélération. L’idéologie du service public n’est plus en cause quand il s’agit de constituer la communauté comme lutte contre le capital mondial.

    On peut penser que sors du sujet, je vais donc venir à un autre aspect de la question celle de comment s’opposer au démocratisme radical.

    Le DR est le produit spécifique de la période il est incontournable, il ne peut pas ne pas être, il est la manifestation de la possibilité la révolution, qui était destinée à être écrasée au temps du programme. Etre anti-idéologie du service public est tout aussi impossible qu’être anticitoyenniste, ou plutôt on peut l’être, mais on postule ainsi le rôle essentiel de l’idéologie dans le devenir des luttes et on sera , si, on est cohérent, lancés dans une chasse aux erreurs, aux illusions et aux mensonges mortifères.

    L’idéologie démocrate-radicale est dans une impasse et c’est cela qui devient visible (par exemple avec Lula). La communisation ne se prépare pas elle est déduite et elle s’imposera comme l’issue dépassant la crise. L’existence d’un écart dans le bouclage contre-révolutionnaire n’est pas à rechercher dans l’idéologie des services publics elle-même. Ce que j’ai dit sur les motivations, toutes matérielles, des nouveaux enseignants est peut-être la voie à explorer.


    • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, Patlotch, 27 août 2005

      Mes interventions ont un petit air de « Prêcher le faux pour savoir le vrai », mais bon, démarche initiatique oblige, chacun son rythme. Tout ça pour dire que si je me range grosso modo à la réponse de BL*, j’ai néanmoins quelques remarques.

      * Je ne conçois pas que mon texte pourrait être retenu pour la publication sans cette réponse de BL. Remarque à généraliser quant à l’articulation entre la Revue papier et les forums.

      D’une façon générale, l’intérêt de la réponse de BL est d’introduire une dynamique historique du cycle qui m’échappait, dans laquelle les services publics tendent à disparaître progressivement sous les coups de butoir des nécessités de la reproduction, tant et si bien qu’à l’heure de la communisation, la question ne se posera pas comme je proposais, pour simplifier comme auto-abolition du fonctionnariat en tant que spécifique dans le prolétariat. Pour autant il ne me semble pas avoir laisser entendre que « L’existence d’un écart dans le bouclage contre-révolutionnaire [serait] à rechercher dans l’idéologie des services publics elle-même. »

      S’agissant des fonctionnaires leurs luttes ont les mêmes limites que toutes les autres, elles sont toutes prises dans la défense de ce qui reste d’Etat-providence : Sécurité sociale, retraites, école publique, diplômes nationaux, et défense des services publics en général.

      Je me suis posé la question de mon angle d’attaque réduit à cette catégorie socio-professionnelle. Mais s’il est clair que tout prolétaire est salarié pour le compte du Capital -y compris ceux de la classe ouvrière, pour autant qu’elle soit clairement discernable, la plus-value étant produite par le travailleur collectif, le general intellect...-, même si le prolétariat est classe du Capital jusqu’à leur abolition réciproque qu’il produit (communisation, révolution...), il n’en demeure pas moins que le fonctionnariat possède une spécificité comme larbin de l’Etat, donc du Capital. Affirmer qu’on « devient prof pour la sécurité de l’emploi pas par vocation, raison essentielle pour défendre l’éducation nationale certes, mais dans ces conditions on ne partage pas l’idéologie du service public » est un peu rapide, dans le passage du travailler pour gagner sa croute à la distanciation idéologique. Je peux faire le même constat dans le milieu de fonctionnaires techno-bureaucrates d’une administration centrale, mais il n’empêche : la "conscience professionnelle" est encore largement active à tous les niveaux et elle me paraît bien portée par une idéologie du service public, y compris comme lutte interne dans l’administration, pour s’opposer aux intérêts privés ou marchands. Si le terme "idéologie" est impropre, je ne la confonds avec l’idéologie dominante au sens large d’erreur sur la nature de la société capitaliste, qu’il s’agirait de critiquer comme ensemble d’idées reproduisant le système.

      Les fonctionnaires ne s’aboliront pas comme fonctionnaires mais comme travailleurs salariés (ou non) comme tout le monde /// L’idéologie du service public, dans la mesure où elle existe encore, va subir le sort des services publics eux-mêmes, qui pour beaucoup ne le seront bientôt plus /// Quand la lutte de classe sera au niveau où la question du dépassement se posera concrètement, le service public, d’une part, sera largement réduit à la portion congrue, et d’autre part la question existera collectivement dans le mouvement des emparements, la question des services publics sera plutôt devenue celle de demander ou pas l’Etatisation des entreprises dont les prolétaires seront emparées, question explosive parce que c’est le mouvement de la révolution qui est en cause ; arrêt ou poursuite, ralentissement ou accélération. L’idéologie du service public n’est plus en cause quand il s’agit de constituer la communauté comme lutte contre le capital mondial. /// Ce qui contraindra les fonctionnaires à entrer en lutte ce sera sans doute que l’Etat ne voudra plus qu’ils le soient

      Même s’il y a réduction de l’Etat à ses missions régaliennes, avec forte réduction du secteur public et du nombre de fonctionnaires (ou introduction massive de statuts précaires dans la FP), il faut compter avec une forte nostalgie de l’Etat-providence (une résilience idéologique), y compris après les échecs que ne manqueront pas de subir les essais politiques de gauche (instabilité intrinsèque du démocratisme radical, à la différence du programmatisme jusqu’à sa crise). On ne peut séparer abolition de l’Etat et abolition du fonctionnariat (service public comme fantasme de retour contre-révolutionnaire à un Etat démocratique), dans la mesure où toute l"’extrême-gauche" politique est indécrotablement étatiste, et qu’elle sera présente jusqu’au bout : c’est sa restructuration politique actuelle sur une base citoyenniste, alternativiste, démocratiste radicale... dont je ne vois pas que, même instable, elle ne soit pas relativement durable, jusqu’à la crise.

      La seule question c’est l’abolition de l’Etat, elle contient l’abolition du capital car l’Etat n’est pas un cadre pour les capitalistes, il est l’existence immédiate du capital en tant que société face aux prolétaires, l’abolir c’est abolir la société et cette abolition se fait par l’emparement de la totalité sociale, on s’empare de tout, que ce soient des éléments des capitaux privés ou d’Etat, cela n’a plus aucune importance.

      Que cette différence n’ait pas d’importance théorique, et globalement pratique dans la communisation est une chose ; qu’elle soit homogène dans les formes du combat communiste en est une autre. C’est pourquoi je tiens comme incontournable de s’en prendre (ou de m’en prendre pour ce qui me concerne, y compris dans mon milieu professionnel, mon texte est auto-exorciste...) à cette idéologie du service public : je ne supporte littéralement plus que de bonnes âmes fonctionnaires de gauche ou d’extrême gauche s’investissent dans leur boulot comme s’il y avait une différence au bout du compte, un combat capital au sein de la Fonction publique pour sauver les meubles, "résister" etc... Sans parler qu’ils ne sauraient avoir de l’Etat une analyse tant soit peu marxienne, ils sont la plupart du temps infoutus de voir que la finalité de leur travail est globalement et très concrètement l’aménagement des conditions de la reproduction du capital * (par ex. en matière d’aménagement du territoire, urbanisme, transports, logements...). De ce point de vue, il est vrai que je me sens plus proche de ceux qui ont des « motivations toutes matérielles », dans la mesure où ils se perçoivent d’abord, si ce n’est comme prolétaires, comme salariés exploités, et de moins en moins comme promoteurs du service public : ils expriment, en creux, une critique de l’Etat du capital. Par voie de conséquence, ils sont de plus en plus circonspects quant aux vertus du syndicalisme, et leur non-"mobilisation" au nom du mot d’ordre "Sauvez le service public" m’apparaît sous un jour plutôt sympathique.

      * Esprit de l’escalier, j’ai noté qu’Alain BIHR, dans « La reproduction du Capital », a une drôle de conception "marxiste" de l’Etat, qui serait posé en dehors du capital proprement dit, incapable de se reproduire lui-même, ayant besoin d’éléments extérieurs, notamment de cet Etat, qui pourrait, dès lors, servir à autre chose (contre le Capital). C’est du point de vue théorique un déni de la subsomption réelle des rapports sociaux sous le capital. C’est le fil rouge de son alternativisme.

      Le DR est le produit spécifique de la période il est incontournable, il ne peut pas ne pas être, il est la manifestation de la possibilité la révolution, qui était destinée à être écrasée au temps du programme. Etre anti-idéologie du service public est tout aussi impossible qu’être anticitoyenniste, ou plutôt on peut l’être, mais on postule ainsi le rôle essentiel de l’idéologie dans le devenir des luttes et on sera , si, on est cohérent, lancés dans une chasse aux erreurs, aux illusions et aux mensonges mortifères.

      Je vois le sens de la remarque, mais je la trouve un peu rapide, et il me semble que cela rejoint la discussion sur l’écart, la concrétude de l’engagement communisateur (cf Quelque chose de l’ordre de l’évidence)

      Patlotch, 27 août


  • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, jef, 31 août 2005

    je rassemble mes forces et te demande 1.5 mois plus tard si tu recommencerais de signer sérieusement le texte qui suit (ou s’il s’agissait de provo amicale, de funny games)

    "Le fonctionnaire exploité

    Selon le premier point de vue, le petit fonctionnaire (1) est exploité, et si son travail ne crée pas de plus-value (2), du moins son salaire et ses conditions sont-elles déterminées pour dépenser le moins possible de la valeur créée par les travailleurs productifs :(réduire le temps et les frais de circulation du capital général (3), que représente son salaire payé par l’impôt). Le (petit) fonctionnaire est un prolétaire particulier, que l’Etat en tant que patron exploite comme salarié, et qu’il protège en tant qu’agent assurant ses fonctions pour le capital.

    ""

    en fonction de ta réponse on en reparle ou pas


    • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, Patlotch, 1er septembre 2005

      je rassemble mes forces

      Merci de condescendre à me faire, con, monter.

      signer sérieusement le texte qui suit (ou s’il s’agissait de provo amicale, de funny games)

      « Funny games », sûrement pas, et je ne vois pas de différence entre « sérieux » et « provo amicale ». Je n’ai pas de certitudes quant à ce que j’écris, j’ai le plus grand doute quant à mes propositions, pour quoi je compte justement sur la discussion. Ce ne sont jamais que des hypothèses soumises à la critique, et les forums sont faits pour ça. A me relire je peux trouver à ce texte des insuffisances, un angle d’attaque discutable, je l’ai dit. BL a fait des remarques intéressantes, en fonction desquelles, car ce sont les seules, si je jugeais bon de le récrire, ce texte en deviendrait un autre très différent. Encore faudrait-il que je rassemble mes forces...

      Il y a peut-être un problème : on fait de la théorie communiste avec le prolétariat en général, mais on s’appuie sur des luttes et des événements limités, pour en trouver le sens, le précariat définissant le prolétariat. Les fonctionnaires sont pratiquement à l’autre bout, salariés les plus "protégés" : un petit fonctionnaire a un emploi plus garanti qu’un cadre dans l’industrie, et il est moins porté à carburer dans sa tête qu’un cadre au chômage. Si mon texte est provocateur, c’est dans son angle d’attaque, parce que la défense du service public est un pilier dans l’idéologie du démocratisme radical que portent partis, syndicats et associations, bien au-delà des fonctionnaires.

      en fonction de ta réponse on en reparle ou pas

      Un forum n’est pas un jeu de piste, semé de devinettes pour savoir d’où les gens parlent et ce qu’ils ont à dire, en quoi ils ne sont pas d’accord : c’est totalement contre-productif *. Je ne vois pas ce qui t’empêche de donner ton point de vue sur ce texte ou le passage cité en faisant comme si je l’avais écrit au premier degré (je n’ai pas bien compris sur quoi porte ta question, le tout ou cette partie qui serait entâchée d’une erreur grave d’analyse voire de définition).

      Si ça peux te rassurer, je n’ai pas d’amour propre mal placé sur les questions de fond, et je ne te reprocherai pas d’être insensible à mon humour. Je me trouve si peu drôle, en agent de l’Etat. Dans tous les cas, je serai satisfait : soit qu’on en reparle, soit d’épargner tes forces pour ce qui en vaut la peine.

      A te lire,

      Patlotch, 1er sept.

      * Une de mes plus grandes difficultés, en débarquant ici, au-delà de celle à comprendre les thèses, a été de saisir les différences, les désaccords, et pour un peu, ça donnerait raison à Dauvé/Nesic, sur ce point : « Dans l’état actuel [sept 2004] à moins de ressembler à une version élargie de Théorie Communiste, un regroupement comme celui envisagé autour de Meeting produira au mieux un bulletin intérieur des communisateurs. Mais juxtaposition n’est pas dialogue, ni tout dialogue forcément clarification. » (Un appel et une invite). Mais à ce rythme, que restera-t-il à "juxtaposer" ? Combien de textes importants n’ont fait l’objet d’aucune intervention critique ?


      • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, djef, 6 septembre 2005

        "Merci de condescendre à me faire, con, monter."

        eh là-bas camarade patlotch, je ne te hais point, hein !

        l’exploitation du fonctionnaire, j’avais jamais entendu ça : le fonctionnaire (j’en ai été pendant près de trois ans !) produirait de la plus-value ! ça passe sur ce site comme une lettre à la poste. évidemment, à force de parler de prolétariat, on ne s’embarrasse même plus de distinguer entre prolétariat productif et non productif (de capital, évidemment), puisqu’il semble entendu que ce dernier n’existe pas ! lire à ce sujet le dernier texte de RS, où il parle de tirer à soi la toute petite bourgeoisie salariée (??!) manifestement assimilée au personnel d’encadrement, par définition non productif ; seul le prolétariat est productif certes, mais on nous dit qu’il ne peut pas ne pas l’être ! à ce compte, la révolution étant le fait des seuls prolétaires, elle ne peut venir que de la périphérie, où se délègue toujours davantage la fonction productive, pour ne laisser demeurer au centre que celle d’encadrement.
        il faut faire gaffe à cette saloperie de distinction entre productif et non. je connais un brillant théoricien de la valeur qui soutient que le capitalisme des services n’est pas producteur de plus-value, que le travail producteur de ces services n’est pas productif sous prétexte qu’il s’appuie sur d’autres secteurs en amont, jugés seuls productifs ! à ce compte, seules les mines, l’industrie lourde et l’agriculture industrielle sont capitalistes ! la distinction entre sections I et II ne partage pas les productifs des improductifs. la localisation d’un secteur entre l’amont et l’aval dans la chaîne de valeur non plus, bon dieu.
        que les agents de l’Etat soient un jour communisateurs, c’est ce dont je doute au plus haut point, mais non pas en raison de leur improductivité (de ça je ne démords pas) : en raison du faible taux de culture a-fonctionnelle dans la reproduction de leur force-travail. ce sont des prolos, ça oui, je n’en démords pas non plus contre certain théoricien de LO qui confond la forme et le fond, puisqu’ils sont forcés de "vendre" leur force de travail - même de façon au plus haut point inapparente, mais où le marché de la force de travail ressemble-t-il vraiment à un marché ? - et ce ne sont pas les misérables actifs mobiliers glanés en portefeuille au cours de leurs promotions successives qui leur permettront de prendre leur pension à 40 ans. mais comme encadreurs du procès de réalisation de la valeur, sans doute les plus dociles, je vois mal en faire des communisateurs. heureusement pour nous, tous les prolos improductifs ne font pas partie du personnel d’encadrement ! qu’ils soient boutiquiers ne change rien à l’affaire. la petite propriété n’est qu’un reflet de la misère salariée aujourd’hui, de plus en plus. il faut pas s’imaginer qu’un chômeur change de classe parce qu’il décide d’ouvrir une boutique, parce que de potentiellement productif il devienne improductif. enfin, vaste débat. j’ai, oui, tendance, à englober presque tout le monde dans le prolétariat - sauf bien sûr les cadres supérieurs, dont les rétributions en actifs mobiliers sont de fait susceptibles de les dispenser de travailler à très bref délai. mais encore une fois, ces bourgeois du capital-cadrisme, quand je lis les romans d’osmont ou beigbeder, ne sont pas plus prémunis de la fièvre communisatrice que n’importe quel manoeuvre de grande surface, sauf à considérer l’effet soporifique du train de vie : mais s’ils en viennent à flamber ? évidemment, ici, je frise la provo.


  • > Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs, Patlotch, 5 septembre 2005

    Que le démocratisme radical ait une vie, une histoire dans ce cycle, c’est une évidence. On peut penser, la critique fondamentale étant faite, qu’il n’y a plus rien à en dire. Après tout, c’est une question. A mon avis, il n’est pas inutile de jeter un oeil sur les formes et le discours politique, pour assurer une veille critique : le DR aujourd’hui se trouve et se structure, il n’est plus en l’état de 1995, sans que cela prouve une quelconque faisabilité, une stabilité. Mais c’est précisément le grand écart entre ce qui est dit et ce qui est réalisable qui montrera rapidement cette instabilité, crédibilité et crédulité étant appelées à sombrer ensemble. A rapporter à la confrontation de classe telle que nous l’entendons, et aux perspectives d’écoute des idées de la communisation. C’est à ce titre que je communique l’info qui suit dans ce fil de discussion. A noter le fond : un étatisme démocratique, "citoyennisé" ("l’usager" comme attracteur étrange... étranger à sa classe).

    FEDERATION NATIONALE DES COLLECTIFS DE DEFENSE ET DE DEVELOPPEMENT DES SERVICES PUBLICS

    Lettre - Invitation,

    La Fédération Nationale des Collectifs de Défense et de Développement des Services Publics a le plaisir de vous inviter à sa première Assemblée Plénière, votre organisation ayant explicitement soutenu la manifestation de GUERET du 5 mars 2005 (y compris en y participant) et exprimé sa volonté d’être tenue informée des suites que les Collectifs entendaient donner à cette action. Parmi vous certaines organisations étaient représentées à GUERET le 25 et 26 juin 2005, rencontre qui a décidé la naissance de la Fédération et défini quelques modalités essentielles de son fonctionnement. Parmi celles-ci, comme l’indique le compte rendu synthétique ci-joint, la tenue régulière d’Assemblées Plénières (sorte de « Parlement » de la Fédération) dont la première a été fixée à :

    ANGOULEME le samedi 17 septembre 2005.
    400, Avenue de Navarre, quartier « ma campagne »

    Les travaux débuteront à partir de 10 h 30

    Nous insistons sur l’importance de cette réunion (cf. le préambule et l’ordre du jour ci-joint) et nous espérons vivement que vous pourrez y participer.

    Il s’agit bien pour nous, dans les actes comme dans les paroles, de RESISTER à la casse systématique opérée par la Droite au pouvoir, de RECONQUERIR des positions perdues à la suite des restrictions et privatisation qui se sont succédées ces 20 dernières années et enfin d’Etendre le champ du Secteur Publics dans les domaines comme l’eau, le logement ou encore l’industrie pharmaceutique.

    Tout en affirmant notre totale indépendance vis-à-vis de quelque organisation que ce soit, nous sommes convaincus que nous ne pourrons avancer dans cette voie, que si toutes les forces syndicales, politiques et associatives qui considèrent l’existence d’un fort Service Public soumis au contrôle démocratique des Elus et des Représentants d’Usagers, comme indispensable à toute société qui se veut solidaire et a pour objectif de garantir à tous les Citoyens l’accès égal aux Droits Fondamentaux, se montrent déterminées à se rassembler de la façon la plus large et la plus unitaire possible sur une question devenue centrale dans le mouvement social actuel, y compris à l’échelon européen.

    Votre soutien nous est précieux et contribuerait à renforcer notre seule ambition : Faire changer la politique désastreuse de régression des Services Publics dans ce pays pour leur permettre de retrouver un rôle économique et social déterminant dans la satisfaction des besoins essentiels des populations, aussi bien en milieu urbain que rural.

    Retrouvons-nous tous à ANGOULEME le 17 septembre 2005 pour construire ensemble les CONVERGENCES nécessaires.

    Meilleures salutations : Bernard DEFAIX Porte Parole de la Fédération

    Le 17/9/05 se tiendra à Angoulême la première réunion de la fédération des collectifs services publics. Nous assurons l’intendance (repas, accueil). Mais il nous faut connaître la participation et les besoins d’hébergement pour vendredi soir et/ou samedi. URGENT.

    Réponse à collectifsp16@wanadoo.fr

    Ci-dessous un projet d’invitation et d’ordre du jour (ODJ1). Il appartient à chaque collectif de faire connaître ses demandes et de faire des propositions sur les différents points proposés. Merci de faire circuler l’info.

    JP

    Vous trouverez ci-joint le compte-rendu synthétique des décisions prises à Guéret les 25, 26 juin et notamment celles de créer la Fédération Nationale des Collectifs de Défense et de Développement des Services Publics. Le rôle de la réunion d’Angoulème -en quelque sorte 1ère Assemblée Plénière de la Fédération- est de confirmer et de compléter le processus engagé, en vérifiant que les points d’accord de Guéret sont validés par les nouveaux Collectifs représentés et en répondant à de nombreuses questions qui sont restées en suspens. Nous proposons de partir des attentes respectives des uns et des autres par rapport à la Fédération pour ensuite bien définir ce que sera l’outil et son fonctionnement.

    Il nous semble CAPITAL que chaque collectif (ou embryon) soit bien conscient de l’enjeu du 17/9 à Angoulême. Les médias (et bien d’autres) y seront très attentifs. Les répercussions sur la crédibilité de ce que nous construisons collectivement et sur l’avenir du mouvement seront très fortes. C’est pourquoi nous demandons à tous les collectifs et aux groupes solidaires de notre combat de tout faire pour être représentés le 17/9 à Angoulême./


  • J’emmerde les utopistes du service public, , 25 novembre 2005

    J’ai lu quelque part que Fonctionnaires, encore un effort pour devenir communisateurs relevait de mes textes "parfois cons", un "truc / d’une incroyable pauvreté", et c’est vrai, je n’en pense pas moins, point de vue théorique [ce texte provocateur serait à lire au 3ème degré, comme auto-dérision et seuil d’incompétence de Patlotch en théoricien communisateur]. Mais, d’où vient cette critique, elle se ridiculise par sa posture populiste adepte de l’ordre bourgeois (tendance revisitée par le PCF) pour une démocratie nationale qui n’a d’autre horizon que trouver de meilleurs chefs dans l’absolu* démocratique du râleur [entre Astérix et Don Quichotte déguisé en coco] à condition qu’ils fassent la même chose, en vrai : radicalement. Rêve du capital aboli par sa démocratie même, rêve de la société expurgée de ce qui la définit, fuite en avant dans la contradiction politique niant l’Etat et la société civile (que Marx nomme indifféremment ’société bourgeoise’) comme adéquats au mode de production capitaliste.

    * Aragon écrit en substance dans Aurélien : ’Celui qui a la soif de l’absolu ne connaîtra jamais le bonheur’.

    Il me faudra un jour expliquer d’expérience [’quelque part’ un ’vécu’] pourquoi le communisme n’a rien à espérer du fonctionnariat. Capital ou pas - mais c’est son invention démocratique spécifiquement franco-républicaine - la posture de service (public ou privé) fabrique et entretient la séparation. Elle est inhérente à la division du travail social dans le capitalisme -intendance générale d’Etat pour la reproduction de la force de travail sociale -et introduit un rapport social - un ordre, une relation - totalement incompatible avec l’individu immédiatement social caractérisant le communisme. Ceci ne relève pas de l’utopie au sens de ’doux rêve inaccessible’, mais de l’absurdité concrète vécue quotidiennement par les "usagers" comme par les fonctionnaires dans le rapport dit "client-fournisseur", dans les rapports hiérachiques au travail, dans tous les non-sens d’une vie de salarié tout à la fois aliéné, exploité, et dénié dans ses potentialités créatrices et son désir d’être communautaire.

    Et c’est pourquoi nous en finirons avec le fonctionnaire, qu’il soit adulé ou honni par les politiciens et leurs hautres.

    Le fonctionnaire n’est qu’un larbin, plus ou moins heureux et satisfait de l’être, comme l’employé de banque ou le conducteur de bus. Le service public, fondamentalement, n’échappe pas à cette posture, ce que traduit son idéal capitaliste selon un ministre communiste (Anicet Le Pors) sous Mitterrand : le "fonctionnaire-citoyen" [on en rêverait, pour la critique, à se mettre sous la dent]. Les montages à la Salesse [du cab Gayssot, mon ex-patron, à Copernique ton pair et gagne] de type ’élus-fonctionnaires-usagers’ [RÉFORME & RÉVOLUTION, Agone 2001] sont des foutaises techno-bureaucratiques de directeur de cabinets ministériels reconvertis en aspirants dirigeants de la démocratie pour utopistes petits-bourgeois.

    L’"administration des choses" [Marx, mais plutôt Engels, tenaient ça de Saint-Simon, et pour cause...] en lieu et place de l’Etat instance de domination de classe, ce n’est que par confusion terminologique ou sémantique que l’on prétend la tenir, comme "anticipation du communisme dans le capitalisme", de l’Administration et des "services public à la française". C’est une vision de haut-fonctionnaire gobée par ceux qui ne les subissent pas [je mets au défi quiconque de produire un seul texte conceptuel sur le sujet n’émanant pas d’un haut-fonctionnaire d’Etat]. Un idéal post-stalinien thorézo-gorbatchéviste (laissons Robespierre dormir en paix, qui fut de son temps un bourgeois conséquent).

    En quoi, en hommage à mes collègues fonctionnaires de labeur et d’angoisses quotidiennes, moi je, non-titulaire "hors classe" [sic] suicidé dans l’Etat de sa sous-vie, j’emmerde les utopistes du service public, valets du capitalisme utopique, et pourvoyeurs de drogue politique au service de l’Etat-notion.

    Patlotch, 25 novembre


    • "Le salaire ’libertaire’ au mérite démocratique"..., Patlotch, 26 novembre 2005

      je mets au défi quiconque de produire un seul texte conceptuel sur le sujet n’émanant pas d’un haut-fonctionnaire d’Etat

      Au temps pour moi, je relève mon défi, avec un article découvert après coup, de l’ineffable "libertaire social-démocrate" Philippe CORCUFF, idéologue pour le compte de la LCR, qui veut évaluer et payer au mérite démocratique les fonctionnaires nouveaux de sa « civilisation des services publics et de l’individualité, sociale-démocrate et libertaire, à la recherche d’un monde non-capitaliste »

      Voir Services publics, individualité et évaluation. Un point de vue hétérodoxe Extrait :

      Cette évaluation serait celle d’individus souvent insérés dans des relations de coopération, et aurait donc une composante collective. On évaluerait ainsi d’abord des collectifs dans la production des biens publics. Toutefois, dans le même temps, chaque agent ne s’engage pas avec la même intensité et les mêmes qualités dans la production de ces biens publics. Cela veut dire que, dans le cadre d’un statut commun protecteur et dans la limite d’un écart raisonnable, l’évaluation serait aussi conduite à introduire des différenciations personnelles (dans les possibilités de promotion, d’accès à des formations, à des « congés sabbatiques », à des réductions du temps de travail ou à des gratifications financières). De telles réformes, à l’inverse des contre-réformes libérales, nous engageraient dans une civilisation des services publics et de l’individualité, sociale-démocrate et libertaire, à la recherche d’un monde non-capitaliste.

      C’est publié par Itinéraires SUD (le journal de SUD Éducation Rhône) N°44, novembre-décembre 2005.

      Patlotch, 26 novembre


Ballade en novembre - Roland Simon

mercredi, 23 novembre 2005

"Toute la nuit durant, dans différents district de Paris, on trouve une racaille des plus douteuse, cette pègre organisée dont la présence contamine ceux qui l’acceptent et, plus encore, ceux qui la sollicitent." (L’Humanité Dimanche, 26 mai 1968)


Du monde au quartier : un même modèle

La révolte des banlieues françaises est un événement mondial. Jamais, depuis l’accumulation primitive du capital, il n’y eut, comme maintenant, une telle conformité et une telle intrication entre l’organisation de la violence et l’économie, jusqu’à effacer la distinction entre guerre et paix, entre opérations de police et guerres. Dans les favelas du Brésil, les prisons des Etats-Unis, les banlieues des grandes métropoles (et des petites villes), les zones franches de Chine, les contours pétroliers de la Caspienne, la Cisjordanie et Gaza, la guerre policière est devenue la régulation sociale, démographique, géographique, de la gestion, de la reproduction et de l’exploitation de la force de travail.

La production de plus-value relative façonne un monde à son image, dans lequel aucune spécification sociale, historique ou géographique, conservée et/ou produite, ne vient entraver la reproduction du capital et la remise en cause constante de ses conditions. La mondialisation n’est pas une extension planétaire, mais une structure spécifique d’exploitation et de reproduction du rapport capitaliste.

La reproduction du capital qui se bouclait plus ou moins sur une aire délimitée, nationale ou régionale, perd ce cadre de références et de cohérence. L’Etat assurait la cohésion de cette reproduction en ce qu’il émane du pôle dominant (celui qui subsume l’autre) de l’implication réciproque entre prolétariat et capital, il était le garant de cette implication réciproque, c’est ce que l’on appelait assurer le « compromis social ». Le principe de cette perte de cohérence réside dans la scission entre le procès de valorisation du capital et la reproduction de la force de travail.

La valorisation du capital s’échappe "par le haut" en fraction ou segment du cycle mondial global du capital, au niveau des investissement, du procès productif, du crédit, du capital financier, du marché, de la circulation de la plus-value, de la péréquation du profit, du cadre concurrentiel.

La reproduction de la force de travail s’échappe "par le bas". Au « mieux », on trouve une déconnexion du salaire et de la productivité et la transformation du welfare en un pré-achat uniformisé, global et minimum de la force de travail abaissant sa valeur lors de son achat individuel. Au pire : autosubsistance, solidarités locales, économies parallèles, ce qui retravaille d’anciennes cohésions sociales en conférant, selon les circonstances, au domaine religieux de nouvelles significations d’être-ensemble. Aucune de ces situations n’est exclusive de l’autre. Le capital est devenu indifférent à la mise en forme du social. « Ceux d’en-bas » ont droit à une assistance policiaro-compassionnelle, et « ceux d’encore plus bas », à des missions militaro-humanitaires. Là où il y avait une localisation jointe des intérêts industriels, financiers et de la main-d’oeuvre peut s’installer une disjonction entre valorisation du capital et reproduction de la force de travail.

L’espace du monde capitaliste restructuré est un zonage qui se déploie de façon « fractale » à toutes les échelles : monde, continents, aires, pays, régions, métropoles, quartiers. A chaque niveau d’échelle, se côtoient et s’articulent : un noyau « surdéveloppé » ; des zones constellées de focalisations capitalistes plus ou moins denses ; des zones de crises et de violence directe s’exerçant contre des « poubelles sociales », des marges, des ghettos, une économie souterraine contrôlée par des mafias diverses.

Dans un tel « nouvel ordre mondial », la question de la distinction entre opération de guerre et opération de police n’a plus un grand intérêt. La restructuration actuelle est une autre organisation de l’espace de la reproduction du capital et une autre organisation de la violence. Les formes d’interventions sont celles de la discipline. Si le principal résultat du procès de production c’est la reproduction du face-à-face entre le prolétariat et le capital, que de ce face-à-face découle ipso facto le premier moment de l’échange entre le capital et le travail (achat-vente de la force de travail) ne va pas de soi. Au "centre" ou à la "périphérie", ces distinctions ont été mises en abimes à tous les niveaux d’échelle, la situation de la force de travail est fondamentalement la même : la force de travail existe face au capital comme force de travail sociale globale. Alors qu’elle est dans les aires développées globalement achetée par le capital et individuellement utilisée, il n’y a pas d’achat global dans les nouvelles périphéries. D’où l’importance partout de la disciplinarisation de la force de travail face à un prolétaire redevenu, en tant que prolétaire, un pauvre.

Un peu partout s’installe un système de répression prépositionné dans une étroite conformité entre l’organisation de la violence et celle de l’économie. Il s’agit d’une gestion globale et démographique de la main-d’œuvre. La répression est permanente, non pas partout, mais partout possible : interventions « coup de poing », missions de pacification forcée, missions policières, missions humanitaires. Dans les banlieues françaises, nous avons aperçu les lueurs de ce monde nouveau.

Vous avez dit revendicatif ?

"La bourgeoisie ne peut plus régner parce qu’elle est incapable d’assurer l’existence de son esclave dans le cadre de son esclavage, parce qu’elle est obligée de se laisser déchoir au point de le nourrir plutôt que de se faire nourrir par lui". (Marx, Le Manifeste du parti communiste). Les prolétaires peuvent revendiquer d’être nourris et de ne pas nourrir, mais la bourgeoisie cherchera toujours à conjurer une telle "déchéance".

Contrôle policier des chômeurs ; radiation des Assedics ; resserage du RMI, chômage massif largement supérieur aux moyennes nationales ; disparition des subventions à toute forme de vie sociale "légitime" ; dégradation de l’habitat, des transports ; ghettoïsation urbaine, scolaire ; flicage permanent ; segmentation racialisée du marché du travail ; délocalisation européenne et mondiale rendant illusoire un avenir même incertain de main-d’œuvre précaire et sous-payée, etc. Cette toile de fond de la "misère" dans les banlieues s’est trouvée encore obscurcie durant les derniers mois par une rafale de mesures et de déclarations qui pour provocatrices qu’elles soient ne font que révéler la façon dont le "social" est dorénavant traité. Bernard Thibault peut alors déclarer : "On n’a pas vu de banderoles, de drapeaux syndicaux certes, mais il est bien question d’emploi, de moyens pour vivre et de dignité." Jacques Chirac lance une série de promesses répondant à ces revendications, paroles en l’air ou annonces suivies d’effets.... Il ne faut pas prendre Bernard Thibault ou Jacques Chirac pour des ânes, s’ils voient la révolte comme revendicative c’est qu’elle l’est. La violence ne change rien à l’affaire, on peut revendiquer avec un fusil (cf. les mineurs américains d’Harlan County) du salaire, du salaire socialisé, du RMI, des stages rémunérés et pourquoi pas des embauches véritables. Dire que la lutte a été absolument non-revendicative, qu’aucune revendication n’était formulée, c’est se laisser aller à l’enthousiasme radical et à la cécité volontaire.

Cependant la question est celle de la revendication dans les luttes actuelles. Si cette révolte peut dans ses causes être revendicative, c’est le revendicatif de cette révolte qui, de façon interne, est problématique. Revendiquer et se remettre en cause dans l’attaque de tout ce qui nous définit ne sont plus les termes exclusifs l’un de l’autre d’une alternative. Une vision devenue actuellement obsolète de la lutte revendicative amène à rejeter unilatéralement l’aspect revendicatif de cette révolte, inversement la même vision obsolète ramène tout l’événement à cet aspect. Depuis longtemps déjà la lutte revendicative ne s’identifie plus aux gros bataillons syndicaux, à la légitimation réciproque de la classe ouvrière dans ses organisations et du capital comme terre nourricière du travail. Depuis longtemps la lutte revendicative n’est plus la voie royale de la montée en puissance de la classe ouvrière se renforçant, s’unissant pour devenir l’avenir du monde. De son côté, pour la classe capitaliste, la grève revendicative n’est plus légitime dans un processus interne national d’accumulation appelé "fordiste". Il existe maintenant une intrication structurelle entre d’une part être en contradiction avec le capital, ce qui inclut la revendication et, d’autre part, se remettre soi-même en cause comme classe. Nous supposons acquis que les chômeurs, les "exclus" sont des prolétaires, que leur rapport au capital est celui de la contradiction qu’est l’exploitation dont le principal résultat, le résultat essentiel, est la reproduction du face à face entre la force de travail libre et le capital potentiel.

En décembre 2002-janvier 2003, lors de la grève ACT d’Angers (matériel informatique, filiale de Bull), trois lignes de fabrication sont momentanément remises en route, ce qui n’empêche qu’ensuite des produits finis sont brûlés. L’usine est occupée, mais personne ne sait dans quel but. De même, dire que la lutte de Cellatex était « suicidaire », ce n’est en aucune façon lui enlever toute son importance. « Suicidaire », parce que les formes autonomes de la lutte de classe ne sont plus de mise, ayant jeté leurs derniers feux avec les coordinations des années 80 (et encore...). Si, à partir de son existence de lutte revendicative, la lutte de Cellatex déborda l’encadrement syndical c’est pour affirmer que le prolétariat n’est rien sans le capital, la force de cette lutte fut dans cette affirmation qui ne contient pas l’autonomie du prolétariat mais sa négation, qui part de la revendication et trouve en elle la nécessité de la dépasser. De Cellatex aux banlieues, tout est différent parce qu’il n’y a pas d’unité du prolétariat qui puisse exister sans que celui-ci n’entame sa propre abolition comme classe, mais tout est identique. Si la dynamique est unique il est vain est proclamatoire d’espérer à voix haute ou pire d’appeler, sur cette base, à l’unité de la classe, qu’on l’appelle, ce qui n’a pas d’importance, classe ouvrière ou prolétariat. Les prolétaires ne trouvent dans le capital, c’est-à-dire en eux-mêmes, que toutes les divisions du salariat et de l’échange et aucune forme organisationnelle ou politique, aucune revendication, ne peut plus surmonter cette division. Le prolétariat n’est rien en soi, mais un rien plein de rapports sociaux qui font que, contre le capital, le prolétariat n’a d’autres perspectives que sa disparition.

Nous sommes amenés à ne plus pouvoir concevoir la lutte revendicative comme relevant d’une contradiction entre le prolétariat et le capital comportant la capacité pour le prolétariat de se rapporter à lui-même comme classe, contre le capital. La revendication n’est plus ce qu’elle était. Elle ne construit plus un rapport au capital comportant la capacité pour le prolétariat de trouver en lui-même sa base, sa propre constitution, sa propre réalité, sur la base d’une identité ouvrière que la reproduction du capital, dans ses modalités historiques, venait confirmer. Corollairement, c’est la distinction entre lutte offensives et défensives qui s’efface. C’était une distinction liée à la problématique programmatique de la montée en puissance de la classe. Le prolétariat reconnaît le capital comme sa raison d’être, son existence face à lui-même, comme la seule nécessité de sa propre existence. Doit-on considérer la révolte des banlieues comme une lutte « offensive » en ce qu’elle réclamerait une situation meilleure pour la force de travail ou en ce qu’elle est la remise en cause de tout ce qui définit les émeutiers dans le cadre de cette société ; doit-on la considérer comme défensive en ce qu’elle réagit à une aggravation évidente de la reproduction globale de la force de travail active ou surnuméraire. Si l’on pose la question spécifique du rapport de la communisation aux luttes quotidiennes, celui-ci se situe dans le fait que, dans une lutte, agir en tant que classe soit la limite reconnue de l’activité de la classe, le fait que la remise en cause de la classe par elle-même soit l’enjeu de la lutte.

Les salariés licenciés de Moulinex mettant le feu à un bâtiment de l’usine ou les émeutiers de banlieues s’inscrivent dans la dynamique de ce nouveau cycle de luttes qui fait, pour le prolétariat de sa propre existence comme classe, la limite de son action de classe et contient sa propre remise en cause. Le refus de soi. Si j’évoque ici les "luttes suicidaires" c’est à cause d’une connivence formelle, je pourrais parler de bien d’autres faits des luttes actuelles où l’appartenance de classe est extériorisée comme une contrainte extérieure objectivée dans la reproduction du capital. Le prolétariat voit son existence comme classe s’objectiver dans la reproduction du capital comme quelque chose qui lui est étranger et qu’il est amené à remettre en cause. Trivialement, cela se joue dans une situation où les émeutiers peuvent dire "nous voulons du boulot et pour cela on est prêt à foutre le feu au quartier", tout en sachant parfaitement que ce boulot c’est "un boulot de merde payé des clopinettes", celui dont on ne veut pas, qu’il n’y en a pas et qu’il n’y en aura pas d’autres pour eux.

Les émeutiers de novembre 2005 n’ont pas revendiquer un "travail de merde payé des clopinettes" (ils ont de toute façon rarement vu leurs parents travailler de manière stable et continue), ni des centres sociaux, des Maisons de la culture, une "école démocratique" ou une "police de proximité". Dans une situation revendicative, ils ont transformé la revendication en attaque de leur propre condition. De l’école à quelques usines en passant par les transports, les postes de police, d’assistance sociale et les ANPE, ils se sont attaqués à tout ce qui les produit et les définit.

Mais si les émeutiers de novembre ont refusé les causes de leur révolte en ce qu’ils n’ont rien revendiqué sans s’attaquer simultanément à leur propre condition, ils ne les ont pas dépassées. Le mouvement est demeuré (pour l’instant) tout du long un mouvement des banlieues. Le mouvement est parti d’une situation particulière (largement exposée : échec scolaire, chômage, précarité, niches d’emplois racialisées, absence d’avenir, dégradation urbaine, ségrégation, ghetto...), il a su ne pas s’y enfermer et surtout il a su élever les caractéristiques de cette situation particulière au rang de caractéristiques générales. L’émeute a su promouvoir les caractéristiques générales de cette situation particulière mais n’est pas sorti de sa particularité. Si l’immense majorité des émeutiers sont issus de l’immigration maghrébine, noire, turque..., l’émeute n’a jamais été une émeute arabe, noire ou turque au sens où l’ennemi aurait été le "blanc", le "français", le "gaulois" et durant laquelle on se serait battu en tant qu’arabes, noirs, turcs.... La revendication de l’intégration à la française ou communautariste avait fait long feu avant même d’exister. Alors qu’il y a un an, en période de "calme", les synagogues brûlaient dans les banlieues, ces jeunes qui d’après les journalistes "jouaient à l’intifada" n’y ont pas prêté attention, une seule église a été attaquée. Les émeutiers de novembre ont retrouvé l’inspiration de ceux de la fin des années 70 et du début des années 80 avant que SOS racisme, s’appuyant sur un laminage de la lutte de classe et la défaite consommée d’un cycle de luttes, ne leur explique qu’il fallait lutter contre le racisme et non contre la segmentation du marché du travail et tout ce qui racialisait leur lutte. Si nous n’avons pas eu droit à la énième sympathique Marche des beurs version Mitterrand 1983 (au moment où Mauroy et Deferre traitaient les grévistes de l’automobile de non-français manipulés par les ayattollas), nous n’avons pas eu non plus les limites de la beaucoup plus intéressante Convergence 84 (souvenez-vous des mobylettes).

Ce mouvement était exemplaire dans la mesure où se fixant pour objectif “l’égalité” et la “nouvelle citoyenneté” il était lui-même conscient de l’insuffisance de cet objectif et de ce qu’il “masquait” : “ Nous savons que l’égalité des droits en matière de citoyenneté, ne consiste qu’à revendiquer les inégalités sociales qui traversent déjà la société française - mais uniquement celles-là !... Mais cette avance de l’idée d’Egalité rebondira sur l’ensemble de la société, mobilisant également des couches discriminées “à l’intérieur de la société française” “ (4° de couverture de la brochure rédigée par les initiateurs de la convergence : “La ruée vers l’égalité” Ed Mélanges 1985). “Nous sommes d’une catégorie qu’on a installé dans la cave de la société et dont on ne veut ni entendre le champ, ni voir l’âme. Nous revendiquons donc nos droits : des droits destinés à nous porter à la hauteur des citoyens reconnus. En chemin, nous avons appris que le sous-sol est plus grand que nous l’avons cru et qu’il comprend des pièces que nous ne connaissions pas. Nous avons rencontré des citoyens moins égaux que d’autres. Eux aussi exigent leurs droits : parfois les mêmes que les nôtres, parfois non. Nous avons compris qu’il s’agit de leur part d’égalité, comme nos droits sont notre part. Nous nous sommes dit que ces luttes diverses - les nôtres et les leurs- se confortent et doivent se rejoindre pour élargir le champ d’application de l’égalité.” (ibid, “Texte d’appel”). Les initiateurs du mouvement soulignaient eux-mêmes que, dans le texte d’appel, pas une fois le mot racisme n’était prononcé, “parce que pensions-nous, à tant rabacher le racisme, on finit par occulter les véritables problèmes.”. Mais à tant rabacher l’Egalité ont fini aussi par occulter les véritables problèmes.

Les initiateurs de ce mouvement considéraient qu’il n’y avait pas que des “inégalités sociales” ou plutôt que celles-ci se complétaient d’inégalités diverses contre lesquelles ont pouvait lutter au niveau du droit : des inégalités “formelles”. L’existence de ces inégalités est indéniable, insupportable et on a mille fois raisons de lutter contre elles. Mais, revendiquer l’égalité, c’est revendiquer la neutralité de la justice, de la police, de l’école, des employeurs, de l’aménagement du territoire, de l’Etat etc., c’est revendiquer que “la cave” soit traité par ces institutions comme “les étages supérieurs” dont elles sont leurs institutions. Les inégalités devenaient des objets de luttes et de revendications particulières. Ces revendications réclamaient alors une solution à leur niveau, celui de l’Egalité et de la citoyenneté. Ainsi, une lutte indispensable contre les inégalités se transformait en une litanie de revendications démocratiques ne changeant absolument rien à ce qui est sa raison d’être (l’existence des classes, l’exploitation, les conditions générales de reproduction de la force de travail et de sa segmentation) et surtout la niant. On aboutissait à l’invention d’une “solution” qui traitait les inégalités comme existant pour elles-mêmes et par elles-mêmes.

On peut soutenir que les émeutiers de novembre revendiquaient d’être traités en "prolétaires ordinaires", mais la généralité du mouvement (une de ses caractéristiques essentielles qui le distingue des émeutes de cités depuis le début des années 1980), son intégration et son dépassement en interne (comme émeutes des banlieues) de la racialisation de la force de travail et de la distinction entre actifs, chômeurs, précaires, étaient, de fait, l’aveu même qu’ils étaient le prolétariat ordinaire dont les "autres" ne sont qu’un segment particulier. Cette année, en novembre, les inégalités sont demeurées des inégalités réelles et en tant que telles sans solutions car reconnues comme le fonctionnement même du système. En cela, il ne s’agissait plus même d’inégalités. Tout le monde parle d’inégalités, mais la lutte ne s’est pas située à ce niveau dans ses objectifs, son déroulement et la conscience qu’elle avait d’elle-même.

On a dit qu’elle avait dépassé le piège de la racialisation et même, à ses débuts, l’enfermement dans la catégorie des "jeunes". Ce n’était pas d’inégalités mais d’exploitation dont il était question. Dans le capitalisme actuel, c’est l’ensemble de la force de travail qui est acheté et qui correspond pour le capital au travail nécéssaire

Avec le développement général de la précarité, de la flexibilité et de toutes les formes de contrats déterminés, le chômage n’est plus cet en-dehors de l’emploi salarié qu’il était durant les « Trente Glorieuses ». La segmentation de la force de travail se résoud en un achat global de celle-ci par le capital et une utilisation de chaque force de travail individuelle selon les besoins ponctuels de la valorisation. Cet achat global modifie de fond en comble le fonctionnement de l’Etat-providence, celui-ci, là où il existait, ne disparaît pas. Il se segmente lui aussi pour assurer l’employabilité permanente de la totalité de la main-d’œuvre disponible, il ne joue plus seulement sur la population salariée, mais sur le taux d’activité et la population disponible. C’est le passage du Welfare au Workfare. C’est une évidente « régression » au niveau des droits acquis, mais c’est également une extension du système : C.M.U. ; R.M.I. ; R.M A. Une telle extension est beaucoup plus développée dans les pays anglo-saxons. Le système du Welfare ne régresse pas en demeurant identique dans sa nature, sa « régression » est plus fondamentalement une modification de la nature générale du marché du travail en organisation du travail.

La force de travail est alors présupposée comme propriété du capital, non seulement formellement (le travailleur a toujours appartenu à toute la classe capitaliste avant de se vendre à tel ou tel capital), mais réellement en ce que le capital paie sa reproduction individuelle en dehors même de sa consommation immédiate qui pour chaque force de travail est accidentelle. Le capital n’est pas soudain devenu philanthrope, dans chaque travailleur il reproduit quelque chose qui lui appartient : la force productive générale du travail devenue extérieure et indépendante de chaque travailleur et même de leur somme. Inversement, la force de travail directement en activité, consommée productivement, voit son travail nécessaire, lui revenant en fraction individuelle, défini non par les besoins exclusifs de sa propre reproduction, mais en tant que fraction de la force de travail générale (représentant la totalité du travail nécessaire), fraction du travail nécessaire global. Il tend à y avoir péréquation entre revenus du travail et revenus d’inactivité.

La lutte de novembre 2005 a parfaitement intégrée cette restructuration du marché du travail et de l’exploitation au point même qu’apparaisse la volonté de faire jouer "à son profit" les espaces intersticiels du système. Dans son déroulement, les objectifs visées, son dépassement dans le cadre des banlieues de la segmentation racialisée de l’exploitation, dans la façon dont elle exprimait son rapport au salariat et au "possibilités d’employabilité" elle s’est d’emblée située au niveau présent du rapport d’exploitation. C’est pour cela que la lutte de novembre 2005, même si elle n’a pas quantitativement l’ampleur des émeutes anglaises de l’été 1981 se situe immédiatement à un niveau supérieur.

La violence de ces émeutes avait témoigné de toute la dificulté du capitalisme anglais à réaliser cette double nécessité : débloquer l’assistance et le chômage comme ghetto et briser la rigidité de la classe ouvrière. Ce sont toutes les instances de la reproduction de la force de travail qui étaient entrées en crise et étaient attaquées : famille, école, urbanisme, système d’assurances sociales tant comme Etat-providence que sous les formes privées du libéralisme, en ce qui concerne les équipements urbains par exemple. Le capital était bien attaqué au niveau de sa reproduction mais cette reproduction ne se retrouvait que sous la forme de la reproduction de la force de travail, jamais l’autoprésupposition du capital n’est attaquée comme reproduction de la valorisation. C’est au niveau de la reproduction de la force de travail que ces émeutes attaquaient la restructuration en cours. La restructuration des modalités de reproduction de la force de travail pouvait encore être abstraite du mouvement général de la valorisation dont elles ne sont qu’un moment. C’est ce qui formait la substance même de la restructuration qui était attaqué (articulation chômage / activité ; assistance / salariat ; formation / vie active ; segmentation de la force de travail, travail temporaire, sous-traitance), mais en s’attaquant à des formes de reproduction solidifiées à côté des formes directes de l’activité salariée, la lutte sur la reproduction pouvait encore s’effectuer comme abstraite du cycle de la valorisation, comme existante pour elle-même.

En France, vingt-cinq ans après, la restructuration a fait son chemin, on ne peut plus séparer la reproduction et l’activité. Lutter sur la reproduction de la force de travail c’est directement lutter sur son emploi, sur son exploitation. La réponse communautariste qui avait été celle de Thatcher n’est plus possible maintenant en France (elle sera tentée), non seulement parce que le capital français n’a pas la marge de manœuvre que le capital financier donnait à la Grande Bretagne mais surtout parce que le rapport entre la continuité de la reproduction de la force sociale du travail et son intégration dans le procès productif n’autorise plus une telle solution (reproduction assistancielle d’un côté, travail de l’autre) qui, en Grande-Bretagne même, atteint ses limites.

Toute la difficulté de l’analyse de cette révolte réside dans une formule qui peut paraître au premier abord dénuée de sens : la particularité de son universalité.

Une généralité bien particulière

Si les jeunes issus de l’immigration représentent à l’extrême la disparition de tout ce qui pouvait constituer le "vieux mouvement ouvrier" (n’en déplaise à Thibault qui lui-même n’en est plus) et si inversement ils condensent non seulement les conditions actuelles de l’exploitation mais encore simultanément leur dissolution, en tant que jeunes-des-banlieues-issus-de-l’immigration cette généralité est une particularité (particularisation). Le contenu général de la révolte s’oppose à sa forme particulière (là on a une forme sociale confirmée et repérable, reproductible, qui de détermination de classe passe dans la catégorie d’une détermination d’ordre). Si bien que le contenu général qui fut la raison d’être de ces émeutes et contre lequel elles se sont élevées existe dans une particularité comme si c’était en elle que résidait ce contenu général (en outre ce renversement se trouve confirmé pour les intéressés eux-mêmes dans la segmentation reproductible du marché du travail et de la société civile). C’est toute l’ambivalence de ces émeutes : la remise en cause de ce que l’on est non seulement part de ce que l’on est (ce qui va de soi) mais encore fait de ce que l’on est la catégorie particulière devant exprimer la dissolution générale des conditions existantes. Quand, tant policièrement que dans ses promesses, l’Etat répond à ce niveau, il n’est pas totalement "à côté de la plaque". La réponse de l’Etat est au niveau de ce contenu général, l’état d’urgence (prolongé pour trois mois) est non seulement une effet d’annonce à visée électorale etun effet du marquage àla culotte entre De Villepin et Sarkozy, mais aussi un avertissement donné à toute le prolétariat précaire. La reproduction du face à face entre la force de travail et le capital devient une affaire de discipline.

Dans ces luttes s’est produit un amalgame entre jeunes français issus de l’immigration, immigrés légaux ou clandestins, jeunes de l’ancienne classe ouvrière totalement précarisés. De fait, cet amalgame attaque les politiques d’immigration visant à accentuer les séparations en rendant plus fragile le statut légal de l’immigré, voire en le niant. Au moment où l’immigration à statut permanent ne répond plus aux besoins actuels de la valorisation du capital, où les Etats essayent d’institutionnaliser une immigration tournante, où la refonte des politiques d’immigration est menée de pair avec la réforme de l’Etat providence, ces émeutes ont signifié que l’insécurité est la condition normale de la classe ouvrière. Les secteurs encore "protégés" du salariat ne sont pas appellés à disparaître mais leur sens n’est plus en eux, ils ne sont plus eux-mêmes qu’un segment particulier dans la segmentation générale de la force de travail. Compris dans la structure d’ensemble de la restructuration, la mondialisation de la force de travail n’est que la forme la plus élaborée de la disparition de l’identité ouvrière. Il n’est qu’à voir le désarroi des fossiles de Lutte Ouvrière qui dans le n° du 18 novembre 2005 de leur journal appelle l’Etat à prendre toutes les mesures qui ressusciteraient la classe ouvrière d’antan pour conjurer la "violence aveugle" (expression répétée jusqu’à l’écoeurement) et appelle les vrais ouvriers, les enseignants, les travailleurs sociaux à s’interposer "Entre voitures incendiées et occupation policière" (titre programme d’un article du n°).

Les émeutes révélèrent et attaquèrent la situation de prolétaire maintenant (dans le mode de production capitaliste, "faire voir les choses" c’est déjà la lutte de classe, fétichisme réification, idéologie sont des réalités). Mais refuser d’être cette force de travail mondialement précarisée rend immédiatement contradictoire au sens de caduc dans le moment même où une telle revendication s’énonce de vouloir être un "prolétaire ordinaire". Dans l’existence même de cette force de travail, c’est le prolétaire ordinaire qui est en voie de disparition et la suppression du ghetto ne signifierait que la généralisation de son contenu. La classe ouvrière dans laquelle ils voudraient se confondre est déjà morte (abolie) dans leur propre existence et ils le savent.

Cependant, toute lutte du prolétariat se produit et se développe dans les catégories de la reproduction et de l’autoprésupposition du capital. La lutte de classe n’existe toujours que “surdéterminée” parce qu’elle est lutte de classe, c’est le rêve programmatique qui veut une classe qui se dégage de son implication réciproque avec le capital et s’affirme en tant que telle dans une pureté autodéterminée, une classe subsistant par elle-même. Dans ce “plus”, cette "surdétermination", ce n’est pas un manque ou un détournement qui réside, mais c’est l’existence et la pratique en tant que classe que l’on trouve, c’est-à-dire la reproduction réciproque du prolétariat et du capital dans laquelle c’est toujours le second qui subsume le premier qui agit à partir des catégories définies dans la reproduction du capital. En cela le contenu général des émeutes n’existe que dans une forme particulière qui loin d’être une simple enveloppe est sa possibilité même d’existence. Cette particularisation s’est même exacerbée dans le phénomène de bande, le localisme de l’action et une certaine continuité entre l’émeute et la "déliquance ordinaire".

On peut voir le contenu général mais le voir de façon abstraite : la situation de cette force de travail ne serait qu’une forme transitoire et annonciatrice en attendant que les acquis sociaux du monde du travail aient été éliminés par le processus de dérégulation. En quelque sorte un terrain d’expérimentation de statuts entièrement précarisés qui seront ensuite généralisés en totalité ou en partie à l’ensemble des salariés. Dans une telle vision, la généralité de la fraction de la classe ouvrière qui s’est révoltée est abstraite pour trois raisons. D’abord, la précarisation n’est pas comprise comme segmentation, dans sa généralité elle n’est pas particularisée. Ensuite cette généralité, comme généralisation, est une simple extension quantitative qui n’est pas comprise comme rupture historique, restructuration du rapport entre le travail et le capital, engageant en cela des figures historiques du prolétariat différentes. Enfin, à partir de ces deux premières incompréhensions, la précarité n’est pas comprise comme générale en ce qu’elle structure l’ensemble du rapport d’achat-vente entre le travail et le capital, mais en ce qu’elle éliminerait purement et simplement ce qui n’est pas elle, c’est encore ici la rupture historique et la segmentation qui disparaissent.

Ainsi ce contenu ne devient général qu’exprimé par une fraction et par les conflits que l’existence même de cette fraction implique à l’intérieur de la classe ouvrière. La généralité n’est pas quantitative, elle n’est pas non plus cachée sous la gangue des apparences, elle inclut les discontinuités et les ruptures historiques, elle se produit. Même si la fraction "stable" de la classe ouvrière ne possède plus en elle-même sa propre raison d’être mais n’est qu’un segment de la décomposition de la force de travail, elle ne peut que voir dans ces émeutiers sa propre déstabilisation.

"Des contradictions au sein du peuple"

Nous avons déjà insisté sur l’intrication (il ne s’agit ni d’une confusion ni d’un germe) dans le rapport d’exploitation actuel entre revendication et remise en cause par les prolétaires de leur propre condition. Ici de cette intrication et de la généralité d’un contenu ayant sa raison d’être dans une particularisation de la force de travail naît une caractéristique perverse (au sens d’effet pervers) de la remise en cause par les prolétaires de leur propre condition. Le prolétariat affronte sa propre condition (ce qu’il est et ne veut plus être) non seulement parce que son être est tout entier en face de lui dans le capital, mais encore comme opposition interne. Le prolétariat affronte sa propre existence non seulement contre le capital mais comme conflits internes.

Le fondement de ces conflits n’est pas "stabilité" contre "précarité", mais bien plutôt la situation de vulnérabilité de masse (pour reprendre l’expression de Robert Castel) : la détérioration des conditions sociales d’existence (niveau de vie, insécurité, angoisse de l’avenir), la concurrence au travail, la diminution des espoirs de promotion (pour soi et ses enfants), la hantise du déclassement social, l’espoir et la déception liés à la poursuite d’études. Tout cela ne produit pas forcément une " cristallisation raciste ", la "menace" vient moins des parents immigrés, à l’usine, aux champs, sur le chantier ou même au chômage que de leurs enfants à l’extérieur. Ce n’est pas l’ouvrier immigré qui a vingt-cinq de boîte qui est le miroir de la vulnérabilité sociale générale du prolétariat et du " déclassement "mais les jeunes de la deuxième ou troisième génération dont certains en arrivent à endosser et à revendiquer ce rôle de "groupe repoussoir ". Ces jeunes font peser sur les autres enfants et sur leurs familles le plus gros des risques, celui qui consiste à faire capoter la stratégie d’ascension sociale dans le travail, par l’école ou par le quartier habité. Ce qui n’empêche pas, simultanément, de penser que, lorsqu’ils se révoltent, ils n’ont pas "complètement tort et que ce n’est pas sans raison", mais c’est " la respectabilité ouvrière" (Beaud et Pialloux) qui est en jeu.

Il serait dangereusement angélique de ne pas s’apercevoir que dans les cités le refus de tout ce qui fait maintenant l’exploitation nous donne un conflit aux allures absurdes et barbares entre ce refus même et ce qui continue à être et être vécu comme la "respectabilité ouvrière" : la respectabilité de personnes qui ont travaillé dur toute une vie pour acquérir leur maison, "bien élever leurs enfants", se construire une "bonne réputation", etc. Cette "respectabilité", qui effectivement peut paraître dérisoire, les ouvriers peuvent aujourd’hui la perdre brutalement. De diverses manières : par le chômage qui frappe le ménage, par le déclassement de leur lieu d’habitat (comme pour ceux qui, il y a vingt ou trente ans, ont construit dans un endroit aujourd’hui menacé par la paupérisation sociale ou ont acheté dans une cité " à la dérive "), mais aussi par la contestation diffuse de leur système de valeurs, que ce soit le localisme ou l’autochtonie disqualifiés au profit (dans les discours) du "cosmopolitisme" ou du " métissage". Ce qui par exemple nourrit l’exaspération des ouvriers "français" (et souvent des immigrés anciens), c’est le contraste entre le discours sur l’immigration des hommes politiques - l’arrêt de l’immigration légale et la lutte prioritaire contre l’immigration clandestine - et les réalités locales. Ces nouveaux immigrés qui arrivent le plus souvent dans le cadre du regroupement familial, sont soupçonnés d’avoir eu recours à d’autres voies, illégales. Si cette nouvelle immigration est accueillie avec défiance et amalgamé à "ceux qui sont nés ici", ce n’est pas nécessairement par réflexe " raciste" mais parce qu’elle ne fera, aux yeux des habitants de ces quartiers, qu’aggraver les problèmes structurels rencontrés à l’école et dans le quartier, dans les formes les plus concrètes de la concurrence sociale auxquels les ouvriers sont confrontés au jour le jour.

Depuis plus de vingt ans, le chômage de longue durée, la relégation liée à la perte d’emploi, la réclusion dans les HLM dégradées, la compression des revenus, l’échec scolaire des enfants, rapprochent les conditions de l’ex noyau dur de la classe ouvrière de celles des groupes dont ils pouvaient se croire éloignés, ou qu’ils pouvaient imaginer moins bien armés qu’eux. L’affirmation de la "respectabilité", exprime la hantise d’être précipité à nouveau dans le monde auquel ils entendaient échapper, une manière de restaurer une identité, de conjurer le déclassement. Il n’est pas jusqu’au racisme ordinaire qui ne soit, alors, une façon de marquer la distance qu’ils voudraient ne pas voir abolie avec ceux qui sont encore un peu moins qu’eux. Cette "respectabilité" ne peut plus être celle du métier, de la solidarité dans la lutte (si celle-ci existe ponctuellement, c’est quotidiennement une situation de concurrence individuelle qui domine), ni celle générale de la condition ouvrière devenue si instable. Le procès de travail, les conditions de reproduction de la force de travail, atomisent les ouvriers et les mettent en concurrence jusque dans leur organisation matérielle : responsabilisation individuelle sur la qualité, les délais ; éloignement physique des postes de travail ; éclatement des horaires ; évaluation personnelle et entretien avec le supérieur direct, file d’attente à l’ANPE, liste d’attente dans les offices de HLM.... L’atomisation est telle et la perte de l’identité ouvrière confirmée par et dans la reproduction du capital si inexorable que l’Etat et la Nation, les communautés les plus abstraites et parce que les plus abstraites, peuvent seules être fantasmées comme la communauté de cette individualisation (comme ailleurs la religion, lorsque les communautés traditionnelles éclatent). Cette identité se forge dans la délimitation et la différence d’avec les exclus de la vie nationale, immigrés et même chômeurs " nationaux "auxquels on reprochera les " avantages "octroyés par les "élites liées au cosmopolitisme". Tout se mêle ici : l’identité nationale et l’ancienne fierté du travail. L’identité nationale revendiquée c’est avant tout le mépris vis-à-vis des "exclus ", reposant sur la crainte d’en être, le rejet de voir ses problèmes traités par le RMI, la RTT, la CMU, l’ANPE, les assistantes sociales.

Cette "respectabilité" implique la délimitation entre " nous "et les " autres ", elle s’inscrit dans un mouvement interne au rapport entre travail, welfare et services publics (habitats, écoles, hôpitaux, Poste ...), elle est la revendication d’un Etat "qui marche". Le critère de la délimitation c’est l’ordre qui surdétermine le " bon fonctionnement "de l’accès au travail, au welfare, aux services publics. Cet ordre c’est la légitimité exclusive du travail salarié que menacent le "chômeur professionnel " (toujours l’autre), le " clandestin ”, le " dealer ", " celui qui vit des allocations familiales ", tous ceux dont une identité particulière peut être imaginairement la source d’un " avantage ", d’une dérogation à la règle commune. Cet ordre implique immédiatement la " sécurité " (au sens sarkozien : on ne traine pas dans les halls d’immeubles) qui se présente comme la garantie de l’obligation au travail et à la règle commune. La délimitation va passer entre cet ordre et ce qui le menace dont la figure paradigmatique est le "jeune arabe" et, comme le nazisme avait inventé les " enjuivés ", ceux dont le comportement quotidien est assimilé à ce paradigme. Comme toujours le groupe " racial " (puisque c’est de cela dont il s’agit) est une complète construction historique qui suit les linéaments des circonstances particulières : le jeune " gaulois " peut être " arabe "et l’Algérien qui a 25 ans de chaine derrière lui " français ".

La défense de cet enjeu de la "respectabilité ouvrière" qui vise un groupe construit comme la menaçant ne va pas, par ailleurs, sans une haine sociale vis des "élites" et des gouvernements ce qui s’exprime dans l’entrecroisement de quatre assertions simultanées : "on les (les jeunes) comprend" ; "ils nous emmerdent" ; "on est bien ici (la cité)" ; "on veut se tirer".

L’abolition des classes sera tout sauf un dîner de gala.

Commentaires :

  • > Ballade en novembre, , 24 novembre 2005

    ’’Les émeutes révélèrent et attaquèrent la situation de prolétaire maintenant (dans le mode de production capitaliste, "faire voir les choses" c’est déjà la lutte de classe, fétichisme réification, idéologie sont des réalités). Mais refuser d’être cette force de travail mondialement précarisée rend immédiatement contradictoire au sens de caduc dans le moment même où une telle revendication s’énonce de vouloir être un "prolétaire ordinaire". Dans l’existence même de cette force de travail, c’est le prolétaire ordinaire qui est en voie de disparition et la suppression du ghetto ne signifierait que la généralisation de son contenu. La classe ouvrière dans laquelle ils voudraient se confondre est déjà morte (abolie) dans leur propre existence et ils le savent.’’

    Où retrouve-ton cette revendication claire d’être un prolétaire ordinaire, comment réduire le contenu de ces émeutes à des revendications quelles qu’elles soient. Est-ce que décrire une situation d’exploitation de pauvre immigré... revient à revendiquer quelque chose ?

    Que faire de textes d’émeutiers comme ceux-là (?) :

    Si aux mains de l’État, la force s’appelle droit, aux mains de l’individu, elle se nomme action. C’est maintenant qu’il faut agir… Les commissariats, préfectures, commerces, doivent brûler, pour que le capitalisme -et tous les dégâts de la course aux profits- cesse de nous affecter, et que pour l’État n’intervienne plus dans notre vie quotidienne. La religion est un danger, il ne faut pas l’oublier. Elle ronge nos libertés, nos désirs… Elle sert à nous rendre docile. Nos ancêtres ont trop donné… Enfin, il est facile de nous faire peur en trouvant l’adversaire « terrorisme ». Ils ne pourront pas toujours régner en désignant un ennemi. Nous ne devons rien attendre des partis politiques ou des centrales syndicales. Il n’y a pas de dialogues possibles avec le pouvoir, que ce soit l’État ou mon patron. Je ne veux rien négocier, je veux ni État ni patron. Et maintenant ? Brûlons, sabotons, rêvons, créons… Bada

    (en direct de France)
    guérilla urbaine NE COMPTEZ PLUS NOUS MANIPULER
    La révolte fait rage, la guérilla urbaine s’est installée dans tous nos quartiers. L’injustice sociale et la violence quotidienne, en sont les causes : discrimination, marginalisation, conditions de vie insupportable. Il est aujourd’hui trop tard pour les grands ducs, d’adopter de nouvelles mesures, pour établir des conditions de vie supportable dans nos quartiers, qui de toute façon n’ont jamais été vivables et ne le seront jamais. Nous ne voulons plus de dialogue avec le gouvernement, nos pères, nos familles, ont suffisamment été abusés par les discours. Le dialogue est définitivement rompu, n’envisagez plus de nous endormir. NE COMPTEZ PLUS NOUS MANIPULER, ceci même malgré l’utilisation d’Imams et portes paroles que vous instrumentalisez, que vous poussez à diffuser des appels au calme. Nous n’avons aucunes armes de destruction massive, juste quelques canettes explosives, pas de bombardiers, juste nos poches, mais tremblez petits barons de Neuilly, aujourd’hui nous sommes dans nos quartiers, dans quelques jours à vos portes. La lutte qui s’engage sera longue, et notre combat juste. La société nous a créés, cela prouve que cette civilisation court à sa perte. Nous n’avons plus rien à perdre, nous préférons mourir dans le sang, que dans le « caca ».

    Des combattants émeutiers du 93


    • > Ballade en novembre (1ère contribution à Meeting), Gilles St-Gelais, 30 janvier 2006

      Le paradoxe contradictoire entre l’acte et la raison trouve son dépassement dans le produit des émeutes. D’abord, une émeute dans un système d’exploitation, c’est une forme de catharsis contre l’ordre de cette exploitation. Le rapport fragile entre exploitant et exploité se trouve au bord du gouffre ; mais irrationnel - l’inconscient se chargeant de tout pour laisser au conscient le soin de décharger - pourvu qu’il y ait décharge, c’est-à-dire explosion et multiplication des actes à la frontière du raisonné, tel l’automatisme auto-régulateur de l’être qui ne connaît pas son aliénation mais la ressent. Il s’agit d’une pluie d’automne qui prépare l’hiver des conditions subjectives, et où le non-salarié exige plus que le salaire qui le gouvernera mais sans savoir FORMELLEMENT, plutôt que RÉELLEMENT, qui est cette gouverne.

      Engendré par le conflit moderne entre un salariat et un non-salariat qui se contredisent parce qu’ils ne subissent pas la même réalité et parce qu’ils ne comprennent pas ce qui les sépare justement, l’émeute est (pour le non-salariat) la séparation entre la volonté de participer à l’accumulation du capital, et la volonté de dépasser cette dynamique objectivante. L’émeute est l’expression même du sujet qui se trouve devant l’objet dont il a besoin à un moment donné de l’histoire, mais qu’il ne convoite pas. Ainsi, les conditions se trouvent réunis pour le dépassement qualitatif de l’objet, c’est-à-dire que pour le salariat et le non-salariat, la question se pose et est répondue dans le même temps.

      Ainsi, dès lors, les sujets salarié et non-salarié s’affrontent pour mieux se saisir l’un l’autre ; en fait pour que les deux s’étreignent et se retrouvent. L’acte second est l’identification commune des deux catégories prolétarienne face à l’antagonisme qui les oppose (et veut les garder opposé), les regarde s’étreindre et cherche à les contenir : les possédants. L’auto-organisation contre l’objectivation des conditions ambiantes se trouve ainsi confirmé du fait que l’émeute possède se caractère qui les a unis, non dans l’acte mais dans la pensée comme un pain de poudding. L’émeute trouve donc son "immunité" sociale - à présent en actes - dans le melting-pot de saveurs qui se dégage de l’affrontement pour produire la qualité de ce dépassement : la compréhension des catégories exploitées en train de mettre la main à la pâte (l’auto-organisation) pour lancer le poudding (le produit organisé) à la face des forces du capital.

      Gilles St-Gelais
      Sherbrooke, 30 janvier 2006


  • > Ballade en novembre, Patlotch, 26 novembre 2005

    Relativement aux questions que je posais le 19 novembre (suite sur les "émeutes"), et particulièrement sur la caractérisation de "luttes défensives et revendicatives", en souhaitant quelque chose de plus "dialectique", je suis globalement satisfait (je ne suis pas de ceux qui considèrent cette lutte comme "absolument non-revendicative" et d’ailleurs il est difficile de globaliser des positions somme toute diverses chez les "émeutiers")

    « Dire que la lutte a été absolument non-revendicative, qu’aucune revendication n’était formulée, c’est se laisser aller à l’enthousiasme radical et à la cécité volontaire.

    Cependant la question est celle de la revendication dans les luttes actuelles. Si cette révolte peut dans ses causes être revendicative, c’est le revendicatif de cette révolte qui, de façon interne, est problématique etc. »

    Je m’interroge toutefois sur la pertinence de cette catégorie de "luttes revendicatives" vu que RS en vient à écrire (je souligne en gras) :

    Nous sommes amenés à ne plus pouvoir concevoir la lutte revendicative comme relevant d’une contradiction entre le prolétariat et le capital comportant la capacité pour le prolétariat de se rapporter à lui-même comme classe, contre le capital. La revendication n’est plus ce qu’elle était . Elle ne construit plus un rapport au capital comportant la capacité pour le prolétariat de trouver en lui-même sa base, sa propre constitution, sa propre réalité, sur la base d’une identité ouvrière que la reproduction du capital, dans ses modalités historiques, venait confirmer. Corollairement, c’est la distinction entre lutte offensives et défensives qui s’efface. C’était une distinction liée à la problématique programmatique de la montée en puissance de la classe.

    En d’autres termes, s’il convient de distinguer la nature de la "revendication" dans le cycle de luttes précédent et dans celui-ci, pourquoi ne pas inventer tout simplement une autre catégorie ? Est-il à craindre qu’on ne saisisse plus en quoi "il n’y a pas transcroissance des luttes revendicatives à la révolution" ?

    Il n’est sans doute pas étonnant que l’intervenant du 24 novembre pose la question « Où retrouve-ton cette revendication claire d’être un prolétaire ordinaire, comment réduire le contenu de ces émeutes à des revendications quelles qu’elles soient. Est-ce que décrire une situation d’exploitation de pauvre immigré... revient à revendiquer quelque chose ? » bien qu’il me semble excessif de prétendre que RS réduise "le contenu des émeutes à des revendications". Les textes de ’combattants émeutiers du 93" qu’ils rapportent me semblent davantage relever de "l’immédiatisme" révolutionnaire, avec un discours ’politique’ explicite qui n’est sans doute pas très représentatif du mouvement général. Ils témoignent néanmoins de la diversité que j’évoquais plus haut, qui rend difficile une explication univoque de l’événement, ce qui n’empêche qu’elles relèvent bien des contradictions développées par RS dans ce texte ou ailleurs.

    Toujours est-il que ce texte très riche tombe à pic, ou comme un pavé dans la mare des interprétations socio-politiques de l’heure. De quoi être persuadé de l’intérêt de la théorie, quand elle est en prise directe sur les luttes. Et comme ça se passe "près de chez nous", il serait dommage de ne pas le mettre à profit pour élargir le débat.

    Patlotch, 26 novembre


  • > Ballade en novembre point de détail, Amutio Denis, 3 décembre 2005

    Salut"
    Grosso modo l’analyse me va ; pourtant je lis" ce n’est pas nécessairement par rélfexe"raciste"..." que les nouveaux venus sont mal acceptés(euphémisme).pourquoi donc les nouveaux,depuis toujours,on a eu un réflexe anti rital, anti espagnol,etc, Je pense plutôt à un fond de commerce dont on ne parvient pas à se débarrasser, peut-être parce qu’intimement lié au mode de production,une idéologie.
    Pour la même raison ça vote Le Pen,pas seulement pour faire bisquer les autres partis,un vieux fond qui prend ce tour, tu te référes à "enjuivés", les boucs émissaires c’est une invention de type religieux, une cérémonie.
    Salutation cordiales


  • Vous avez dit "revendicatif" ?, Denis, 16 décembre 2005

    Il est très juste d’observer, comme le fait Roland, que « la revendication n’est plus ce qu’elle était », et que la différence entre lutte revendicative et lutte non revendicative tend à s’estomper dans la mesure ou « revendiquer et se remettre en cause dans l’attaque de tout ce qui nous définit ne sont plus les termes exclusifs l’un de l’autre d’une alternative » . Il faudra largement revenir, dans l’analyse des luttes actuelles, sur cet aspect des choses. Il n’en reste pas moins qu’appliqué aux évènements qu’à connu la France au mois de novembre, le raisonnement est quelque peu étrange.

    En substance, Roland nous explique que puisque la différence entre lutte revendicative et lutte non revendicative s’est estompée, il n’y a aucune raison de ne pas considérer l’insurrection de novembre comme une lutte revendicative, et ce bien qu’elle n’ait formulé aucune revendication. Bien plus, ne pas la considérer comme une lutte revendicative serait « se laisser aller à l’enthousiasme radical et à la cécité volontaire » et faire preuve d’une « vision devenue actuellement obsolète de la lutte revendicative ». Il faut donc admettre avec Roland qu’une vision non « obsolète » de la lutte revendicative doit nous conduire à appeler « revendicative » une lutte ou l’on ne revendique rien du tout... Je le cite : « les émeutiers de novembre 2005 n’ont pas revendiqué un "travail de merde payé des clopinettes" (ils ont de toute façon rarement vu leurs parents travailler de manière stable et continue), ni des centres sociaux, des Maisons de la culture, une "école démocratique" ou une "police de proximité". Dans une situation revendicative, ils ont transformé la revendication en attaque de leur propre condition. »

    Soyons clairs : ce qui peut être revendicatif, ce n’est pas la « situation », c’est la lutte. Novembre 2005 n’a pas été revendicatif parce qu’aucune revendication ne s’y exprimée directement, autre que celles mises dans la bouche des émeutiers par les journaux. Il faut éviter de tomber dans des constructions de catégories telles que le choix des mots qui servent à les désigner finisse par apparaître comme la négation littérale des faits. En l’absence d’expression de la revendication, une lutte ne peut pas être « revendicative dans ses causes ».

    Il est vrai que tous ceux qui prétendent parler maintenant au nom des « jeunes de banlieue » tiennent un discours démocrate radical et citoyen, voire républicain (Indigènes de la république, Devoir de mémoire, « ma lettre au président »...). Il ne s’agit pas ici de dire que ces représentants auto-proclamés seraient des « traîtres » (ils ne « trahissent » rien de ce qui se serait dit de différent, puisqu’il ne s’est rien dit d’autre) mais il faut quand même se souvenir que ce discours n’est tenu que par ceux qui ont une position qui les distingue déjà du tout-venant prolétarien : militants politiques et associatifs, artistes musiciens, éducateurs, etc...

    De fait, « l’émeute » a effectivement pour cause des discriminations réelles (et avant tout le rapport quotidien avec la police) et si elle avait exprimé une revendication celle-ci aurait été une revendication d’égalité. Pour autant, on ne peut pas ignorer le fait qu’elle ne l’a pas fait. Le choix des objectifs attaqués a été son mode de communication unique, tant interne, entre petits groupes organisés d’une cité à l’autre qui agissaient dans le même sens mais sans échanges directs, qu’externe, vis à vis de l’ensemble de la population et de l’Etat. Ces objectifs ont laissé peu d’ambiguïté sur la nature du message : l’ennemi en premier lieu c’est l’Etat et son système répressif, mais aussi ses « services publics », en second lieu ce sont les entreprises et le système économique. Comme le dit très bien Roland (c’est la suite de la citation précédente) : « De l’école à quelques usines en passant par les transports, les postes de police, d’assistance sociale et les ANPE, ils (les émeutiers) se sont attaqués à tout ce qui les produit et les définit. »

    L’hypothèse qui me semble la plus juste, en l’absence d’une machine à sonder les reins et les coeurs des insurgés (celle de BL, qui a vu les émeutiers revendiquer le RMI, ne me semble pas encore au point), est de supposer que si rien n’a été dit durant ces émeutes, c’est qu’il n’y avait rien à dire : c’est que la seule revendication qui aurait pu être portée par le mouvement est une revendication auxquels les acteurs du mouvement ne croient guère. L’intégration à la société française par le travail et la méritocratie se fonde sur un état dépassé du capital, les politiciens, les responsables flics et les jeunes prolétaires révoltés le savent très bien.

    Je précise que quand je dis qu’aucune revendication n’a été exprimée, je ne fais qu’observer qu’il n’y a eu durant cette période, à aucun moment, d’expression d’une demande ou d’un slogan, même vague, dont on aurait pu dire qu’il aurait pu servir de point d’identification pour l’ensemble des actions qui ont été réalisées. Ce mouvement n’a pas connu son « ya basta » ou son « que se vayan todos », et même « Sarko démission » n’a jamais été son mot d’ordre. Qu’on ne dise pas que les conditions même de n’énonciation des revendications n’existaient pas : quand une parole trouve un écho, même dans un mouvement aussi éclaté et semi clandestin comme celui-ci, elle se reprend et se décline sur toutes les bouches et sur tous les murs. Les vecteurs pour que ce type de revendication émerge existent, et s’ils n’ont pas été utilisés, je le répète, cela ne peut être par hasard. Il n’y a qu’à voir le silence dans lequel la foultitude des appels citoyens ou indigénistes résonne actuellement.

    Quand aux discours tenus dans les médias, même par d’authentiques jeunes-de-banlieue (il ne s’agit pas pour moi ici de faire mon pro-situ et de prétendre qu’ils n’étaient pas authentiques), ceux qui ont accepté de répondre (et déjà c’est un sacré discriminant) ne sont précisément jamais situés sur le terrain de la revendication mais toujours sur celui de la justification ou de l’explication. Comme le dit Pépé quelque part dans les forums : « quand on voit, à la télé, un de ces jeunes prolétaires dire, devant les restes fumants d’une usine : « cette entreprise est venue en zone franche pour se gaver de subventions. Elle devait nous embaucher. Pas un seul jeune de la cité n’a pu y rentrer donc on l’a cramée et plus personne n’y rentrera. On a fait 20 chômeurs mais nous, ça fait 20 ans qu’on est chômeurs.... » Cela vaut dix heures d’analyses de journalistes, syndicalistes, gestionnaires politiques et militants qui se succèdent au micro pour éteindre l’incendie. » Patloch fait le même constat dans un de ses messages.

    Il n’existe pas, pour le prolétariat, de luttes, d’émeutes ou d’insurrections qui n’ait pour point de départ une « situation revendicative » : salariés, chômeurs, précaires, sans-papiers, mal-logés, prolétaires en butte à telle ou telle discrimination, ce qui est le moteur de l’action c’est toujours une situation particulière ( qui dans sa particularité exprime la généralité de la position du prolétariat dans le capital et ce tout en restant irréductiblement particulière, et ne pouvant se départiculariser, à mon avis, que dans la lutte, et qui plus est dans la lutte auto-organisée, on y reviendra... Pas de conclusion hâtive, il ne s’agit pas de nier sa particularisation pour s’affirmer prolétaire, mais de se positionner dans la lutte contre tout ce que l’on est dans le capital). Quoique exprimer ou ne pas exprimer la revendication ne soit pas un discriminant pour une remise en cause, ou non, de ce qui nous définit dans le capital, il n’empêche que les deux attitudes ne sont pas strictement équivalentes et qu’il est de fait plus radical de ne pas exprimer la revendication. Plus radical parce que le discours revendicatif, qui est forcement une articulation forte à ce que l’on est dans le capital, n’a même plus cours. Plus radical, mais pas forcément plus « avancé » vers un dépassement possible, et c’est là qu’on voit qu’il faut savoir faire une distinction entre les deux. De fait, l’insurrection radicale des jeunes prolétaires en novembre est restée, de bout en bout, une « révolte des banlieues », et il existe bien des raisons puissantes pour qu’il en soit ainsi. (J’espère qu’on voit bien que je ne fais preuve ici d’aucun « enthousiasme radical »...)

    Un mot encore sur le caractère « racial » des émeutes : il est tout simplement absent. Si les discriminations ont bien entendu une dimension raciste qui est, comme souvent, une des forme que prend la domination de classe, la réponse, elle, ne l’a pas été. On peut juger de la différence avec les évènements actuels en Australie par exemple. Je pense donc que le nouvel acronyme de Bernard Lyon, les « JPR », doit se traduire par « jeunes prolétaires radicalisés » et non par « jeunes prolétaires racisés ». Quoique le concept de « racisation » soit intéressant en ce qu’il montre quel processus est à l’oeuvre, l’adjectif « racisé » laisse entendre que ce même processus est achevé : or les émeutes de novembre nous montrent justement que, pour la France au moins, c’est loin d’être le cas et que ce l’est même beaucoup moins que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Il serait plus juste de parler de « jeunes prolétaires en voie de racisation », mais, malgré le goût de TC pour les sigles, je pense que même BL trouvera JPEVDR un peu long...

    Denis


    • Vous avez dit "radical", Bernard Lyon, 28 janvier 2006

      « quoique qu’exprimer ou ne pas exprimer la revendication ne soit pas un discriminant pour une remise en cause de ce qui nous définit dans le capital, il n’empêche que les deux attitudes ne sont pas strictement équivalentes et qu’il est de fait plus radical de ne pas exprimer la revendication. Plus radical parce que le discours revendicatif qui est forcemment une articulation forte avec ce qu’on est dans le capital n’a même plus cours. Plus radical mais pas forcemment plus "avancé" vers un dépassement possible, et c’est là qu’on voit qu’il faut savoir faire une distinction entre les deux. De fait l’insurrection radicale des jeunes prolétaires en novembre est restée de bout en bout une "révolte des banlieues" et il existe bien des raisons puissantes pour qu’il en soit ainsi ».

      Donc puisqu’il n’y a pas eu de « discours » revendicatif, la révolte n’était pas revendicative et donc elle était "radicale" par là même, par l’absence de revendications « exprimées » mais cette radicalité n’en n’est pas plus avancée vers un dépassement. Le choix du terme radical en devient étrange la non-expression d’une demande ne serait plus une défense de sa condition sans du tout se rapprocher de son abolition ! Denis nous dit qu’il faut distinguer ces luttes de celles qui seraient plus proches du dépassement, celles que justement on aurait tendance à appeler "radicales" !

      Bref je ne sais pas si ma machine à sonder les reins et les coeurs n’est pas au point, mais Denis remplace revendicatif par radical dans mon acronyme jpr sans du tout donner à radical un autre contenu que celui de la mutité. On comprend donc ainsi la graduation :

      1° niveau :Revendication, donc défense sa condition actuelle dan le capital.

      2° niveau : Non revendication donc non-défense de sa situation, destruction " négative" d’éléments du capital représentant sa condition (c’est le niveau radical)

      3° niveau : Abolition de sa situation dans l’emparement des éléments du capital qui nous font face (dépassement)

      Denis dit que le niveau 2 n’est pas "forcèment" plus avancé (donc il peut l’être, ce qui confirme ma serie ascendante)

      C’est ce niveau 2 "intermédiaire" dont la caractèrisation fait problème et que Roland positionne justement, dans certaine situation la revendication n’ a pas besoin du "discours" revendicatif, l’explicitation des causes suffit totalement, la description de la misère, de l’oppression policière, et de l’ostracisme raciste, est l’exigence de la normalité prolétarienne (le respect) , qui postule la possibilité effective de la salarisation, sous toutes ses formes.

      Le choix du terme "radical" est une positivation forte dans la vision du monde de la mouvance qui se dit elle-même radicale, Cette positivation est très lièe à la forme violente (relativement) du mouvement, même si ensuite ce terme ce trouve positionné en retrait dans un entre deux qui est décrit dans le texte de Roland : "....la revendication n’est plus ce qu’elle était"

      Et je proposerai donc pour le sigle JPEVDR : JEUNES PROLETAIRES EN VOIE DE RADICALISATION

      BL


      • Vous avez dit "radical", Patlotch, 29 janvier 2006

        C’est vrai qu’affirmer qu’« il est de fait plus radical de ne pas exprimer la revendication » paraît bien optimiste quant à ce qu’on peut attendre de ce type de révolte d’un point de vue "communisateur". Exprimé ou non, le caractère revendicatif n’est en tout cas pas dépassé. S’il est "dans ses causes" (RS), on peut même supposé qu’il peut devenir explicite, et pour une part c’est à cela qu’on assiste. Pour une autre, il ne reviendra plus à l’expression de revendications.

        Le niveau 2 (non-revendication donc non défense de sa situation, destruction "négative" d’éléments du capital représentant sa condition), ça me fait penser au texte de Debord sur les émeutes de Watts, en 1966 :

        Le pillage du quartier de Watts manifestait la réalisation la plus sommaire du principe bâtard : « À chacun selon ses faux besoins », les besoins déterminés et produits par le système économique que le pillage précisément rejette. Mais du fait que cette abondance est prise au mot, rejointe dans l’immédiat, et non plus indéfiniment poursuivie dans la course du travail aliéné et de l’augmentation des besoins sociaux différés, les vrais désirs s’expriment déjà dans la fête, dans l’affirmation ludique, dans le potlatch de destruction. L’homme qui détruit les marchandises montre sa supériorité humaine sur les marchandises. Il ne restera pas prisonnier des formes arbitraires qu’a revêtues l’image de son besoin.

        La caractérisation comme "radical" me semble relever du même faux espoir que cela puisse aller au-delà, avoir "un contenu non-revendicatif" devenant "avoir un contenu abolisateur" (?), "tendre à dépasser les limites", pour ne pas dire "entreprendre la communisation"... On pourrait établir toute une gradation interprétative et prendre la température communisatrice des luttes sur une échelle négatif>positif : eaux glacées, zéro radicalité, petite fièvre, gros feu ! Je préfère constater que cela traduit d’une façon singulière la notion de "luttes aux limites", et pourquoi pas d’écart, sans considérer comme je le disais ailleurs que cela soit plus avancé. En tout cas, ça ne participe pas de ce qui serait une aire de la communisation (ce que, sauf erreur, personne ici ne prétend). En même temps, c’est intéressant dans la forme, ça prouve qu’en certaines circonstances, le prolétariat n’hésite pas à détruire. Il faudra être attentif à ces formes dans les prochaines luttes y compris revendicatives. Avec une telle ampleur, on peut y voir un tournant, un signe annonciateur, pour ce qui est de la France.

        Je n’ai pas compris si le nouveau sigle de BL (JPEVDR) relève de l’ironie. Si non, je ne peux pas le suivre. C’est encore mettre le tout dans le même sac. Or ça dépend. Si un jour certains brûlent la bourse, ce sera encore "radical" mais un peu moins "revendicatif", et pas du tout "défensif", dans ses causes comme dans ses conséquences, même s’il n’y a pas davantage à en attendre dans l’immédiat, le capital pourra un certain temps se refaire les bourses. Peut-être que certaines luttes pourraient exprimer une tendance à dépasser les limites de la reproduction (du capital, du prolétariat)... Mais là ce n’était clairement pas le cas, car pour l’être il faudrait que cela soit dit de l’intérieur de ces luttes, et pas par des observateurs extérieurs. Les émeutes ne se sont emparées d’aucune théorie, d’aucune "conscience communisatrice", et elles l’auraient fait qu’on y pourrait mais... elles ne seraient pas davantage communisatrices.

        Patlotch, 28 janvier


        • Vous avez dit "radicalisés", Bernard Lyon, 30 janvier 2006

          Salut

          Bien sûr JPEVDR est "ironique"ou plutôt est une blague en réponse à celle de Denis, qui propose ce sigle pour souligner que le processus de racisation n’est pas achevé, ce en quoi il a raison puisque personne n’ a pu faire avaler le mensonge qu’il s’agissaient d’émeutes raciales. Cependant ils sont racisés, même s’il ne reprennent pas à leur compte les qualificatifs qu’on leur colle, car il suffit qu’ils soient désignés comme arabes ou noirs, pour que tout fonctionne pour eux ainsi, ils sont ségrégés et ce qui compte.

          BL


          • Ô ÉMOTION URBAINE, QU’AS-TU À NOUS DIRE, Amer Simpson, 1er février 2006

            En ce qui concerne les émeutes en France, je résumerais mes réflexions comme ceci : prenant naissance sur le terrain du capital, de sa division du travail, entre autre, tendant à la fois vers une forme universelle du salariat et une caducité définitive de l’identité ouvrière, d’où son caractère initialement revendicatif qui n’est plus ce qu’il était, ces émeutes sont l’expression d’une impossibilité pour ses protagonistes de trouver dans ce qu’ils sont, donc dans le fait d’agir comme classe, des éléments pouvant servir à construire du nouveau qui ne soit pas déjà de l’ancien reproduit avec quelques nouveautés, peaufinant ainsi l’achèvement de la restructuration qui est le terrain sur lequel ces émeutes ont pris naissance. Et c’est dans cette impossibilité que les émeutes trouvent à se taire, selon moi.

            Je m’explique.

            Pour commencer, si le Capital ne confirme plus l’identité ouvrière, il trouve toutefois bien d’autres identités à confirmer. Et c’est peu dire qu’il en confirme une quantité assez grande et de toutes les sortes. En fait, je suis tenté de dire que pratiquement n’importe quoi peu servir d’identité et c’est la raison pourquoi elles tendent à devenir équivalentes dans le procès d’exploitation. Donc, s’il y a des prolétaires qui sont définits par leur identité de race, d’autres le sont par leur identité de genre, d’âge, d’origine sociale et plus souvent qu’autrement par les différents statuts sociaux qui vont du travailleur syndiqué au sans-emploi, passant par les multitudes sous-produits en lien avec la formation, l’état de santé ou même les aptitudes personnelles.

            L’important, pour la classe capitaliste, c’est à mon avis de trouver dans chacune des situations particulières un critère d’identification permettant de retravailler les anciennes catégories sociales dans le but de fragmenter et dévaluer la force de travail en générale. Cette nécessité de retravailler les anciennes catégories à pour conséquence directe de transformer la division du travail, de la rendre fluide et propre à cristalliser temporairement la moindre identité comme critère de dévaluation. Il n’y a donc plus d’identité en soi qui ne soit déjà la confirmation du procès d’exploitation. C’est donc en raison de cette fluidité qu’il est possible de parler d’universalisation du salariat et d’uniformité de la gestion policière des conflits entre prolétariat et capital.

            (Personnellement, je ne partage ni le concept de Jeunes Prolétaires Racisés de B. L., ni celui du JPR en devenir de Denis. Je crois tout simplement que se sont là des identités parmi d’autres qui ont leur utilité dans la fragmentation de la classe et dans le développement actuel de la division du travail. Il est pour moi évident qu’aucune de ces identités n’est à même d’être celle qui contiendra toutes les autres. Ce n’est rien de plus qu’un jeu de balancier entre diverses identités dont parfois quelques unes ont plus d’efficacité que d’autres.)

            C’est là le terrain sur lequel les luttes du prolétariat naissent et meurent et les émeutes des banlieues n’y échappent pas. Mais il ne serait pas juste de traduire en généralité se qui relève d’une lutte particulière sans faire état de ce qui justement donne une singularité à cette lutte, de ce qu’elle peut avoir à nous dire.

            Dans ces émeutes, ce qui semble ressortir est la situation d’impossibilité de reproduire les catégories sociales et n’avoir que ça à reproduire, de se retrouver face à la limite d’agir en tant que classe. Premièrement, ce qui fut attaqué dans ces émeutes c’est l’ensemble des identités qui sont parties intégrantes de la reproduction des conditions de vie et d’exploitation du prolétariat. Les différentes institutions qui ont goûtées aux flammes de la révolte et du ras-le-bol correspondent aux différentes identités qui reproduisent chacun des prolétaires dans ce qu’ils sont déjà. À mon avis, il n’était pas question de mettre de l’avant son statut d’éternel chômeur victime de coercition raciale, ni celui travailleur précaire qui mérite mieux qu’un job de merde dans une shop de merde et encore moins de jeune scolarisé qui en a marre de survivre dans son ghetto. Rien de tout ça ne pouvait être défendu et c’est pourtant tout ce qui avait à défendre : une amélioration générale des conditions de vie et d’exploitation déjà présentes.

            Ensuite, ces émeutes devaient produire leur dépassement à partir de ce rien. Produire du nouveau qui ne soit pas de l’ancien réaménagé pour l’améliorer. Je ne dis pas que tous et chacun avait en tête ce nouveau mais que la situation rendait nécessaire cette production et que sans elle, n’importe qui pouvait dire pratiquement n’importe quoi, tout les revendication pouvaient être bonnes puisque la situation générale le permettait. La limite était en quelque sorte atteinte, d’un côté, parce que chacun des émeutiers cherchait à détruire chaque identité qui le contraint à la reproduction de son statut (dans l’émeute ne trouvant rien à revendiquer), de l’autre, parce que rien d’autre ne pouvait être défendu que l’ensemble de ces statuts (la revendication devenant le terrain sur lequel l’émeute trouvait sa fin).

            À partir de ce constat, il est effectivement possible pour certain de dire que ces émeutes ont produit quelque chose qui n’est plus de l’ordre du revendicatif, puisqu’il n’y eu effectivement rien à revendiquer. Mais en revanche, comme dirait d’autres, ce ne fut pas pour autant les premier pas de la communisation, elles sont restées sur le terrain du revendicatif. D’après moi, les deux façons de voir ont du bon pour la très simple raison qu’elles sont les deux faces de la même situation. Vouloir trancher entre le revendicatif d’un côté et son contraire de l’autre, c’est à mon avis perdre de vue et la limite et son dépassement. Si la limite est dans ce que fait la classe en tant que classe, le dépassement est donc dans ce que produit la classe à partir de cette limite : la rupture, la destruction par les prolétaires de leur condition de vie et d’exploitation. Conséquemment, si la rupture naît de la lutte revendicative, la limite sera donc de n’avoir rien à revendiquer sur le terrain de la revendication. Là se trouve finalement les raisons du silence revendicatif de ces émeutes, de n’avoir rien à dire sur la situation sinon ce qu’elle dit déjà.

            Finalement, le fait qu’il y ait quelque chose qui émerge et ne confirme aucune revendication sans être la négation des rapports sociaux capitaliste, n’est-ce pas là ce fameux écart que nous cherchons à voir et promouvoir ?


            • Ô ÉMOTION URBAINE, QU’AS-TU À NOUS DIRE, Jester, 4 février 2006

              J’ai donc une question à te poser : lorsque tu mentionnes le salariat, la classe ouvrière, et le prolétariat, quelle distinction fais-tu entre les trois termes ? J’aimerais que tu me précises ta pensée s’il vous plaît. Parce qu’il y a une nette différence entre la difficulté à s’identifier prolétaire et la difficulté à s’identifier classe ouvrière. Pour ce qui est du salariat, c’est une autre question plus générale.


          • Et bien oui, j’ai dit « radical »..., Denis, 9 février 2006

            « Plus radical mais pas forcément plus "avancé" vers un dépassement possible, et c’est là qu’on voit qu’il faut savoir faire une distinction entre les deux. »

            Cette formule, livrée sans plus d’explications dans un commentaire que j’ai posté le 16 décembre dernier, a provoqué la réaction de BL puis de Patloch sur le forum. Il semblerait que le seul usage du terme « radical » pour qualifier les événements de novembre suffise, dans l’esprit de Patloch et de BL, pour sombrer dans toutes les illusions possibles concernant ce genre de mouvement.

            C’est ainsi que Patloch nous explique que « la caractérisation comme "radical" me semble relever du même faux espoir que cela puisse aller au-delà, avoir "un contenu non-revendicatif" devenant "avoir un contenu abolisateur" ( ?), "tendre à dépasser les limites", pour ne pas dire "entreprendre la communisation"... »

            Dans cette intervention de Patloch, il n’y a strictement aucun autre argument : c’est l’emploi et l’emploi seul de « radical » qui le conduit à assimiler ma position à celle qui affirmerait que les émeutes auraient un « contenu abolisateur » ou encore pourraient « entreprendre la communisation » (expressions que Patloch cite entre guillemets, mais qui ne sont pas dans mon texte). Peu importe que je n’ai jamais tiré de telles conclusions, peu importe que j’ai justement pris la peine de distinguer « radical » et « avancé vers un dépassement possible », peu importe, donc, qu’en fait j’ai dit explicitement le contraire, pour Patloch l’affaire est entendue. Le choix, c’est soit reconnaître avec Roland que ces émeutes sont revendicatives, soit tomber dans ce que ce même Roland a d’avance qualifié « d’enthousiasme radical » ou de « cécité volontaire », et en lequel Patloch ne saurait voir autre chose qu’un « faux espoir ».

            L’argumentation de Bl est plus subtile mais lui aussi (et même, lui d’abord, puisque Patloch n’a fait que surenchérir sur BL) a réagi uniquement vis-à-vis du choix d’un terme, choix qu’il juge « étrange » mais qui n’est étrange que par rapport à l’usage que BL attendait que j’en fasse.

            La clé de l’argumentation de BL se trouve dans son avant-dernier paragraphe. Si je comprends bien ce que nous dit BL, en gros j’aurais décidé de parler de « radicalité » parce que « le choix du terme "radical" est une positivation forte dans la vision du monde de la mouvance qui se dit elle-même radicale ». Mais, en même temps, j’aurai du mettre de l’eau dans mon vin radical : pour ne pas paraître céder à un enthousiasme trop débordant, il m’aurait fallu distinguer « radical » et « avancé vers un dépassement », ne retenant des lors du terme radical qu’un usage « étrange » parce que ne s’appliquant pas à ce que « justement on aurait tendance à appeler [radical] ». J’aurai donc « positionné [ce terme] en retrait dans un entre deux » , entre-deux que BL a détaillé dans une graduation des luttes qu’il semble m’attribuer (bien qu’il n’y ait jamais rien de tel dans mes textes). Or, et c’est là le point final de ce que veut suggérer BL, cette étape 2, l’étape radicale, revient peu ou prou à ce « qui est décrit dans le texte de Roland ». Autrement dit, je me serais contenté, sans rien amener de nouveau sur le fond, de remplacer le terme « revendicatif » par celui de « radical » et cela par seul amour du mot « radical » et sans craindre de tordre le sens de ce mot (BL ajoute que le seul contenu que j’aurai donné à cette radicalité serait la « mutité »).

            Je vais donc répondre point par point à BL non seulement parce que son interprétation de mes propos n’est pas exacte, mais aussi par ce qu’il me prête des intentions qui ne sont pas les miennes. Ceux que la quelque peu fastidieuse mise au point qui va suivre lasseraient d’avance (et je les comprends, mais je ne peux pas faire autrement que de répondre à BL, et qui plus est de lui répondre aussi sur son terrain, c’est à dire en tenant compte d’éventuelles interprétations de ce que je dis comme relevant de quelque mission secrète au service de la mouvance radicale) sont invités à aller directement au dernier paragraphe de mon texte (« En guise de conclusion provisoire »)

            Passons à présent à la réfutation point par point des arguments de BL.

            - le contenu de la radicalité

            Selon BL, je n’aurais pas donné au terme radical « un autre contenu que celui de la mutité ». Mais attention : ne pas exprimer de revendication ne signifie pas que le mouvement est muet. Le choix n’est pas, comme semble le croire Bernard Lyon, entre soit exprimer une revendication, soit ne rien dire du tout ! En l’occurrence, j’ai précisément soutenu qu’il y avait bien un mode de communication du mouvement, mais que celui-ci résidait tout entier dans le choix des objectifs attaqués (la citation exacte est : « Le choix des objectifs attaqués a été son mode de communication unique, tant interne, entre petits groupes organisés d’une cité à l’autre qui agissaient dans le même sens mais sans échanges directs, qu’externe, vis à vis de l’ensemble de la population et de l’Etat. Ces objectifs ont laissé peu d’ambiguïté sur la nature du message : l’ennemi en premier lieu c’est l’Etat et son système répressif, mais aussi ses « services publics », en second lieu ce sont les entreprises et le système économique. »)

            Il va donc de soi que, s’il est plus radical de ne pas exprimer de revendication que d’en exprimer une, c’est à la condition de dire autre chose par ailleurs. Il n’est pas radical en soi de se taire ! La citation que BL a extraite de mon intervention ne peut évidemment se comprendre que par rapport au sens général de mon texte.

            Je dois ajouter, puisque cette question a été soulevée, que je me fous totalement de la « positivité » du mot radical, et je ne me considère pas comme appartenant à une « mouvance qui se dit elle-même radicale », encore moins en être le porte-parole. Je ne défends aucune position qui voudrait « positiver » le mouvement de novembre en raison de sa violence. Si j’ai employé le terme de « radical », ce n’est pas parce que je serai moi-même un « radical » qui voudrait à tout force voir de la « radicalité » partout.

            J’ai dit dans mon premier message ce que je trouvais radical : la revendication est une articulation forte à ce qu’on est dans le capital, c’est effectivement, si on veut, une « défense de sa condition », y renoncer tout en délivrant un message clair par les objectifs attaqués (tout ce dont on ne veut plus : le contrôle social, les emplois de merde...) c’est en effet montrer qu’on ne croit guère à l’amélioration de certaines situations de prolétaire dans le monde du capital.

            Au-delà de cela quelles peuvent être les motivations qui ont conduit à ne pas exprimer la revendication ? Peut-être parce que de toute façons les politiciens ne tiennent pas leurs engagements : ou parce ce que l’Etat, même s’il le voulait, n’a pas les moyens d’accorder ce qu’on peut lui demander : ou même parce ce que si les politiciens voulaient tenir leurs engagements et l’Etat pouvait accorder ce qui est demandé, la situation qui en résulterait ne serait pas forcément si enviable pour autant. Ou un peu tout cela en même temps...

            Pour ma part, je ne cherche pas à trancher entre ces différentes motivations possibles, et je trouve même que le fait de chercher à trancher est vain et périlleux. Vain parce qu’aucune enquête sociologique, même si certaines sont intéressantes, ne pourra nous donner le fin mot de tout ce qui s’est passé et de tout ce qui a été pensé. Périlleux parce qu’il n’y a pas de raison de chercher à parler à la place d’un mouvement qui a choisi de s’exprimer par ses actes, et par ses actes seuls.

            - « les luttes proches du dépassement »

            Citons encore BL : « Denis nous dit qu’il faut distinguer ces luttes [celles de novembre] de celles qui seraient plus proches du dépassement... ». Et bien non, précisément je n’ai pas dit cela. J’ai dit qu’il était, dans des luttes comme celles de novembre, « plus radical de ne pas exprimer la revendication, mais pas forcément plus "avancé" vers un dépassement possible ». Depuis quand dire que les luttes de novembre ne sont pas plus avancées vers un dépassement possible implique-t-il l’affirmation qu’il existe d’autres luttes qui, elles, seraient avancées vers un dépassement possible ? Ais-je jamais, dans ce texte ou ailleurs, laissé entendre que je pense que de telles luttes existent ?

            Même la lutte qui poserait actuellement de la manière la plus claire et la plus complète certaines questions ayant trait à la communisation (et là je ne parle plus de novembre, mais d’une lutte hypothétique) ne serait pour autant en rien plus « avancée vers un dépassement possible » que d’autres luttes, tout simplement parce qu’aucune lutte particulière ne pourrait par elle-même entamer ce chemin. Ce qui peut « s’avancer vers un dépassement possible », ce n’est pas une lutte donnée, c’est une situation de crise sociale généralisée dans laquelle une multitude de luttes prendraient des mesures communisatrices.

            - la « graduation » des luttes

            Dès lors que je n’ai jamais dit que les luttes actuelles pourraient être plus ou moins avancées vers leur dépassement, il va de soi que tombe à l’eau la « graduation » que propose BL dans une sorte de systématisation de ce qu’il croit être ma position.

            On ne peut pas voir les luttes comme plus ou moins « avancées » séparément sur une échelle du dépassement : ce qui peut produire un jour peut-être un dépassement de ce monde, c’est la lutte des classes dans son ensemble, et avant ce moment il n’y a pas beaucoup de sens à penser que certaines luttes pourraient être « en avance » sur d’autres (En avance comment ? En avance sur leur époque ? D’une autre époque que la leur ? Rien qu’en posant la question de cette manière on conçoit qu’elle est absurde).

            Les étapes 1 et 2 que nous propose BL ne sont donc pas des étapes, mais des différenciations possibles entre des luttes actuelles, différenciations qui justement doivent nous conduire à dire que, radicales ou non, ces luttes ne sont pas pour autant « plus avancées vers leur dépassement » les unes que les autres. Et l’étape 3 n’a rien à voir, elle est le moment de la révolution et non quelque chose qui pourrait caractériser une lutte actuelle.

            - sur l’emploi d’un adverbe

            BL a fondé beaucoup de sa démonstration sur l’interprétation de l’adverbe « forcément », lorsqu’il écrit « Denis dit que le niveau 2 n’est pas "forcément" plus avancé (donc il peut l’être, ce qui confirme ma série ascendante) ». Passons sur le fait qu’encore une fois BL me met dans la bouche des propos que je n’ai jamais tenus (le « Denis dit que » utilisé à deux reprises pour me faire dire ce que je n’ai pas dit, à croire que BL va bientôt écrire mes articles à ma place). Mais bref, concentrons nous sur l’adverbe « forcément », mais cette fois appliqué à ce que j’ai vraiment écrit, c’est à dire à « plus avancé vers un dépassement possible ».
            Pour BL, si les luttes radicales ne sont « pas forcément plus avancées vers un dépassement possible », c’est que donc elles peuvent l’être. Et bien non.

            Si j’avais employé une formule moins lapidaire, j’aurais écrit exactement : « Plus radical, mais ce qui ne doit pas forcément nous conduire à penser plus "avancé" vers un dépassement possible ». Le « pas forcément » ne porte pas sur la lutte elle-même, mais sur ce qu’on peut en dire. Il vise à ce que justement on n’établisse pas un lien nécessaire entre « radical » et « avancé vers un dépassement possible », parce que c’est ce lien précis que je cherchais à mettre en débat : ce lien qui vient naturellement à l’esprit de BL lorsqu’il écrit que « celles que justement on aurait tendance à appeler "radicales" » sont justement ces luttes qui seraient avancées vers leur dépassement.

            Ce n’était pas un hasard si le « avancé » de ma citation première était mis entre guillemets, car il s’agissait de récuser à l’avance une position qui n’est pas mienne et dont je craignais (et à juste titre...) que l’on ne me l’attribue.

            On me dira que l’adverbe « forcément » était trop faible, et que j’aurais dû dire quelque chose de plus net (du style : « Plus radical, mais absolument pas plus avancé sur la voie d’un dépassement possible »). C’est vrai, mais alors, en écrivant ce qui n’était tout de même qu’une réaction à chaud sur le forum, je n’avais pas anticipé les commentaires qui verraient dans ce que j’ai écrit strictement l’inverse de ce qui s’y trouve.

            En guise de conclusion provisoire

            Il me reste à répondre à une question, plus intéressante à mes yeux, qui ressort du message de BL. Comment concevoir qu’une lutte, radicale parce qu’elle n’est plus une « défense de sa condition », ne soit pas en même temps une manière de se rapprocher de « l’abolition » de cette même condition ? (la citation exacte de BL est : « la non-expression d’une demande ne serait plus une défense de sa condition sans du tout se rapprocher de son abolition ! »). Mais précisément on peut très bien ne plus vouloir de sa condition de prolétaire sans pour autant savoir le moins du monde comment on pourrait l’abolir et même qu’on puisse seulement envisager que ce soit possible... Il n’y a que pour BL pour qui remise en cause de sa condition par le prolétariat, abolition de celle-ci et communisation paraissent s’enchaîner sans heurts dans les développements d’un syllogisme bien huilé. Si l’abolition de la condition de prolétaire et la communisation impliquent en effet la remise en cause de la condition prolétarienne, le contraire n’est pas nécessairement vrai. La remise en cause par le prolétariat de ce qu’il est dans le capital est une condition nécessaire et non suffisante de la production du communisme : elle peut donc apparaître partiellement, ici ou là, dans les luttes actuelles, sans qu’il faille pour autant crier à la révolution déjà en marche. C’est bien là aussi le raisonnement que fait Roland avec sa théorie de l’écart.

            Je précise au passage que j’ai parlé de « condition nécessaire et non suffisante », et pas « d’étape ». Une condition peut apparaître en même temps que le phénomène qu’elle conditionne, au point d’être éventuellement (mais donc pas nécessairement) une partie du phénomène en question, tandis qu’une étape présente une antériorité nécessaire. De plus, une étape est quelque chose qui se franchit, tandis qu’une condition peut surgir et disparaître tour à tour sans que ce qu’elle conditionne soit advenu pour autant. Pour le dire autrement, il est possible qu’au moment de la révolution remise en cause de la condition prolétarienne, abolition de cette même condition et communisation soient un seul et même processus : mais cela n’empêche pas que dans les luttes actuelles puissent exister des tentatives de remise en cause de ce qu’ils sont par les prolétaires sans que ce soit pour autant nécessairement le début de la révolution. Et ces tentatives ne nous donnent pas pour autant la clé de ce que sera le déroulement d’une éventuelle révolution : ce n’est parce que les émeutes radicales de novembre s’accompagnent d’un refus de défendre sa condition prolétarienne qu’une remise en cause plus globale de cette condition allant jusqu’à son abolition prendrait nécessairement à ses débuts la forme d’une série d’émeutes radicales.

            On le voit, j’applique ici le même raisonnement que quand je parle de luttes qui posent des questions ayant trait à la problématique de la communisation. Quoiqu’on en dise, elles ne sont pas des luttes d’avant-garde (elles ne sont pas « avancées »), et elles ne tracent aucun chemin. Elles ne sont que la marque de l’existence dans les luttes actuelles et sous une forme actuelle de ce qui peut un jour donner éventuellement (et sûrement pas nécessairement) la révolution.


            • ce que ne dit pas "radical" : une fonction idéologique floue, Patlotch, 10 février 2006

              Dans cette intervention de Patlotch, il n’y a strictement aucun autre argument [...] c’est l’emploi de "radical" [...] expression que Patlotch citre entre guillemets [...] qui ne sont pas mon texte

              C’est vrai qu’il n’y a pas « strictement » d’autres arguments. C’est d’une part, parce qu’ils ne sont jamais chez moi très "stricts" (nous n’avons pas la même conception de la rigueur théorique, ni de son rapport aux réalités), d’autre part que ces arguments sont ailleurs, dans la mesure où mes interventions forment un tout, et que je ne reformule pas ce tout à chaque fois, surtout dans ce genre d’échanges de forums. C’est donc à lire aussi relativement à la position que j’ai prise par exemple dans mon intervention du 28 janvier : de la critique de l’auto-organisation aux modalités concrètes d’organisation "auto-communisatrices"

              Limiter le problème à l’emploi du mot "radical" me semble surtout utile à la polémique, à son aspect rhétorique, dans ce qui est une réduction du problème en cause à un débat formel, dont témoigne l’allure que prend le bras de fer Denis-BL, et dont j’ai dit ailleurs comment je le situais relativement à Meeting et son Invite. Autrement dit, confirmation du fait qu’on ne peut pas intervenir ici sans être aspiré par l’une ou l’autre des approches les plus formalisées (l’écart ou l’aire de la communisation). C’est ainsi que pour Denis, je n’ai pu que « surenchérir sur BL »...

              Enfin, les guillemets que j’ai mis ne prétendaient pas mettre ces expressions sous la plume de Denis. Mais il y a bien un moment où il faut trancher, et c’est vrai que dans ce débat là (qui n’est pas exclusif d’autres sur la communisation où ce n’est pas le cas), je me rapproche davantage des positions de TC telles que formulées par RS, plus que par BL, même si celui-ci est plus "subtil" que moi. La polémique autour de "radical" prend ainsi des allures contorsionnistes et dialectiques au sens de Schopenhauer (l’art d’avoir toujours raison). Mais sans doute ne suis-je pas assez « subtil » pour en percevoir les enjeux.

              Pour le reste, dont certains penseront qu’il est l’essentiel, je n’ai rien à ajouter. Je ne sais vraiment pas à quoi ça sert tant ça finit par être auto-référentiel sans matière sociale, plus dissertant ad nauseum que théorique. Les distinguos me paraissent de plus en plus relever d’un enfermement dans le bras de fer évoqué plus haut, où tout ce qui se passe est passé à la moulinette de ces interprétations binaires dans une projection qui ne relève pas pour moi d’une posture d’observation et d’analyse théorique, mais d’une construction intellectuelle qu’il s’agit de valider, voire de promouvoir. D’où le style, qui porte comme forme son contenu.

              Autant dire que ça ne me donne aucun complexe quant à mon supposé manque d’arguments.

              Patlotch, 10 février


            • Et bien oui, j’ai dit « radical »..., , 11 février 2006

              je voudrais faire une intervention qui peut paraître marginale mais qui pour moi n’est pas dénuée d’importance face à la tournure que prennnent les échanges sur "Ballade en Novembre". Je ne voudrais pas que le débat se résume et se fige entre "soit reconnaître avec Roland que les émeutes sont revendicatives..." soit "l’enthousiasme radical". On peut en poitant des faiblesse de mon texte le résumer en disant "luttes revendicatives" ; mais une lecture attentive montre que je suis très "prudent" sur le terme, ce qui je le reconnaîs est bien le signe d’un certain embarras que Denis a immédiatement relevé, avec raison, dans son premier commentaire de mon texte. Et je suis toujours, sur ce sujet, dans l’indécision, pensant de plus en plus que nous nous faisons piéger par des catégories obsolètes qui ont servi un temps à rendre compte d’une réalité dans un discours et des problématiques dépassées. Je ne voudrais pas qu’au fur et à mesure que les échanges se succèdent on fige les positions dans un "soit", "soit" qui petit à petit nous ferai régresser (du moins pour moi) en deça de nos positions premières contenant les doutes qui fesaient leur intérêt.
              RS


              • « radical » : catégorie floue, Patlotch, 12 février 2006

                Il n’est pas inutile de rappeler que la discussion sur la caractérisation des "émeutes de novembre" avait commencé avant que RS ne publie son texte "Ballade en novembre", ici : Réunion publique, Marseille..., autour de leur définition comme "défensives et revendicatives" (BL 14 novembre)

                Je crois que c’est Pépé qui avait ouvert le 13 novembre, en réponse à Théoricisme sans racine, qui suivait une de mes interventions "Démocratisme radical sans racine" (20 octobre, donc avant les émeutes), où j’interrogeais la pertinence du concept et du terme radical, parce qu’il ne renvoie pas aux racines de l’exploitation (selon la formule de Marx : « être radical, c’est prendre les choses à la racine »). RS répondait à juste titre (28 octobre) que « le démocratisme radical prend les choses à la racine, à la racine... de la démocratie »

                Quand "Ballade en novembre" a été mis en ligne (23 novembre), j’ai dit ma "globale satisfaction" (26 novembre) aux considérations plus "dialectiques" de RS quant à cette caractérisation, et je l’ai comprise aussi comme une prise en compte de la discussion qui s’était engagée. Je suggérais qu’on était peut-être amenés à « inventer une autre catégorie" pour qualifier ces luttes, et que cela posait pour le moins un problème terminologique.

                Malgré la polémique plus haut, je rends acte à Denis de réagir contre un procès d’intention que lui fait BL, que je rapporte à la difficulté d’échapper à des étiquetages binaires, même si je pense qu’ils sont comme programmés par nature et genèse de Meeting. Je rends acte aussi à Denis qu’avec "radical", et ce qu’il a mis et seulement mis derrière, il cherche justement à caractériser de type de luttes de façon nouvelle, comme je l’ai souhaité, et comme RS y invite le 11 février, en rappelant son "embarras", son "indécision".

                En affirmant, mais sans m’en expliquer, que "radical" ne dit pas sa "fonction idéologique floue", j’avais en tête l’ensemble de ces discussions d’avant et d’après les émeutes. Denis, par "radical", entend un renoncement à la revendication de ce qu’on est dans le capital, à sa condition : « on ne croit guère à l’amélioration de certaines situations de prolétaires dans le monde du capital ».

                Pour ma part, je crois qu’il faut effectivement rattacher "radical" soit au "démocratisme", soit à l’essence du capital, mais que mettre l’adjectif à "luttes" porte le flou, d’autant que l’adjectif est revendiqué partout, comme le substantif "radicalité", "radicalités"... pour tout ce qui, relativement au capital, ne l’est pas, au sens de prendre les choses à la racine. C’est son côté, disons, de surenchère gauchisante verbale. Personne n’ira penser que la position de Denis relève de cette surenchère démocratiste, mais en utilisant "radical", il prête le flan à la critique que lui fait BL, compte tenu du contexte "soit/soit". En somme, peut-on dire que ces luttes seraient radicales parce qu’elles prendraient les choses à la racine ? Oui et non. Aucune lutte n’est étrangère aux racines de l’exploitation, de façon plus ou moins directe et explicite, et surtout "consciente", au sens d’une compréhension interne (théorique, si on veut). Ces émeutes le sont donc plus directement que par exemple, la grève des fonctionnaires, mais sans doute pas plus que celles contre le CPE (du moins dans certains aspects... radicaux ;) et dans le fait qu’elles portent d’emblée sur le précariat, qu’y participent aussi bien des salariés que des chômeurs, donc luttes en phase avec la définition du prolétariat par le précariat, ce qui n’est évidemment pas le cas des luttes corporatistes. C’est un débat à ouvrir, il me semble.

                Voilà, j’ai beau afficher de ne pas être "strict", je suis assez demandeur d’une terminologie précise et rigoureuse en la matière, du fait même des enjeux qu’elle recouvre, et qui ne sont pas éclaircis par l’allure que prenait cet échange.

                Mon sentiment est que, pour autant qu’une nouvelle catégorie soit nécessaire pour caractériser un ensemble de luttes de façon adéquate aux analyses somme toute partagées ici, il vaudrait mieux trouver autre chose que "radical". Même si dans l’esprit, ce terme permet de poser la question, est-ce la bonne question, la bonne manière, ou n’est-ce pas déjà une mauvaise réponse à une question mal posée ? Voilà ce que j’entendais par "fonction idéologique floue".

                Patlotch, 12 février


            • Et bien oui, j’ai dit « radical »..., Denis, 12 février 2006

              Je tiens à dire ici que je suis entièrement d’accord avec Roland. Lorsque j’ai écrit que « le choix, c’est soit reconnaître avec Roland que ces émeutes sont revendicatives, soit tomber dans ce que ce même Roland a d’avance qualifié “d’enthousiasme radical” ou de “ cécité volontaire », je résumais ce qui me semblait se dégager de la position de Patloch dans le premier message qu’il a envoyé.

              Exactement de la même manière, je pense qu’il ne faut surtout pas interpréter les débats autour de la communisation comme relevant nécessairement de « l’une ou l’autre des approches les plus formalisées (l’écart ou l’aire de la communisation) » (cette fois je cite Patloch dans son deuxième message). Je ne sais pas si Roland est « le théoricien de l’écart » (ce serait à lui de nous le dire) mais je ne suis pas pour ma part le « théoricien de l’aire de la communisation ». D’abord parce que loin d’être « formalisée », mon approche, au contraire, est encore très intuitive : la notion « d’aire de la communisation » est si peu centrale pour moi que je pense que je vais y renoncer, dans la mesure ou certaines des critiques qui lui sont adressées me semblent justes. Ensuite, parce que c’est commettre une erreur grossière de croire qu’il n’y a que deux positions dans Meeting. « L’aire de la communisation » et les réflexions qui l’accompagnent n’ont jamais concerné que moi, et les articles d’ « Anonyme » ou de Joachim Fleur dans Meeting 2 révèlent des points de vue qui tournent autour d’autres problématiques. Problématiques qui sont d’ailleurs moins dans le droit fil des thèmes de réflexion impulsés par Roland que les miennes, et c’est très bien comme cela.

              Patloch fait en partie le même constat, puisqu’il regrette de ne plus pouvoir intervenir sur le forum sans être « aspiré » par l’une ou l’autre de ces « approches formalisées ». On pourrait lui retourner les reproches qu’il nous adresse en lui disant que c’est lui qui se laisse facilement « aspirer », mais ce serait un peu vain, d’abord par ce que cela va encore le vexer (et donc cela va provoquer une nouvelle réponse de sa part, etc...), ensuite par ce que la question n’est pas tant de trouver des responsabilités que de tenter de corriger l’impression qui pourrait se dégager de nos débats.

              Je suis d’accord aussi avec Patloch pour dire que polémiquer autour du mot « radical » est réducteur (je n’irai pas jusqu’à « rhétorique »). J’ai d’ailleurs hésité avant de répondre à BL, et je ne l’ai fait qu’en me justifiant abondamment (voir le paragraphe de mon message qui commence par « je vais donc répondre point par point à BL... »). Mais il est certain que cette réponse a été faite au risque de donner l’impression une fois de plus que la théorie s’occupe du sexe des anges plutôt que de la réalité des luttes. Ceux qui ont récemment envoyé une voiture s’écraser sur les grilles de l’hôtel de police de Chanteloup les Vignes n’ont peut-être pas passé des heures à se demander si ce qu’ils faisaient était plutôt « radical » ou plutôt « revendicatif »...

              Cette dernière remarque est aussi une boutade, car je suis bien persuadé que la théorie telle que nous tentons de l’élaborer en commun est directement connectée aux luttes actuelles. Mais j’ai peur en effet que cela ne saute pas directement aux yeux de ceux qui viendraient s’attarder sur notre site Internet, et singulièrement sur les messages de forum.

              Je n’ai rien contre les échanges un peu vifs mais à condition que cela fasse avancer les débats : si c’est pour donner le sentiment qu’il y a deux camps qui cherchent à avoir raison l’un sur l’autre, c’est inutile. Là encore, Patloch, en venant fourrer ses grands pieds dans le plat (mince ! je crois que je l’ai encore vexé !), va certes d’un côté paradoxalement renforcer ce qu’il dénonce, mais en même temps révéler ce qui peut facilement nous guetter.

              C’est, vu ces difficultés, sur l’opportunité même de l’existence du forum que je m’interroge.


              • « radical » (suite) / sur le forum de Meeting, Patlotch, 12 février 2006

                J’ai réagis avant de voir cette intervention de Denis, qui recoupe sur plusieurs points la mienne (« radical » : catégorie floue). Quelques mots donc, et puisque je suis dans un bon jour (c’est dimanche) je ne vais pas me "vexer", pour autant que ce soit le cas précédemment. Je reconnais plutôt un manque pathologique de patience.

                Dans mon insistance à focaliser sur les "approches les plus formalisées" (c’est BL qui les a caractérisées, en substance, comme ça), j’ai sans doute eu la main lourde, et que la définition d’une opposition entre "Parisiens", supposés dionysiens (d’une bande à Denis, pas des saints), et Marseillais (plus réellement técéistes, c’est comme ça), ne rend pas compte de la diversité. J’ai par ailleurs eu l’occasion de faire référence aux textes de Joachim Fleur et tout récemment de l’Anonyme relativement à des problématiques qui ne sont pas celles en cause ici, comme le relève Denis en les citant. Sans doute convient-il de distinguer entre des problèmes de fond liés à la génèse de Meeting et le consensus de l’Invite, et le fait que les interventions de Meeting ne s’inscrivent pas tous dans cette dichotomie, bien qu’elle soit étouffante.

                Dont acte, par conséquent, d’une part sur l’abandon annoncé ou probable de "l’Aire de la communisation" qui n’engageait que son auteur, et d’autre part sur la nécessité de ne pas en rajouter, "paradoxalement", à ce que je dénoncerais.

                Concernant l’opportunité de l’existence du forum, et sans revenir sur les questions du champ d’interventions relative à la "communisation" que Meeting ne permet actuellement pas de couvrir, il y a sans doute moyen d’en sortir par le haut. Des pistes ont été évoquées :

                - d’une part en considérant que le genre forum ne se prête pas à faire de la théorie (comme dans les textes proposés pour la revue papier, ou chez d’autres, pour autant que toute la théorie se fasse ailleurs, comme semble le croire Charrier), et que certains sont peut-être trop exigeants à cet égard.

                - d’autre part en admettant que des interventions plus spontanées ou de témoignages et commentaires des luttes auraient toute leur place, y compris si elles ne sont pas théoriciennes dans leur formulation. A cet égard, je crois qu’il ne faut pas rêver. Si l’on veut que le forum, ou la revue, donnent à voir une prise sur les luttes, et que cela "saute aux yeux", il faut en rabattre sur le niveau d’exigence, et amorcer la pompe.

                Peut-être que l’on pêche par modestie (ou manque de -), soit en sous-estimant les effets de la théorisation sur le cours des luttes, soit en considérant que ce que l’on peut dire des luttes de façon plus descriptive qu’analytique, comme matériau brut, n’a pas d’intérêt, soit parce qu’on ne veut l’exprimer que de façon hyper soignée. Autrement dit, on se ligote sans doute à mettre la barre trop haut, et ce faisant, on a un peu de mal à se situer soi-même dans la période, dans "l’écart", y compris pour les tenants de ce concept. C’est-à-dire qu’on ne donne pas forcément de Meeting l’image qu’on souhaite, par défaut d’exemplarité, et que cela n’incite pas trop à la participation. Une certaine régression par rapport à des textes dans le mouvement de 2003, avant donc l’existence de Meeting. Nous n’avons rien vu, par exemple, sur les luttes de Marseille, la SNCM et les Transports urbains.

                Sans en faire un problème uniquement de forme, le type forum à la queue des textes proposés génère une certaine inertie, puisqu’on ne peut a priori aborder un sujet qu’une fois que quelqu’un a proposé un texte élaboré pour la revue.

                Pour rester dans le sujet de ce fil, j’ai suggéré de mettre en relation "émeutes de novembre" et luttes contre le CPE, à travers la caractéristique commune de luttes du précariat, du prolétariat remis en cause comme caractérisé par le salariat, ce qui leur confère à des degrés divers un caractère différent des luttes revendicatives traditionnelles, de résistance "nostalgique", voire conservatrices de ce qui est irrémédiablement caduque : la perspective d’une alternative néo-keynésienne, d’un nouveau New-Deal, comme le prétend Moulier-Boutang.

                Quoi qu’il en soit, ne pas intervenir dans ces luttes "en théoricien" me semble contre-productif, ou dommageable de ne pas en témoigner. Reste à savoir, effectivement, si une discussion sur Internet peut être considérée comme une telle intervention, puisque nous ne sommes pas "en situation", ou plutôt ce n’est pas en tant que certains de Meeting y participent qu’ils interviennent ici. Voilà qui mérite réflexion. Après tout ils peuvent aussi le faire sous un autre pseudonyme... Debord soulignait le rôle du téléphone, en mai 68, et même des voitures, "détournées" de leur usage habituel pour servir à la jonction entre usines occupées. Notre virtuel vaut bien quelques réalités. A chaque époque une manière de vivre la théorie des luttes.

                Patlotch


                • « radical » (suite) / sur le forum de Meeting, , 13 février 2006

                  Je suis d’accord avec Patlotch sur le caractère relativement "bloquant" de ne pouvoir s’exprimer sur le site qu’en réponse à un article déjà là . Il faudrait qu’on puisse envoyer des messages qui ne s’inscriraient pas dans un "fil" . De même il est vrai - et cela va tout à fait avec ce que je viens de regretter - qu’on place la barre très haut dans ce qu’on à dire des luttes,si on prend le cas des grèves de la SNCM et de la RTM à Marseille, nous nous sommes dit que, bien que sur place et ayant participé aux manifs, nous n’avions rien à dire de plus que ce tout le monde savait c’est à dire qu’elles butaient totalement sur leurs limites, de défense du service public. Le refus acharné, pendant 40 jours de grève, à la RTM de voir s’établir une concurence avec un métro relevant du privé n’a strictement rien obtenu et on peut craindre que le bras de fer de la mairie, en lien direct avec le gouvernement, n’ait brisé pour longtemps la combativité des traminots (la plus longue grève aussi en 1995). De manière générale Marseille est considérée dans le DR comme la "capitale des luttes". Avec une cgt encore bien réelle et relativement en opposition à ladirection nationale (la campagne interne pour la non au référendum a été très active) avec un QUOTIDIEN local d u PC, avec des quartiers prolétariens/immigrés qui n’explosent pas avec des revenus à 60% d’origine publique, Marseille est un cas très spécifique en France on y a une cooexistence d’un mouvement ouvrier plus ou moins maintenu et de formes très modernes de segmentation du prolétariat.
                  L’exception marseillaise est une exarcerbation de " l’exception française " les manifs monstres de Marseille en sont l’emblème

                  Salut à tous BL


  • Ballade en février, Patlotch, 8 février 2006

    Bon, comme ya pas encore de fil ad’hoc, question :

    Peut-on considérer que les protestations contre le CPE témoignent d’un tournant subjectif relativement à cette considération théorique : "Le chômage définit le travail salarié" (RS > FONDEMENTS CRITIQUES D’UNE THÉORIE DE LA RÉVOLUTION, chap. 1 Un renversement théorique) ?

    Tournant très relatif, dans le cours du "démocratisme radical", mais annonce d’une jonction du prolétariat entre salariés réels et potentiels, ’possédés’ du capital ? Tout ça dans l’instabilité générale et les fractures internes au prolétariat tels que les annoncent les révoltes de novembre ?


  • Ballade en novembre, Bernard Lyon, 18 février 2006

    MC fait la leçon aux JPR
    Commençons par lire l’extrait le plus important de l’article de la lettre n° 19 de « Mouvement communiste » de décembre 2005 (www. Mouvement communiste.com)

    « ...En l’absence de tout message ou revendication émanant explicitement des émeutiers, force est de s’en tenir aux actes pour essayer d’apprécier la situation.
    Des milliers de véhicules ont été livrés aux flammes dans les mêmes quartiers d’où sont issus les émeutiers ; des écoles ont été prises d’assaut ; des salles de classes détruites ; des pompiers, des travailleurs des transports publics et des prolétaires isolés ont été dépouillés et, parfois, sauvagement attaqués. Un aspect de ces événements aura été de concentrer en peu de temps ce qui se passe d’habitude aux mêmes endroits toute l’année.
    Ces faits déplorables ne se sont pas déroulés en marge d’un mouvement aux objectifs et aux formes de lutte différents et compatibles avec la lutte indépendante du prolétariat. Malheureusement, ils ont représenté l’essentiel des actes recensés. C’est pourquoi nous considérons que ces faits sont dépourvus d’un quelconque fondement politique de classe.
    L’expression de la haine contre la condition subie n’est aucunement tolérable lorsqu’elle s’exprime en visant d’autres prolétaires, d’autres secteurs de la classe exploitée et opprimée.
    La guerre entre pauvres est la pire des manifestations de la domination du capital, celle qui ôte tout espoir de transformation radicale du présent.
    La haine de classe dans ses différentes formes (défensive et politique) est, au contraire, la meilleure manifestation de la volonté du prolétariat d’exister par et pour lui-même, dans un processus de combat pour son unification politique contre le capital et l’Etat. Rien de cela n’apparaît des carcasses de voitures et de bus et des intimidations et des violences contre d’autres travailleurs. L’apparition, dans les quartiers visés par ces émeutes, de secteurs amples de population ouvrière qui en appellent à l’Etat pour qu’il restaure l’ordre n’est guère de bon augure. Ces comportements confirment à leur tour l’incapacité actuelle de surmonter les profondes divisions et le « chacun pour soi » qui règnent dans les cités comme ailleurs.... »

    « MOUVEMENT COMMUNISTE » se permet de déclarer la révolte des banlieues « intolérable » (on se demande ce que ce terme signifie, puisque MC ne peut rien faire pour ne pas la « tolérer » on ne voit que la police pour s’en charger, espérons pour eux que leur mots ont dépassés leur pensée) et de faire la leçon aux racailles sur le comment faire pour que le prolétariat ait une « lutte indépendante » et qu’il ‘existe « pour et par lui -même »
    La profonde myopie de MC, produit de son indécrottable programmatisme, a un incontestable avantage : Il suffit de connaître la position de MC pour savoir à tout coup qu’est ce qui peu être annonciateur un dépassement révolutionnaire.
    MC se lamente devant les destructions de la même manière que tout l’appareil politique et médiatique, MC n’est même pas capable de la compréhension de la révolte que font les sociologues. Mc invente de toutes pièces : « L’apparition, dans les quartiers visés par ces émeutes, de secteurs amples de population ouvrière qui en appellent à l’Etat pour qu’il restaure l’ordre n’est guère de bon augure » alors que tous les commentaires, un minimum lucides, disent qu’au contraire les familles comprenaient et même approuvaient les actes des jeunes (l’enquête qu’il cite dans laquelle 60% des habitants des banlieue seraient scandalisés ne prouve qu’une chose : On ne se dénonce pas devant un enquêteur)
    L’argument massue aux allures de radicalité :La guerre entre pauvres est la pire des manifestations de la domination du capital, celle qui ôte tout espoir de transformation radicale du présent. Oublie deux choses :
    1° Ce n’était pas une guerre
    2° Toutes les guerres, quand il s’agit de guerre, se font entre les pauvres

    MC a quand même raison ces fait sont dépourvus d’un quelconque fondement POLITIQUE de classe, il n’y a pas eu et il n’y aura pas de d’unification POLITIQUE du prolétariat contre le capital et l’Etat
    La révolution communiste ne sera pas politique, elle sera même contre la politique
    Salut à tous BL


    • Dérive chez les faux-frères ennemis ?, Patlotch, 19 février 2006

      C’est vrai que la position du groupe critiqué (je n’en connais aucun spécimène vivant, d’autant qu’ils ne vivent que déjà morts) est suffisamment caricaturale pour mériter de la considérer comme emblématique. Car il y en a tant d’autres qui nagèrent en ces eaux troubles (à LO par exemple).

      Cela dit, c’est aussi en ce que cette position est caricaturale que sa critique est plus aisée, je veux dire qu’elle s’impose sur les principes. "Sur le terrain", c’est une autre histoire, parce que les mêmes arguments ne se présentent pas souvent avec autant de pureté.

      Enfin bon, nous avons tous nos ennemis de l’intérieur préférés, MC, moi pas connaître. Ma fausse famille, c’est plus le genre PC-LCR... et quelques syndiqueux que je connais de l’intérieur professionnel, des ’amis" de trente ans, l’avant-garde du démocratisme radical, l’auto-mise à mort de leur dernier neurone révolutionnaire.

      Ben voilà, chacun ses ploucs, marchons au coude à coude et frappons ensemble !

      Schüss Bernard, maintenant qu’on se connait, je peux t’appeler par ton prénom ?

      Amical’ for alles, by love, of classe

      Patlotch

      (... et merde à la politique !)


      • Dérive chez les faux-frères ennemis ?, Salbert , 24 février 2006

        Peut être que ’afforce de critiquer ceux qui leur ressemble le plus d’abord les anticitoyens, qualifiés de démocrates radicaux puis confondus sous le joli mot de programmatisme, nos communisateurs vont finir par se rendre compte qui sont leurs véritables ennemis.


        • Dérive chez les faux-frères ennemis ?, , 24 février 2006

          Nos véritables ennemis sont ceux qui déclarent intolérable la révolte des banlieues, démocrates radicaux ou programmatistes archéo.
          La critique des positions ouvertement contre-révolutionnaires est peut -être trop facile, mais elle est notre fondemment, le reste est plus difficle mais on s’en occupe, y qu’à lire ! La prochaine fois il faut penser à penser un peu plus,
          BL


          • Dérive chez les faux-frères ennemis ?, Salbert , 28 février 2006

            Que les ennemis de vos ennemis ne soient pas tous vos amis, je le conçoit, mais que vos pires ennemis soeint vos anciens frères, les programmatistes car anciens et frères, j’ai du mal à le comprendre. La prochaine fois il faut argumenter un peu plus.


            • Il n’ y a pas de faux frères, nous n’avons que vrais amis ou de vrais, BL, 4 mars 2006

              Donc argumentons un peu plus :

              Meeting n’est pas un rapprochement de tous les partisans du communisme, mais
              de partisans de la communisation, dans le but de mener un débat permanent
              entre eux, mais aussi une polémique contre toutes les expressions qui nous
              paraissent s’opposer véritablement à l’élaboration de la théorie de la
              communisation dans ce cycle de lutte, les amis et les ennemis ne le sont pas
              à priori, mais dans les conceptualisations qui s’élaborent :

              1°Nous n’avons pas de pires ennemis à part le capital et l’Etat (surtout l’Etat,
              existence immédiate de la société capitaliste dans son indépendance et sa
              nature de pouvoir de classe sans pitié)

              2°Les anticitoyennistes ne sont nullement nos ennemis, ils s’opposent, comme
              nous, à la constitution par le Démocratisme Radical militant des limites des
              luttes, en force politique potentiellement contre - révolutionnaire, la
              critique que leur faisons c’est de poser le DR comme non produit
              naturellement par les limites intrinsèques des luttes de classes actuelles,
              comme pouvant ne pas exister. Nous les critiquons donc aussi par conséquent,
              sur la possibilité qu’ils supposent d’un dépassement révolutionnaire
              immédiat, en dehors de la crise généralisée du capital encore à venir, même
              si un écart est déjà visible dans le bouclage des luttes dans la
              reproduction du capital.

              3° Les Ultra-gauches archéo - programmatiques du genre de MC, ou bien pire
              du GCI ou du CCI développent des argumentaires ouvertement opposés aux
              luttes de classe qui ne correspondent pas à leur fantasmagories de "l’autonomie
              du prolétariat", certes ils critiquent de DR, mais ils le font d’une manière
              si anachronique et si politicienne que leurs critiques en sont totalement
              contre -productives, occultant complètement le dépassement révolutionnaire
              produit par le nouveau rapport entre les classes, après la restructuration
              dont nous sortons : la communisation

              4° Notre critique a comme présupposé qu’il existe un courant communisateur
              de par l’existence d’un écart dans le bouclage des luttes de classe, que l’auto-organisation
              des luttes se contredit dans le cours de la reprise de cours de l’accumulation
              capitaliste et pose comme seul dépassement l’abolition immédiate des classes
              par les prolétaires insurgés. Ce courant communisateur c’est simultanément l’existence
              des productions théoriques "communisatrices" qui commencent à exister comme
              courant empiriquement matériel et théorique (revues, rencontres, sites,
              etc. ), il implique une polémique avec les programmatistes et les
              anticitoyennistes - qu’il ne faut pas confondre, tant les anticitoyennistes
              sont probablement plus à même de critiquer et de dépasser leurs positions
              immédiatistes - fait partie de la prise de conscience de soi du courant
              communisateur (au sens restreint et "matériel") . Autre exemple : Comme
              nous, « Trop loin »" est issue de l’Utra-gauche, et pose la révolution comme
              communisation, c’est un élément du courant communisateur théorique, ce qui n’exclut
              évidemment la polémique avec la thèse développée dans l’article "Il va
              falloir attendre" où est posée la nécessité de la réussite de la
              restructuration, au sens d’un retour à une prospérité, qui puisse rejetée,
              comme elle l’aurait été paraît-il été dans la fin des années 60, afin que l’on
              puisse avoir une communisation qui ne soit pas "contrainte" par la misère,
              mais libre, sous peine qu’elle ne soit rien d’autre qu’une nouvelle mouture
              du socialisme réel.

              BL


              • Existentialisme ?, N., 12 mars 2006

                Bonjour,

                J’ai relu les deux textes critiques de d’Appel dans Meeting n°2. J’avais envisagé de rédiger un petit texte sur les questions posées dans ces deux interventions, mais je me suis rapidement rendu compte que j’en étais incapable et que je finissais par faire, soit du mauvais marxisme, c’est-à-dire du gauchisme, soit du mauvais Heidegger... Donc, je préfère m’abstenir pour l’instant de prendre position dans ce débat : d’une part, je n’ai pas les ressources théoriques nécessaires pour apporter des éléments de réponse satisfaisant dans une discussion qui, je m’en rends compte maintenant,s’est transformé imperceptiblement en une guerre interne au milieu radical parisien. D’autre part, la situation politique actuelle, en France et dans le monde, (pour parler comme les journalistes), ne me paraît pas donner raison aux uns ou aux autres...
                Je m’autorise juste une remarque : le mérite des auteurs de l’Appel, comme de ceux de Tiqqun n°1 et 2, me paraît être d’avoir remis au coeur de la question politique la question existentialle, (je dis « existentialle » pour éviter l’évocation du folklore existentialiste de Saint-germain des Prés dans les années 50) la question de notre présence immédiate au monde. Certes, il est facile, dès lors, de faire du mauvais Heidegger, comme je tends moi-même à le faire, mais il est aussi facile et hâtif de leur reprocher un certain "existentialisme petit-bourgeois", ou de recourir à n’importe quelle formule à l’emporte-pièce pour tenter de discréditer l’adversaire. Quoiqu’il en soit, il me semble que cette question existentielle, Meeting refuse tout simplement de la prendre en compte, de prendre la peine d’y réfléchir, quand bien même ce serait pour la réfuter. C’est là une carence, je crois, et je ne sais pas trop à quoi elle tient....

                Et je termine ce message en risquant une question un peu provocante : est-ce que la prise en compte de la question existentialle dans une problématique communiste (qui passerait notamment par une confrontation avec la philosophie du 1er Heidegger, et de tous les courants philosophiques sérieux qui s’en sont réclamé) n’amènerait pas Meeting à une réévaluation si profonde de ses hypothèses qu’elle ne serait pas en mesure de l’affronter ?

                N.

                p-s : je ne sais pas où placer ce message dans le forum. J’ai donc choisi au hasard de le joindre à la dernière réponse du forum publiée sur ce site. Mais il n’y est probablement pas à sa place...


                • Existentialisme ?, , 14 mars 2006

                  La question n’est du tout provocatrice, on est tellement ailleurs que ça ne nous concerne pas . L’appel est une pure et simple alternative de survie badigeonnée en noir et si le "milleu radical parisien" est en guerre interne ça ne peut lui faire que du bien


                • l’existentialisme est de la pensée séparée, , 15 mars 2006

                  Les questions posées traditionnellement et sous leurs formes post-modernes par les divers branches de l’existentialisme ne résolvent pas les questions de tactiques et de stratégies politiques, dans la pratique réelle du combat que nous menons. Les concepts utilisés par les existentialistes n’atteignent pas la réalité affective des conditions d’existence de la lutte ou si peu et de manière infantile et égocentrée. Ils ne sont que des fabrications subjectives certes poétiques et profondes mais généralement mystifiées par la vision d’un penseur en particulier. Quant aux jeux de langage qu’ils entrainent ce n’est que pur psittacisme. Tiqqun n’échappe pas à ce fantasme de vouloir normer les affects (voir toute la prose autour de la "joie", et des "passions tristes", les "bons" et les "mauvais" affects). d’autre part, il n’y a pas d’embrouille interne au "milieu" mais des désaccords de fonds sur l’analyse de la conflictualité historique. Cette histoire d’embrouille interne n’est qu’une rumeur pour mieux noyer les divergences de fond. Puisque tu sembles avoir lu Tiqqun, je te renvois à l’article paru dans le n°2, "Ceci n’est pas un programme", où il est affirmé que l’opposition entre exploité et exploiteur, la notion de classe sont des modèles d’analyse obsolètes. Nous pensons le contraire. Les évenements actuels sont des luttes de classes.


                  • "Les hommes sont toujours partis d’eux-mêmes..." (Marx), Patlotch, 15 mars 2006

                    La "question existencielle" (ou -cialle peu importe) n’est pas à la "mesure" de "réévaluer" la question communiste, parce que celle-ci s’est, dès son origine chez Marx à partir des Thèses sur Feuerbach (l’essence de l’humain est son rapport social), pour autant qu’on juge bon de les restituer aujourd’hui, a réglé au fond la question que tu poses. Et ceci n’est pas de l’ordre de ce que Meeting, dans sa singularité communiste, peut "affronter" ou non. C’est grosso-modo la question de l’humanisme (théorique mais pas seulement) telle qu’elle doit être posée à nouveaux frais aujourd’hui, ce qui dépasse Meeting et ses présupposés théoriques chez Théorie communiste et ses marges critiques dans le registre de la "communisation", telles qu’elles s’expriment de façon limitée pour ne pas dire étroite sur ce site.

                    La question est donc effectivement "provocante" mais peut-être pas où elle pense l’être, à partir de l’Appel, et personnellement, je partage au fond la réponse sur "l’existencialisme comme pensée séparée". Même des marxistes classiques, même des "anti-staliniens" (Sève) ont ’réglé’ avec ça, comme avec la psychanalyse, le freudo-marxisme, et d’une certaine façon avec le situationnisme sur le mode Vaneigem.

                    (accessoirement, , si j’ai bien compris le sens de la remarque, Meeting n’est pas un milieu parisien, il chante aussi la marseillaise)

                    Pour revendiquer la dimension poétique, au sens fort, du communisme, et c’est celà qui justifie que j’interviennes ici malgré le peu de goût qu’il m’en demeure, je tiens à me démarquer des considérations sur "les concepts [] qui n’atteignent pas la réalité affective des conditions d’existence de la lutte [qui ne résolvent pas] ou si peu et de manière infantile et égocentrée. Ils ne sont que des fabrications subjectives certes poétiques et profondes mais généralement mystifiées par la vision d’un penseur en particulier."

                    Il faudra encore m’expliquer comment on peut concevoir le communisme comme « immédiateté ’sociale’ », intersubjectivité entre individus non, de fait, "sociaux", tout en rejetant toute élaboration (peu importe qu’elle se présente comme théorique) d’un "penseur particulier", car il suffirait alors qu’un "penseur" non moins "particulier" s’exprime de façon impersonnelle, affublé du nom d’un courant ou d’un groupe, pour qu’il échappe à cette sentance : c’est prendre le lecteur pour un demeuré, et c’est le point aveugle de la théorisation à l’occidentale, qui n’a même pas ici les mérites, ni les scrupules et l’humilité, de la pensée asiatique (la distanciation ’à la Brecht’ pour faire court). Charrier a au moins compris ça : ce lieu d’où l’on parle, et une façon de dire. Mais quand deux ou trois personnes, d’où elles parlent impersonnellement, se posent comme théoriciens descendus du ciel de l’observation objective (comment la percevoir autrement, de la part de ceux qui ne se privent pas eux de critiquer le militantisme objectiviste : encore un effort, camarades...) d’une avant-garde désubjectivée (avant le monde entier), il ne reste, mis à nu, que le ton, le langage, le style, et il faut bien le dire, la suffisance de l’argument d’autorité.

                    (Lecture symptomale, ou plutôt subliminale, ’formaliste’, à qui sait entendre)

                    Soyons donc attentifs, et pensons sept fois avant d’envoyer paître ceux qui ne se contentent pas, quels que soient leurs arguments, de ladite autorité théorique en son langage : même le "démocratisme", en sa "radicalité", est parfois plus exigeant, sur le plan argumentaire, et son mérite est de l’auto-organiser, en attendant mieux... C’est bien où le bât blesse, d’un certaine façon de concevoir la théorie, en l’enlisant fort peu, et la noyant beaucoup.

                    Cela dit, Tiqqun m’emmerde. J’ai carrément la haine contre ce genre de talent qui se présente avec amitié. Parce que trop d’autres sont considérés comme "pauvres couillons" qui ne font pas l’objet d’autant d’attention théorique. Derrière, je cherche la matérialité, y compris celle de mes problèmes non matériels (existenciels ?) et je ne la trouve pas. Je trouve des petits bourges et leurs façons parfois sympathiques mais le plus souvent gerbante et inutile aux autres de s’en tirer, ou de s’enfuir. Rédhibitoire. Le singularisme critique a atteint ses limites avec l’IS, il est heureux que même des "démocrates" les renvoient à leur particularisme : avis aux amateurs ! Nous sommes tous des nègres, mais n’est plus marron qui veut : trop facile. C’est fini : l’esclave "post-moderne" est un esclave réel, il n’est que ça, il n’a pas d’ailleurs, aucune autonomie à revendiquer. Mais esclave, l’est-il comme strict prolétaire ou à titre humain ? Pour moi, non, définitivement, contre les deux TC de Théorie communiste et de Temps critiques, qui ne tiennent pas la route, dans la logique même de leurs supposées rigueur théorique. Manque d’humilité sur lequel je reviendrais ailleurs, parce que je le trouve par trop, au nom du communisme et de sa théorisation, contre-productif, déligitimant, décridibilisant. N’étant pas théoricien, j’ai néanmoins assez de neurones, ayant touché aux mathématiques (cf une remarque de Denis), pour ne pas être leurré par de prétendues démonstrations de logique abstraite (qui me rappellent les écrits arithmétiques de Pascal, au demeurant passionnants, du temps où l’on ne disposait ni de symboles, ni d’équations, ni de formules... mais la théorie communiste n’est pas un carré magique)

                    « Les évenements actuels sont », entre autres, « des luttes de classes ».

                    Amical’

                    Patlotch’, 15 mars


Contribution à ce que nous faisons déjà - Amer Simpson

lundi, 12 décembre 2005

Je tenterai par ce présent texte d’approfondir ce que j’avais antérieurement commencé avec mon texte "questions préliminaires", c’est-à-dire de formuler un questionnement qui, prenant en considération nos propres activités en tant que communistes ou devrais-je dire "courant communisateur", cherche à définir la nature même de ces activités. Bien entendu, je tiendrai compte des critiques de Bernard Lyon (Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ?) et celles de Roland Simon (Quelque chose de l’ordre de l’évidence) puisqu’en fait se sont elles qui contribuent directement à développer cette définition. Entre autres, ces critiques m’auront permis de constater que mon texte précédent était sujet à une difficulté majeure qui se traduisait par une confusion pratiquement impossible à éviter. En effet, je fus incapable de reconnaître que l’essence de mon questionnement qui devait se rapporter à ce que nous faisons au présent ait abouti à formuler des questions qui se rapportaient plutôt à l’impératif de trouver ce qu’il faut faire pour qu’advienne la révolution, avec tout ce que cela implique d’ambiguïté au niveau de la critique du programme et de son avant-garde. Ainsi, comme l’a souligné Roland Simon lui-même, je cherchais des réponses à une question tout à fait différente de celle que je posais au point de départ.

Cependant, si mes questions ne pouvaient que susciter des réponses à leurs mesures, il me paraissait quand même illogique de m’en tenir aux conclusions de certains auteurs qui affirmaient qu’il n’y avait "rien à faire". En fait, quelque chose de fondamentalement insensée me chicotait dans ces réponses. En premier lieu, ces conclusions n’en étaient pas. Elles ne démontraient pas que l’absence d’activités était le seul dénouement possible de mon "comment faire", mais plutôt que l’ensemble du questionnement renvoyait à une problématique qui n’était pas formulée adéquatement dans les questions. Bref, les questions de l’ordre du "comment faire" provoquaient une appréhension légitime mais impropre à la problématique que je cherchais à poser. Ensuite, il était totalement impossible pour moi d’admettre un fait qui justement se posait comme le contraire d’une évidence : comment est-il possible d’affirmer qu’il n’y est autre conclusion que de ne rien faire quand ce n’est définitivement pas le cas, qu’aucune absence d’activités n’est manifeste dans ce qui se produit au sein de ce dit "courant communisateur". D’autant plus que ce dernier ne peut exister autrement qu’au travers de ses propres activités. C’est pourquoi je me suis finalement obstiné à répliquer contre cette critique qui répondait par un absurde "rien à faire" qui ne trouvait nulle part sa confirmation.

En sommes, je ne pouvais me résigner à considérer ces critiques, aussi conséquentes de mes "questions préliminaires" soient-elles, comme apportant une réponse légitime à mon questionnement. Toutefois, il devait bien exister une réponse qui n’était ni un retour au programme ni une fuite dans l’absurde dont le point commun est d’être dans les deux cas une extériorisation par rapport à la réalité des faits. Je dois finalement remercier Roland Simon d’avoir écrit en bonne partie cette réponse qui ne renvoyait pas à un cul-de-sac théorique du genre "il n’y a rien à faire" et qui plus est soulignait la confusion qui se dessinait dans mon questionnement, confusion qui avait pour conséquence d’avorter ce que je cherchais à dégager : ce qu’il y a à faire nous le faisons déjà.

MARCHER AUX PAS DE LA RÉALITÉ

Afin de reprendre mon questionnement là où il avait définitivement échoué, je tenterai cette fois de partir d’une autre question préliminaire mais pour laquelle je vais m’assurer d’être un peu plus fidèle par la forme à l’essence de ce que je cherche à définir. L’essence de mon questionnement se situant quelque part dans ce que nous faisons déjà, je crois pertinent de partir de cette question que Roland Simon a cru bon révéler dans mon texte et traduire dans ces propres mots ainsi : qu’est-ce que nous faisons ? C’est du moins assurément mieux qu’une dialectique close entre un simple "rien à faire" qui répond à un "comment faire" et qui se confond pathétiquement avec celle d’un corpus théorique cristallisé qui cherche des conditions objectives idéales où se réaliser et n’en trouve définitivement jamais.

Mais que faisons-nous justement ? Quelles sont ces activités qui nous caractérisent comme faisant "le guet et la promotion de ces pratiques qui constituent l’écart" ? De prime abord, il est convenu de considérer que les luttes sont théoriciennes et que "participer aux luttes en communiste", pour citer Bernard Lyon, c’est "faire exister théoriquement le dépassement communiste de la manière la plus claire possible". Et pour éviter les imprécisions fâcheuses, disons qu’exister théoriquement ce n’est pas à la manière d’une avant-garde qui chercherait à faire la jonction entre ses buts à atteindre et le cours quotidien des luttes comme le moyen mis en œuvre pour y arriver mais plutôt comme des prises de positions qui, ne se fixant jamais sous formes de théorie achevée, articulent "la perspective communisatrice du monde avec les luttes actuelles". En d’autres mots, ceux de Roland Simon cette fois, c’est d’avoir la capacité de se remettre "en chantier dans la lutte de classe et plus empiriquement dans les luttes immédiates", car si nous avons quelque chose à faire, c’est de s’opposer à toute attitude normative, "c’est d’avoir la capacité d’être surpris par le nouveau, mais aussi de voir qu’il y a du nouveau." J’y reviendrai.

Mais si je me souviens bien, à quelque part dans mon autre texte, j’avais bel et bien formulé cette réponse que la seule chose à faire pour qu’advienne la révolution s’est de partir des conditions présentes, d’être présent ou "embarqué" dans les luttes actuelles avec nos questions et nos réponses. De toute évidence, je ne voulais pas parler de ce présent comme d’une condition objective devant se rapporter à un corpus théorique déjà existant mais essentiellement comme du cours quotidien des luttes avec lequel un certain rapport existe qui nous permet de dégager une perspective immédiate vers cette révolution et qui est partie prenante de ce cours quotidien. Plus précisément, je disais : "qu’il existe des initiatives qui créent l’écart nécessaire pour définir les liens entre les conditions présentes et la révolution et ces initiatives sont tout ce que nous avons pour explorer des perspectives communisatrices. Cette exploration ne se veut pas expérimentation dans le sens autonomiste mais bien définition du comment cela va se faire selon ce que nous sommes en moyens de définir à partir des conditions présentes en lien avec la révolution..." En sommes, tout est dans le rapport qui existe entre l’immédiateté des luttes et la perspective révolutionnaire. Ce rapport, en quelque sorte, serait le point où se produit cette "aire qui pose la question de la communisation".

Ici, nous commençons à toucher du doigt ce qui définit la pratique du courant communisateur à l’intérieur de l’écart, mais attardons-nous encore un peu à ce rapport qui rend possible l’existence de cette aire. Évidemment, le rapport n’est pas extérieur à l’écart dont lui-même, pour reprendre les termes de Roland Simon, est le produit interne de la "limite de ce cycle de luttes" : agir en tant que classe, n’avoir pour horizon "que le capital et les catégories de sa reproduction" et d’autre part, d’être "en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause". En fait, le rapport est le moment dans l’écart où se pose la question de la communisation, il n’est pas confondu avec l’écart, seulement relier à lui comme le moment où le courant communisateur peut se faire entendre et "infléchir le cours des luttes actuelles", donc également le lieu où il entre en conflit avec le démocratisme radical et encore plus directement avec l’appel de l’autonomie. C’est, pour résumer brièvement, dans ce rapport que "nous sommes théoriquement et pratiquement les guetteurs et les promoteurs de cet écart".

C’est donc imbriqué "dans le cours des luttes quotidiennes et ne pouvant exister que dans cette imbrication" que nous devons penser cette "aire qui pose la question de la communisation". Expliquée de cette façon, je peux donc répondre à Roland Simon que la question d’un "rôle à jouer" n’est pas nécessairement ni automatiquement le fait d’admettre que ce "dans quoi" il y aurait "rôle à jouer" existe sans son objet. Au contraire, c’est peut-être même admettre et définir en quoi consiste ce "courrant communisateur" qui fait "exister théoriquement le dépassement communiste" dans le cours quotidien de la lutte des classes.

"BON, ALORS QU’EST-CE QU’ON FAIT ?"

Voilà bien une question que pose Bernard Lyon qui contient à mon sens autant d’ambiguïté qu’un "comment faire". Est-ce une question qui se rapporte à ce que nous avons fait jusqu’à maintenant ou plutôt qui se rapporte à ce que nous devrions faire maintenant que nous en sommes là ? La différence est grande, car le temps auquel elle se rapporte transforme fondamentalement la question : soit elle est une analyse sur le présent, soit elle est un désir qui se projette dans le futur. Roland Simon a bien remarqué que Bernard Lyon "ne se livre pas à une analyse de la lutte des classes dans la période actuelle, ce que logiquement on attendrait à partir de ses prémisses, mais donne une liste de ce que les "communistes" peuvent plus ou moins faire". Afin d’éviter ce piège dans mon propre questionnement, je crois pertinent d’expliciter plus en détail ce que veut dire avoir un "rôle à jouer" dans le cours quotidien des luttes.

À première vue, la question de savoir en quoi consiste le rôle des communistes dans le rapport entre les luttes actuelles et la révolution peut apparaître pour une question programmatique. Mais c’est le cas seulement si nous rapportons la question à ce qui peut ou ne peut pas être fait pour créer un lien entre le cours des luttes quotidiennes et la révolution future, seulement s’il faut croire que ce sont les "conditions objectives qui feront la job à notre place". Selon cette perspective, il est évident qu’il y a autonomisation de ce "rôle à jouer" par rapport aux luttes actuelles, car le lien entre luttes actuelles et révolution n’est pas à créer, il est déjà présent dans l’écart, c’est même ce lien qui nous fait exister. Par contre, si nous inversons la perspective et que nous rapportons la question à ce que nous faisons déjà, nous sommes plutôt devant un "rôle à jouer" qui tire toute sa définition d’une analyse descriptive de ce qui nous caractérise comme courant communisateur, d’un retour abstrait et critique sur nos propres activités comme guetteurs et promoteurs de l’écart. Voilà la raison qui me pousse à dire que "nous avons un rôle à jouer", mais qui n’est toutefois pas celui d’une volonté de produire les conditions gagnantes qui permettraient enfin de créer la relation idéale entre les luttes actuelles et la révolution que nous souhaitons voir advenir.

Maintenant que ce "rôle à jouer" est plus ou moins défini comme une simple traduction libre de ce que nous faisons déjà et qui ne peut exister que dans le rapport que crée l’écart entre les luttes actuelles et la révolution, la question qui vient à l’esprit est : de quelle nature plus exactement ces activités contenues dans ce "rôle à jouer" relèvent-ils ? Dit comme ça, on a l’impression de tourner en rond, puisque cette question se rapporte à celle qui fut posée au début du présent texte et qui demandait qu’elles étaient ces activités qui nous caractérisent comme courant communisateur. Et à cette question, la réponse fut celle de "faire exister théoriquement le dépassement communiste" : soit d’avoir des positions qui articulent "la perspective communisatrice du monde avec les luttes actuelles". Toutefois, si après s’être attardé à bien formuler et définir le sens de la question il est devenu plus aisé d’approfondir la réponse, une précision s’impose et la voici : exister théoriquement signifie essentiellement deux choses que Roland Simon a très bien su identifier : que "la question de la diffusion de la théorie communiste se pose" et que "les positions communistes peuvent infléchir le cours des luttes actuelles".

Avant tout chose, il faut savoir que la diffusion de la théorie n’est jamais une activité réellement différente de celle d’avoir des "positions qui peuvent infléchir le cours des luttes actuelles", c’est pourquoi son rôle se résume à "être élément réel des luttes", comme nous le dit Bernard Lyon. Non pas un élément réel comme un simple reflet de ce qui se passe, ce qui ne serait en aucun cas une prise de position, mais comme un élément actif qui doit "comprendre les luttes dans la perspective de la révolution sans les évaluer, sans les comparer à un archétype de la bonne lutte, sans les insérer dans une quelconque stratégie." En d’autres mots, et comme cela fut dit précédemment dans le texte, la théorie doit s’opposer à toute attitude normative, ses questions et ses réponses doivent se remettre constamment "en chantier dans la lutte de classe et plus empiriquement dans les luttes immédiates", questions et réponses qui ne sont jamais que des positions, des objectifs momentanés parce que produit momentanément par les luttes elles-mêmes. Ainsi, lorsqu’il est question de diffuser la théorie, nous dit fort justement Roland Simon, c’est d’être capable de proposer "une action, une façon de s’organiser ou de ne pas s’organiser, de chercher des alliances, d’abandonner ou d’élargir les revendications originelles" qu’il s’agit en fait. C’est à la fois avoir une position qui est "partie prenante des luttes" et à la fois avoir "une position vis-à-vis des organismes de luttes existants officiels ou non, une position vis-à-vis de la négociation, des activités "suicidaires" ou de dérisions de l’adversaire et partant de soi-même dans son rapport à lui", une position qui est nécessairement un conflit avec le démocratisme radical. En sommes, c’est clairement là avoir un "rôle à jouer" et, contrairement à ce qu’affirme Bernard Lyon, avoir des positions communisatrices qui peuvent infléchir le cours des luttes actuelles.

Voilà le résumé assez sommaire de ce que veut réellement dire "faire exister théoriquement le dépassement communiste". D’un côté, c’est en effet n’avoir jamais d’attitude normative mais de l’autre, c’est surtout d’être la capacité vivante d’infléchir les luttes actuelles. Et c’est justement cette capacité qui fait toute la différence, qui rend compte de la nature de nos activités dans cette aire qui pose la question de la communisation, celle "d’être surpris par le nouveau, mais aussi de voir qu’il y a du nouveau".

RETOUR AUX "QUESTIONS PRÉLIMINAIRES"

C’est à présent de l’ordre d’une évidence de dire que le courant communisateur est défini par ce qu’il fait, qu’il n’existe que dans des expressions et des pratiques sinon il n’existe pas, comme l’ensemble de l’écart qui le contient d’ailleurs. Mais reste encore à déterminer le caractère particulier de ces activités, à saisir dans de ce que nous faisons déjà ce qui donne à penser qu’il y a un sens propre. Sinon, à quoi bon parler de courant communisateur, puisqu’il n’y a "rien à faire" qui le distingue, peu importe de quoi. Mais c’est là chose impossible, l’ensemble du présent texte prouve que certaines activités le caractérisent comme tel, qu’il a un "rôle à jouer" dans l’écart.

D’abord, ce qui donne sens dans ce que nous faisons déjà, c’est cette capacité à être surpris et à devenir en quelque sorte une "partie prenante des luttes, soit personnellement et directement soit par une attention intense et engagée". Cette capacité est celle qui permet de prendre position, d’être imbriqué dans le cours des luttes quotidiennes et d’infléchir ces luttes quotidiennes. C’est en fin de compte, de toujours être capable de savoir "comment faire" pour saisir et promouvoir l’écart, d’être en mesure de se faire entendre comme le courant qui pose la question de la communisation, et pas autrement.

Ensuite, il y a cette autre capacité, celle de voir qu’il y a du nouveau, de faire un "travail particulier de formalisation intellectuelle plus ou moins systématique, s’appuyant sur un corpus déjà existant et le retravaillant pour produire de nouvelles connaissances". Cette seconde capacité, qui n’est que le complément réciproque de la première, est le processus qui permet de s’opposer à toutes attitudes normatives et d’affirmer que sans cette capacité, il n’y aurait pas de théorie possible. En fait, l’absence de cette capacité signifierait radicalement que l’identité avec les conditions présentes serait adéquate, sans contradiction, qu’aucune abstraction ni critique des rapports sociaux ne pourrait exister, ce qui est impossible. C’est donc par cette capacité seulement que nous pouvons faire ce que nous faisons déjà, que "partir des conditions présentes" est une chose imaginable et réelle et parler de la théorie comme d’un "élément réel des luttes" l’est tout autant.

Mais lorsqu’il est question de capacités, il est sans contredit question de "faire" l’effort nécessaire pour acquérir pleinement ces capacités. Et ces capacités ne deviennent pas effectives comme par magie, elles se développent dans la pratique comme l’ensemble des facultés humaines. C’est la raison pourquoi, si elles ne trouvent nulle part où s’exercer, elles s’atrophient et disparaissent. Par contre, si les conditions matérielles leur offre l’opportunité de se développer, il est possible pour elles de se généraliser à des milliers d’individus qui jusque-là n’avaient pas manifesté cette aptitude. En fait, malgré son sens fort ambigu qui peut se rapporte à une attitude normative justement, ce que je cherchais à dire par cette idée de capacités, c’est qu’il est peut-être vrai que "nous ne sommes en rien indispensables à la révolution", mais en revanche, cela ne fait pas de nous des êtres interchangeables. Car il n’est pas donné à tous de "se sentir intimement investi dans la formation d’un courant pour la communisation" et c’est dans ce sens que je disais dans mon texte précédent, un peu maladroitement, que "force objective est de constater que la frange dite révolutionnaire de la population est celle (...) qui agit en sorte qu’elle [la révolution] arrive un jour ; c’est donc à partir de cette frange que la question se pose et qu’elle est débattue". Et si cette frange ne le fait pas, si elle ne se donne pas les moyens de prendre conscience de ses propres activités à "faire exister théoriquement le dépassement communiste", si elle se contente de ne pas voir ce qu’elle fait déjà en prétendant qu’il n’y a "rien à faire", alors personne ne le fera à sa place.

À ce point du raisonnement, je ferai remarquer à Roland Simon que les interrogations poursuivies jusqu’ici sur la révolution et le communisme ne sont pas plus idéalistes qu’objectivistes. Car je n’ai jamais prétendu tenir compte des réalités présentes comme d’un environnement hostile ou favorable que des gens "doivent percevoir de la façon la plus fine pour réaliser leurs fins", au contraire, je consens parfaitement à les considérer comme un "mouvement profane de la lutte des classes" qui produit les conditions de ce que nous faisons déjà. Et je rajouterais même que la raison pourquoi il y a des gens qui "cherchent à se préparer" pour la révolution est le résultat patent de cette nécessité de faire un retour abstrait et critique sur la réalité présente qui nous fait exister comme "élément réel des luttes", de saisir et comprendre notre "rôle à jouer".

L’APPEL DE L’AUTONOMIE

Nous voilà donc arrivé à ce fameux moment où l’action autonome et le courant communisateur "se questionnent l’un l’autre", parce que tous deux sont embarqués dans la même réalité présente. Et malgré le fait que l’autonomie fasse partie du problème, il n’en demeure pas moins qu’il contribue à trouver des réponses.

Parvenu, dans un premier temps, à rendre compte sommairement des activités de cet obscur courant communisateur, il faut maintenant essayer de saisir pourquoi il y a dans l’action autonome "des éléments que le mouvement communiste ne peut ignorer". Pourquoi, quand la question de la communisation se pose dans les luttes, il faut considérer l’appel de l’autonomie comme partie prenante de cette question, comme ayant quelque chose à dire malgré tout ? Et dans quelle mesure ce qu’il est en tant que "somme d’activités et de pensées à l’intérieur du présent" permettant de "définir un écart à l’intérieur du fait d’agir en tant que classe", peut aussi être utile pour définir nos propres activités sans pour autant croire sur parole ce qu’il dit à propos de lui-même et de la lutte de classes ? Voilà des questions dont les réponses restent encore à développer et qui seront à peine abordées ici.

Avant toute chose, commençons par le commencement, que font ceux et celles qui se revendiquent de l’autonomie ? Premièrement, il tente de poser la question du communisme dans le cours quotidien des luttes "en appliquant ses conséquences immédiatement : abolir la propriété par le vol et le squat, confronter l’autorité par la violence et l’organisation horizontale, détruire la marchandise par le pillage et la gratuité des services publics, mettre fin au salariat par la récupération, la débrouillardise collective, le partage des responsabilités et du savoir-faire..." En quelque sorte, il tente de créer un certain rapport entre la situation actuelle et la révolution. Mais voilà, le résultat est un échec, parce qu’il n’y a pas de rapport à créer, c’est plutôt ce dernier qui produit l’existence des groupes autonomes. Par conséquent, bien que sa pratique tout autant que sa théorie ait pour objectif le communisme ou plus concrètement son "expérimentation immédiate", toutes les activités qui caractérisent l’autonomie sont par nature parties intégrantes des conditions présentes et n’en sorte d’aucune manière, pas même dans l’autarcie d’une ferme autogérée. C’est pourquoi, comme le résume si bien Roland Simon, "le problème n’est pas de ne pas pouvoir réaliser des "initiatives communistes", mais précisément croire en avoir".

Ensuite, par cette tentative de provoquer l’aire qui pose la question de la communisation, l’appel à l’action autonome se spécifie à l’intérieur de l’écart comme "l’autonomisation de la dynamique de ce cycle de luttes", c’est-à-dire de cette fameuse remise en cause du prolétariat comme classe dans sa propre action de classe que produit sa contradiction avec le capital. En fait, nous dit Roland Simon, c’est cette "remise en cause" qui est prit pour elle-même dans les thèmes et les pratiques de l’autonomie. Ce qui a pour conséquence que les questions et les réponses que posent les groupes qui s’en revendiquent à l’intérieur de l’écart n’est pas la compréhension de ce que produit les conditions présentes, de ce que la dynamique de ce cycle de luttes peut nous dire, mais plutôt la compréhension devenant autonome, théorique pour faire face aux conditions présentes, à leur tour devenu environnement hostile ou favorable.

Bref, en devenant une tension permanente et conflictuelle dans le cours des luttes, l’appel de l’autonomie est clairement l’expression d’une problématique qui interpelle directement le courant communisateur à l’intérieur même de l’aire qui pose la communisation, il agit comme le chant des sirènes du dépassement communiste. En effet, comme partie prenante des luttes, il ouvre des perspectives qui méritent notre attention met qui tendent à se refermer comme des pièges : "il est le premier acte de la révolution, mais le reste s’effectue contre lui", il serait tentant de dire.

Il n’en demeure pas moins qu’il joue son rôle et que ses positions infléchissent le cours des luttes, ce qui, dans la confrontation avec le courant communisateur, à pour conséquence et avantage de mettre en relief les points d’appuie du démocratisme radical. En voulant d’un côté poser la question du communisme par l’expérimentation immédiate, l’action autonome devient de l’autre la limite sur laquelle se construit et se renforce l’attitude normative, le Parti imaginaire de l’alternative, le point où l’existence théorique devient une pratique d’avant-garde qui n’offre comme programme "que la gestion des nécessités matérielles que la misère ambiante (...) contraint à résoudre". C’est donc en ce sens que les groupes qui cherchent à créer des zones retranchées où expérimenter immédiatement le communisme deviennent l’existence théorique de l’autonomie comme appartenant "avec sa spécificité à ces pratiques qui actuellement définissent un écart à l’intérieur de la limite des luttes : agir en tant que classe".

Et pour finir, je pense également que l’existence théorique de l’autonomie n’est pas essentiellement différente de notre existence théorique comme "élément réel des luttes". Toutefois, l’identité ne peut être possible parce l’appel de l’autonomie est justement cette existence théorique autonome par rapport aux luttes quotidiennes et c’est là que le rapprochement se termine. Le nœud de la différence est donc dans cette question de l’autonomie.

Commentaires :

  • Contribution à ce que nous faisons déjà, Perversioncommuniste, 13 décembre 2005

    Il n’y a pas grand monde aujourd’hui dans ce que vous qualifiez de l’aire de l’autonomie qui pense que le squat, le vol, la récup... c’est la révolution immédiate. Ils/elles la pensent souvent plutôt comme un point d’appui et de départ et non comme un point d’arrivée. C’est ce qui permet de commencer à vivre le monde différemment (alternativ(ism)e peut-être) mais qui ne sera que dépasser par une révolution qui passera par de multiples insurrections. Cela consiste à alimenter les brèches en espérant que celles-ci prennent en feu et se répandent en milliers de foyers d’incendies sans certitudes sur le résultat.

    C’est du moins assurément mieux qu’une dialectique close entre un simple "rien à faire" qui répond à un "comment faire" et qui se confond pathétiquement avec celle d’un corpus théorique cristallisé qui cherche des conditions objectives idéales où se réaliser et n’en trouve définitivement jamais.

    Meeting est plutôt attentiste. Alors la revue peut bien exprimer qu’il n’y a rien à faire, ce qui par contre est contredit par les très bons textes de R.S sur l’autoorganisation et la suite communisatrice qui s’effectue contre elle.

    Pour Meeting, il y a mirage d’un prolétariat uni qui dans le cours de la révolution s’abolirait comme classe sans jamais pouvoir le démontrer par des faits concrets. En ce sens se créer des incantations à la communisation. Nouvelle religion ? Contrairement à Calvaire, je me demande si c’est de la création théorique ou encore la création d’un imaginaire qui ne tient que dans le discours et non à l’épreuve des faits.

    Il y avait Calvaire qui soulevait ces contradictions mais qu’on a préféré censurer parce qu’il gênait plutôt que de répondre par des arguments et des faits.


    • Contribution à ce que nous faisons déjà, J., 13 décembre 2005

      Ainsi donc, on ressort le(s) vieux démon(s). Mais au lieu de dire que Calvaire a été censuré - et oui il fallait le censurer dans la mesure où il posait plutôt qu’il postait des messages, que son syncrétisme verbal ne cheminait vers rien, mais noyait toutes les idées dans un bouillon de cuvette - il est certainement possible de reprendre, s’il y en a, de ces thèses ou questions qui aliment(er)aient le débat. Et de les appeler de tous nos voeux, si elles dérangent tant.

      Feu sur l’attentisme, sans attendre !


      • Contribution à ce que nous faisons déjà, , 14 décembre 2005

        Cela confine à l’insulte imbécile sans arguments plutôt qu’à l’attaque théorique ou simplement à la réponse :

        ’’Ainsi donc, on ressort le(s) vieux démon(s). Mais au lieu de dire que Calvaire a été censuré - et oui il fallait le censurer dans la mesure où il posait plutôt qu’il postait des messages, que son syncrétisme verbal ne cheminait vers rien, mais noyait toutes les idées dans un bouillon de cuvette -’’ (J.)

        Rien là-dedans n’est théorique et on se demande lequel de vous deux est le plus poseur ?


    • Les "conditions" ne seront jamais réunies, , 14 décembre 2005

      Je n’ai jamais dit, ni personne d’autre n’a dit,(des citations !) qu’on attendait que les "conditions" soient réunies, puisque, par définition, des conditions, c’est à dire des éléments extériorisés et réifiés, ne peuvent pas être ceux d’une situation révolutionnnaire , ni personne n’ a parlé d’un prolétariat uni, heureusement que pour nous éveiller de notre sommeil de la raison, il y a des personnes qui ne succombent pas au mirage ! Il est bizarre qu’on nous reproche systèmatiquement des positions que nous refusons, il faut croire que pas mal de gens lisent ce qu’il pensent qu’ils vont trouver, même si c’est explicitement repoussé !

      D’autre part "ne rien faire" veut dire qu’aucune attitude militante ou interventionniste, n’est sensée, que la question du "faire" c’est toujours celle de l’ntervention à partir d’une extériorité.

      S’intéroger pour savoir si ceux qui font de la théorie ont créé une nouvelle religion, ça fait radical et ça ne coûte pas cher en neuronnes !

      Attentisme ! quel anathèmes on jette en ton nom ! On peut toujours se rassurer en renvoyant son inquiétude que "ça ne vienne pas" sur les autres, mais cela ne change rien, il faut que le capital entre en crise généralisée et ce n’est pas pour tout de suite

      Je me demande si RS devrait être content de voir ses textes qualifiés de bons, par une personne qui lit ce qu’elle veut au lieu de ce qui est écrit.

      Le débat exige un peu d’attention on ne peut échanger d’idées si elles parviennent totalement retournées à l’auditeur.

      Quant Calvaire j. dit plus directement ce que je pense aussi ;

      Salut à tou-te-s !


      • Les "conditions" ne seront jamais réunies, , 14 décembre 2005

        Décidément, ici la théorie tient du dogme plus que d’autres choses, on se permet de dire que n’importe quoi est qualifié d’attentiste et on se dit attentiste par le fait même : « attentisme ! quel anathèmes on jette en ton nom ! On peut toujours se rassurer en renvoyant son inquiétude que "ça ne vienne pas" sur les autres, mais cela ne change rien, il faut que le capital entre en crise généralisée et ce n’est pas pour tout de suite » En attendant que faisons-nous et la crise elle viendra toute seule par la magie des cycles historiques et des incantations communisatrices ?


        • Les "conditions" ne seront jamais réunies, J., 14 décembre 2005

          Bien, un premier point :

          la magie des cycles historiques.

          Magie noire ou rouge ? Il est certain que l’archimage Kondratieff, de sa tombe, lance encore de terribles malédictions sur le cours erratique du taux de profit.

          En attendant, que faisons-nous, et bien si l’on veut faire quelque chose pour que la crise survienne, dans la mesure où elle n’est pas le lapin dialectique d’un chapeau théorique, on fait ce que l’on a réellement à faire. Par réellement, entendre stricto sensu l’activité nécessaire et adéquate aux situations dans lesquelles on est engagé pratiquement. Il n’y aucun faire général, qui puisse dépasser le cadre strict de chaque situation. Il n’y a que l’inscription de ce faire dans l’activité d’ensemble de la classe.

          La théorie nous permet de penser ce qui relie les activités particulières de chaque segment de la lutte de classe, et bien modestement, en pensant la situation de chaque classe dans le rapport capitaliste, ce double rapport non-symétrique, puisque dominé par un de ses pôles. La théorie dit ce que l’on fait, si elle y arrive, et ce on n’est pas un nous, et dire ce que l’on fait n’est pas dire ce que l’on doit faire. Et parce qu’il ne s’agit pas de magie, on peut être desespéré tout à fait de n’avoir plus la ressource de chercher des recettes, des tactiques, c’est à dire une stratégie. La question de la stratégie est morte avec le programme ouvrier.

          C’est parce qu’il n’y a, simultanément, pas de marche à la révolution déterminée par une montée en puissance/autonomie/séparation de la classe et nécessité de son abolition comme abolition de toutes les classes, de toutes les conditions (pour cette fois réunies par leur dissolution) que l’on peut penser la communisation comme un dépassement. La résolution d’une tension qui est la dynamique de ce cycle de lutte, mais pour autant pas son horizon automatique, parce qu’à réaliser.


          • Les "conditions" ne seront jamais réunies, , 15 décembre 2005

            Je suis généralement d’accord, mais que faire de l’intégration de larges franges du prolétariat classique au capitalisme, du seul souvent horizon syndical et réformiste qui confine qu’à la défense des intérêts capitalistes de la dite classe et à la restructuration du Capital : salaires, avantages sociaux, interventionnisme social de l’État... ? La question de l’unification révolutionnaire du prolétariat me semble ne tenir pour l’instant que dans l’incantation marxisante du prolétariat comme classe révolutionnaire, même pour son abolition.


            • Les "conditions" ne seront jamais réunies, J., 15 décembre 2005

              Depuis combien de temps l’activité des organisations dont on parle ici est-elle la défense des intérêts capitalistes de la dite classe ? Assurément assez longtemps pour que la critique de ces médiations ne puisse plus constituer le fondement d’un propos révolutionnaire. L’Ultra-Gauche, en son temps, et il fut long, n’avait de cesse de reposer la question du rôle de ces organes. Toute la difficulté qui nous échoit est donc de penser cette défense non comme détournement du But dans la montée en puissance, mais bien de la saisir simultanément comme restructuration du Capital.

              Doit-on encore envisager que de larges franges du prolétariat classique ne s’intègrent pas au capitalisme ? Et sur quelle base ? Pourquoi ceux qui composent ces franges refuseraient-ils une intégration ? Y’a-t-il une autre perspective ? En quoi est-ce que ce dégagement serait adéquat à leurs nécessités immédiates ? (Mais peut-être ces franges devraient-elles voir plus loin que leurs intérêts immédiats ?)

              On ne peut poser la question de l’unification révolutionnaire du prolétariat qu’en cherchant un préalable à la révolution dans une théorie du Prolétariat, et donc encore du Prolétariat Triomphant.


              • Les "conditions" ne seront jamais réunies, , 15 décembre 2005

                « Depuis combien de temps l’activité des organisations dont on parle ici est-elle la défense des intérêts capitalistes de la dite classe ? Assurément assez longtemps pour que la critique de ces médiations ne puisse plus constituer le fondement d’un propos révolutionnaire. L’Ultra-Gauche, en son temps, et il fut long, n’avait de cesse de reposer la question du rôle de ces organes. Toute la difficulté qui nous échoit est donc de penser cette défense non comme détournement du But dans la montée en puissance, mais bien de la saisir simultanément comme restructuration du Capital. »

                Je suis pleinement d’accord mais le problème est qu’encore une grande majorité de soi-disant révolutionnaires pensent que le syndicalisme est porteur de luttes potentiellement révolutionnaires (beaucoup d’anarchistes entre autres).

                Qu’est-ce qui pose vraiment concrètement la possiblité d’une unification du prolétariat si de larges franges sont intégrées ?

                « On ne peut poser la question de l’unification révolutionnaire du prolétariat qu’en cherchant un préalable à la révolution dans une théorie du Prolétariat, et donc encore du Prolétariat Triomphant. »

                C’est ici ironique, je pense ?

                Que dire alors du texte de R.S. Unification du prolétariat et communisation ?


                • Les "conditions" ne seront jamais réunies, J., 15 décembre 2005

                  Il n’y là aucune ironie, mais peut-être mésentente. La théorie du Prolétariat est à prendre au sens critique, c’est à dire comme une théorie de l’autonomie et de la montée en puissance.

                  C’est le contenu même du texte qui est cité là

                  Le capital n’unifie plus le prolétariat pour lui-même, au contraire, il l’atomise, le rapport salarié n’est plus le terrain d’un début de processus d’unification du prolétariat, il est le marécage ou viennent s’embourber les moindres tentatives des ouvriers de s’unir sous quelque forme que ce soit (autonome ou politique), le terrain qu’il est contraint de dépasser pour affronter le capital et satisfaire ses besoins dont le premier, qui résume tous les autres, est sa propre disparition.

                  ou encore

                  Il faut le dire carrément : l’ « unité des travailleurs salariés », c’est au mieux un vœu pieux et au pire une utopie capitaliste

                  Nul préalable, donc, et nulles conditions à réunir. En ce sens je ne comprends pas ce que sont ces franges intégrées, et qu’est-ce que leur intégration ?


                  • Les "conditions" ne seront jamais réunies, , 15 décembre 2005

                    « Il faut qu’il pousse jusqu’au bout sa situation dans le mode de production capitaliste (la dissolution des conditions existantes) mais en la détruisant, en s’unifiant par les mesures de communisation contre les rapports sociaux capitalistes, c’est-à-dire en se dissolvant. Si l’on ne précise pas cela, on ne parle que de la dictature du travail salarié, c’est-à-dire du capital. » (Roland Simon, Unification du prolétariat et communisation)

                    Où retrouve cette classe en train de s’unifier pour s’abolir ? Comment penser cette intégration à la restructuration du Capital, les travailleurs/travailleuses ne luttent pratiquement plus en Occident que pour une amélioration de leurs conditions à l’intérieur du capitalisme et ne sont porteurs/porteuses de moins en moins de quelque chose d’autre. Les seuls horizons sont le syndicalisme et le réformisme. Et à moins de penser que tout va se transformer grâce au seul cycle historique et à ses déterminations et bien on voit pas comment cette unification dont parle RS va se réaliser.


                    • Les conditions sont réunies du non-débat, SAV.amateur@patlotch, 16 décembre 2005

                      (désolé, la fonction imprimer avec les forums ne marche plus : on ne peut plus copier -coller pour citer)

                      Soit rassuré : on ne retrouve nulle part "la classe en train de s’abolir pour s’unifier". Comme le dit RS via J., il ne s’unit qu’au moment où il s’abolit, "dissolvant" en lui toutes les classes. Ce n’est pas un "mirage" mais une transmutation, une métamorphose qui n’a d’intérêt, à mon sens, que de continuer la notion de sujet prolétarien après qu’il ait disparu socio-historiquement (décomposition du programmatisme après 68 - en France, Meeting, Revue internationale, ayant sur ces questions un point de vue on ne peut plus franco-euro-centré, par ex. sur l’histoire du capital, la datation des cycles etc.). Un intérêt d’abord pour la beauté de la théorie pure, et de sa projection sur le réel ne souffrant aucune remarque d’aucun intérêt pratique, soit "trop général", soit "inutile", soit "plaisanterie", en résumé : t’es d’accord ou t’es un con, sauf à critiquer sur la même base, dans la même posture, avec le même langage : hérité de la formation dans les écoles d’élites, comme en témoignent les deux supposées positions consensuées dans Meeting ("a théorician is born" : borné ? bords net ? débordé ?) et jamais exprimées clairement (en prolos francs qu’ils se revendiquent, encore un effort vers "l’immédiateté sociale", en quoi les sauve de n’être pas "immédiatistes", mais déterminés dans ce cycle, en foutus hypocrites petits-bourges constipés, par leur être entièrement déterminé par ses contorsions entre théorie et pratique de classe).

                      La classe, donc, n’existe (en gros, ’pour soi’, avec la grave técéiste distinction entre ’théorie’ et ’conscience’, qu’en tant qu’elle s’abolit avec les autres classes dans l’abolition du capital). D’ici là, elle n’existe que dans la mesure où elle est exploitée, à condition de le savoir, et ce que ça signifie. Le capitalisme contemporain se masque en tant qu’exploiteur à la vue des critiques qu’il produit, contre ses dominations, comme "démocratisme radical". Critiques qui ’font fausse voie’ ne le remettant pas en cause dans ses fondements, mais qui n’en peuvent, n’étant d’aucune efficience ’contre’ le capital.

                      La construction de TC a un problème : elle doit faire resurgir dans le moment révolutionnaire le sujet prolétarien, qui s’évanouit dans "la décomposition du programmatisme", en continuité de sa contradiction avec le capital, et elle construit pour ça, la contradiction "stricte" de classe comme moteur de l’histoire, à juste titre dans l’"implication réciproque", la praxis qui ne peut pas être celle d’une seule classe, cherchant son autonomie, "contre" le capital, dont elle est définie comme classe ’subsumée’. Elle raffine l’articulation avec toutes autres contradictions que j’ai évoquées avec les niveaux de généralité chez Marx selon Ollman (sur un air de révolution, 12 décembre) : la théorie de TC/RS "produit" toutes autres contradictions dans le rapport à celle de l’exploitation. Tout ce que construit TC tient dans l’absolu théorique, et comme la posture théorique ne peut être d’être validée en pratique que dans "l’écart" en théorisant un angle mort où l’on ne voit rien par rigueur scientifique, elle entretient un rapport contradictoire jusqu’à la perversion avec la pratique, ce dont témoignent les échanges de Meeting, en y incluant les silences et non-dits, tout le côté coincé de l’expression qui se planque derrière l’élaboration intello très classique chez les petits bourges issus de l’université, le ’coinçage’ lui-même étant théorisé, car ce petit jeu est sans fin (comme quoi le reproche de l’anonyme, concernant le rapport "hystérique" que j’entretiendrais avec la théorie, et la glose "interminable" que cela supposerait, sans parler de mon "entrisme" dans le collectif Meeting -qui n’est pas censé exister-, se retourne contre les causes mêmes de la fermeture au débat, qui est une condition de l’existence virtuelle de Meeting, pour qui comprend de quoi il retourne de fait pour les técéistes comme pour les associés de l’heure, et du leurre).

                      Et c’est ainsi que de deux choses l’une : soit on cause, soit on fait, comme les autres, sa petite censure post-moderne par les non-dits, les silences, et le tranchant jugeant de ce qui est utile en pratique, sous réserve de ne pas s’y impliquer dans la réalité, ou de ne pas en témoigner, puisque que l’on juge de ce qu’"on" fait "dans les luttes en général", et de "ce que font les autres dans les luttes pariculières". Le plus, ici, par rapport aux cerbères alternatifs et négristes du net, c’est qu’on arrive même à théoriser la censure post-moderne, on n’a plus besoin de rien couper, sauf le genre parano-sado-maso à la Calvaire, dans lequel on se mire. Il y a effectivement des circonstances où cela apparaît aussi méprisant que tous ceux auxquels on refuse de se frotter ’directement’, les formes sont exactement les mêmes, mais ici, elles ne seraient pas censées porter le même contenu lié à l’époque, mon oeil et de deux choses l’autre : humain trop humain, ou théoriciens immédiatistes et communisateurs avant les autres ?

                      « Je suis comme je suis

                      Je suis comme je suis
                      Je suis faite comme ça
                      Quand j’ai envie de rire
                      Oui je ris aux éclats
                      J’aime celui qui m’aime
                      Est-ce ma faute à moi
                      Si ce n’est pas le même
                      Que j’aime à chaque fois
                      Je suis comme je suis
                      Je suis faite comme ça
                      Que voulez-vous de plus
                      Que voulez-vous de moi

                      Jacques Prévert

                      MIEUX VAUT LIRE MEETING QUE D’ÊTRE AVEUGLE !


        • Si ça continue, faudra que ça cesse !, Patlotch, 15 décembre 2005

          Que tout le monde pose ses valises. Il est dit que le voyage sera long et que personne ne court le risque de prendre le train en marche. Aucun d’entre ’nous’ n’étant plus avancé que les autres, sauf à s’en faire l’idée qu’il leur propose et dont elles-ou-ils disposent pour agir, le mieux est de considérer oeuf-cuméniquement que la ’Théorie’ a autant besoin de reposer sur les faits, les luttes, les expériences appelées ici à s’exprimer, que ces expériences de comprendre ce qu’elles font, au fond, face au capital. C’est complètement stérile de part et d’autre, de jouer la rhétorique machiste du gagnant pour virer l’autre (même avec Calvaire, Meeting aurait pu gérer autrement, c’est pas la peine d’en rajouter, virer Calvaire ne fut qu’entériner nos propres faiblesses. Donnons acte, et basta, ras-le-bol des combats de coqs, car si ça continue sur ce registre, je me tirerai, avec un bras d’honneur à tous, avec RV chez moi, sans échanges possibles, que les miens intérieurs, en faisant savoir ce que je pense de vos pratiques A TOUS, relativement aux personnalités coincées que fabriquent les rapports capitalistes : autre chose qu’à mon endroit les références petites bourgeoises, retours du refoulé de fiers marginaux, communisateurs existenciels instrumentalisant Meeting, aux socio-psychologues : comme s’il existait une psycho-sociologie à même de rendre compte de ce que nous faisons : HALTE AU RIDICULTE DES THÉORICIENS VERBEUX QUI ÉCRIVENT DANS MEETING COMME ILS PRODUISAIENT DES DISSERT’ EN CAGNE JE NE SUIS PAS POUR LA PAIX THÉORIQUE NI POUR LA GUERRE RHÉTORIQUE, QUI NE SONT QUE MAMELLES POLITICIENNES !!!!!!!!!! )

          Nous nous aimons, n’est-ce-pas, prolétaires que nous sommes chacun pour tous aspirant au communautarisme généralisé ?

          Soyons bordilaguement à l’image de ce que nous projetons, témoins dans l’écart sans éclat, femmes (die), hommes (der), ou genres (das ?) nouvelles et nouveaux annonçant le printemps que nos augures mesurent, telle la mathématique fut et reste à jamais mariée à l’axiomatique, en sa boucle bouclée : ouvrez-là !

          Baiser-e-s dou-ss-e-(s)-x,

          Un objet de nature trop humainement payé de sa personne

          (le débat n’est pas l’art de prendre l’autre pour un con)


      • Les "conditions" ne seront jamais réunies, , 15 décembre 2005

        ’’ni personne n’ a parlé d’un prolétariat uni’’

        Et que dire alors du texte du grand maître en lumières communisatrices : Unification du prolétariat et communisation


    • Contribution à ce que nous faisons déjà, Patlotch, 14 décembre 2005

      Il n’y a pas grand monde aujourd’hui dans ce que vous qualifiez de l’aire de l’autonomie qui pense que le squat, le vol, la récup... c’est la révolution immédiate. Ils/elles la pensent souvent plutôt comme un point d’appui et de départ et non comme un point d’arrivée.

      "Point d’appui" ou "point d’arrivée", ça ne change peu de chose au problème. Même si ce n’est pas le cas explicitement, dans cette intervention, je pense qu’il y a une incompréhension de la double notion de limites et de dynamique, du moins si l’on retient la théorie de l’écart. Il y a une confusion entre l’idée que certaines luttes permettent de trouver un fondement à ce concept, et le fait qu’elles porteraient en germe la communisation, que ceux qui en sont à l’initiative dans leur situation face au capital seraient comme un sujet embryonnaire de la révolution (de ce point de vue le terme "annonce" utilisé par R.S. est dangereux parce qu’ambiguë). Qui dit que le fait de se heurter aux limites débouchera sur une capacité de les affronter, c’est-à-dire "le jour venu", de prendre des mesures directement communistes, d’abolir..., de communiser ? Et même si c’est le cas, comment imaginer que ces situations types soient suffisantes. Moi, je vois bien une "condition", et c’est sans doute dans la crise qu’elle est seulement possible, c’est que ces situations se multiplient voire se généralisent, où le prolétariat pour vivre n’a plus le choix que de s’affronter aux limites (les "revendications" cèdent la place à l’action révolutionnaire proprement dite, par nécessité vitale). Autrement dit, il n’y aura plus alors ni lieu ni milieu ni aire privilégiés. Sinon on ne peut envisager sérieusement la généralisation des foyers révolutionnaires, mais seulement le genre dictature du prolétariat ou autre sorcellerie d’avant-garde.

      De ce point de vue l’intervention d’Amer S. est très fine mais je ne peux pas partager sa conclusion

      Et pour finir, je pense également que l’existence théorique de l’autonomie n’est pas essentiellement différente de notre existence théorique comme "élément réel des luttes". Toutefois, l’identité ne peut être possible parce l’appel de l’autonomie est justement cette existence théorique autonome par rapport aux luttes quotidiennes et c’est là que le rapprochement se termine. Le nœud de la différence est donc dans cette question de l’autonomie.

      Pour moi, cela laisserait entendre qu’il faudrait accepter l’idée d’un cheminement chronologique entre les positions alternatives, citoyennistes passant par l’autonomie avant d’être communisatrices, l’idée qu’il faudrait passer par "l’erreur" de l’autonomie pour accéder à celle de communisation dans le sens partagé de Meeting. Rien n’est si évident, la lutte contre l’autonomie est actuelle parce que c’est la forme historique prégnante dans la décomposition du programme, rien ne dit qu’elle se généralisera "dans ce cycle". Est-ce que les formes d’auto-organisation dans le basculement vers les mesures communisatrices auront comme contenu l’autonomie ? Rien ne permet de l’affirmer, ou alors ce serait inutile d’écrire ou de penser que "la révolution commence par l’auto-organisation, la suite se fait contre elle", sauf à être persuadé que jamais la théorie ne pourrait s’emparer des masses, et qu’on l’écrit et pense pour passer le temps... à ne rien faire.

      « Sans doute l’arme de la critique ne peut-elle remplacer la critique des armes, et la force matérielle doit-elle être renversée par une force matérielle ; toutefois la théorie devient, elle aussi, force matérielle, dès qu’elle s’empare des masses. La théorie est capable d’émouvoir les masses, dès qu’elle démontre ad hominem, et elle démontre ad hominem dès qu’elle devient radicale. »
      MARX, Critique de la philosophie de droit de Hegel

      Il serait important que l’on saisisse la notion de situations aux limites dans leurs diversités, et non uniquement dans des pratiques qui semblent les mettre en avant plus que d’autres. A se focaliser sur ceux qui adoptent les postures ou modes de vie que l’on met au coeur du débat sur l’autonomie et l’auto-organisation, il me semble précisément que l’on rate une marche dans la compréhension des développements de R.S. Dire "point d’appui", n’est-ce pas mettre le ver dans le fruit, préjuger des formes dans lesquelles les choses peuvent advenir ? Il me semble qu’il est trop tôt pour trancher ce genre de questions.

      Un exemple : la notion de division du travail, proprement capitaliste, entremêlée à celle de hiérarchie dans l’organisation du travail et les pratiques managériales (et le néo-taylorisme qui envahit le tertiaire). Confrontons-la au concept d’immédiateté sociale dans le communisme. Dans la communisation, passer de l’une à l’autre, cela suppose d’accepter le principe (nietzschéen) de ne vouloir ni commander ni obéir, donner des ordres qu’en recevoir. Cherchez donc dans le monde du travail une situation où l’on n’arrive pas très vite à une limite, contraint qu’on est à l’un, l’autre ou les deux. Pour moi c’est une limite capitaliste. Pourquoi ont-ils inventé en droit la notion de "harcèlement professionnel". Certes pour casser la possibilité de réactions collectives, isoler, diviser pour régner etc. Mais nous autres, qui voulons abolir le salariat, nous savons bien que le rapport salarial est par définition un harcèlement professionnel généralisé. Il faut "aimer son travail", le trouver "intéressant", faire contre mauvaise fortune bon coeur, ou avoir peur des conséquences, pour ne pas entrer en révolte. Ce n’est pas les syndicats qui vont démêler ce noeud, ils ne seront jamais dans le bon camp pour le faire, par définition ils ne peuvent que prôner le meilleur harcèlement dans le meilleur des capitalismes possibles. Aujourd’hui, quand ça arrive, nous sommes tous, potentiellement, des "racailles", guère plus armés que "jeunes prols racisés’ comme les appellent BL.

      C’est ce qui permet de commencer à vivre le monde différemment (alternativ(ism)e peut-être) mais qui ne sera que dépasser par une révolution qui passera par de multiples insurrections. Cela consiste à alimenter les brèches en espérant que celles-ci prennent en feu et se répandent en milliers de foyers d’incendies sans certitudes sur le résultat.

      Cela confirme ce que je dis plus haut. Autant rêver d’abolir le travail avant même de faire la révolution. Ne voir là de ma part aucune condamnation de ces modes de vie plus ou moins choisis. Ce n’est définitivement pas le problème. Denis a fait la clarté là-dessus, en distinguant les modes de vie et les comportements dans les luttes.

      corpus théorique cristallisé / conditions objectives idéales / attentiste / la revue = rien à faire... contredit par les très bons textes de R.S / mirage d’un prolétariat uni / incantations à la communisation. Nouvelle religion ? Contrairement à Calvaire... qui soulevait ces contradictions mais qu’on a préféré censurer parce qu’il gênait

      Tout y est, comme d’autres l’ont dit... et l’on ne comprend pas comment s’articule "R.S très bon" avec "Calvaire soulevait ces contradictions". De chacun selon... là où le premier a la capacité de les faire comprendre, le second se donnait les moyens de les rendre confuses.

      Patlotch, 14 décembre


      • Contribution à ce que nous faisons déjà, , 16 décembre 2005

        Si on suit les positions de R.S. certes celles de Calvaire sont confuses car elle sont opposées sur bien des points. Mais la théorie ne consiste pas à suivre.


        • Contribution à ce que nous faisons déjà, Patlotch, 16 décembre 2005

          La théorie ne consiste pas à suivre

          Certes, et il se peut que je donne l’impression de le faire. Il y a une difficulté. La seule théorie cohérente est celle de TC, dans le sens où elle présente une vision de la totalité qui se tient, du moins abstraitement. C’est son aspect systèmatique que pointe C.Charrier. Plus elle s’affine et moins il est possible d’en extraire un ’noyau dur’ constitué d’un ensemble de points acquis sur lesquels il n’y aurait pas à revenir. Le dernier concept élaboré, celui de l’écart, se présente comme aboutissement de ceux qui précédaient et nouveau point de départ (ici concret), les justifiant en boucle, chaque partie tenant le tout (dialectique ou hologramme) : c’était déjà le cas des concepts précédents, ils n’ont jamais été un catalogue d’offre sur le marché théorique (programmatisme, cycle de luttes, implication réciproque... et communisation comme aboutissement = la révolution est "produite" logiquement, théoriquement). Si je mets en question tel ou tel aspect, je perçois bien que dans la logique du corpus de TC, cela peut aboutir à remettre en cause le tout. Chaque élément fait la poule et l’oeuf. Il n’y a rien à redire ; c’est le contraire qui serait insatisfaisant. La seule issue, c’est effectivement le rapport aux luttes concrètes, l’attention au nouveau et la capacité de laisser vivre les concepts sans les "cristalliser".

          Par un autre bout, une autre cohérence se cherche, avec la démarche de Meeting, et elle est définit par l’Invite (cf l’extrait de Quatrième de couverture). Chaque point, même s’ils ne supposent pas de "suivre" le tout pour être justifié théoriquement, renvoie, si l’on est honnête intellectuellement, à la construction de TC. Toutes critiques, celles qu’on voit s’exprimer ici -les miennes en particulier- sont au mieux partielles, et en définitive, présupposent l’acceptation implicite du tout pour critiquer la partie. Jusqu’à être mouche du coche...

          La "théorie de l’écart" pourrait être le point commun de la veille communisatrice, sous réserve de mettre son mouchoir sur ce qui la constitue pour TC, et d’accepter par conséquent que le débat déborde y compris le texte de l’Invite, qui n’est qu’un compromis bricolé, sauf pour TC. De ce point de vue, ce n’est pas une mauvaise idée de centrer le débat sur la question de l’auto-organisation en rapport avec la communisation.

          Cela suppose effectivement d’éviter les étiquetages comme "alternativistes", "immédiatistes", etc. de ceux qui émettent des réserves, dans certaines limites. Attitudes au demeurant tristement ’militantes’, quoi qu’on en dise. Sans quoi le débat n’a aucun intérêt, ni théorique ni pratique, ce qui interroge en permanence le statut même de Meeting.

          La confusion de Calvaire (me) gênait beaucoup plus que ses positions en elles-mêmes, comme la faiblesse durable du site qui le plaçait comme un contributeur essentiel de la revue : un vrai malentendu, qu’il n’a pas aidé à résoudre, qu’il a poussé à trancher. Inutile d’en rajouter.

          Aborder les problèmes évoqués par le cas Calvaire, dans sa singularité, est complètement contre-productif.

          Patlotch, 16 décembre


Les votants et les anti-votants ou plus radical que moi, tu meurs: Sur le réferendun, tardivement - Bernard Lyon

dimanche, 18 décembre 2005

Le référendum sur la constitution européenne a eu lieu le jour même de l’Assemblée rédactionnelle du N°2 de Meeting et ce vote n’a pas donné lieu au moindre échange entre nous, tant cela nous semblait de peu d’importance. Tout juste si, après la réunion, quatre d’entre nous attablés à la terrasse d’un café se sont réjouis à l’avance de la tête qu’allait, très probablement, faire l’ensemble de la fameuse « classe politico- médiatique »

Tous les dirigeants réels, tous les journalistes, toutes les télés et tous les quotidiens qui comptent avait éructé et insulté « les secteurs conservateurs et insécurisés de la population, sensibles aux sirènes de la xénophobie et d’un protectionnisme étouffant, qui s’il était appliqué, nous mènerait à la régression économique et à une crise sociale, ouvrant la porte à tous les extrémismes populistes, dont l’histoire de l’Europe a tant souffert au cours du 20ème siècle. » On nous disait aussi : « La garantie de paix, de démocratie et de prospérité qu’a apporté l’unité à l’Europe occidentale d’abord, et maintenant étendue aux pays récemment libérés du totalitarisme et de la stagnation économique, devrait être comprise et l’égoïsme mesquin ne plus faire craindre le retour d’antagonismes, que les pères fondateurs de l’Europe avaient combattu, avec obstination pour que plus jamais ne profile le spectre des nationalismes et ne se réveillent les vieux démons » -fermer le ban-.

Le plaisir innocent de voir le dépit et la rage des leaders des partis gouvernementaux, (mis à part le mort-vivant PCF), obligés de reconnaître leur cuisante défaite, a été goûté par une très grande majorité de population. Mais l’appel à venir place de la Bastille fêter la victoire lancé par Besancenot, N’A EU AUCUN SUCCES, car personne n’a réellement cru à une victoire, tout le monde savait parfaitement que cela ne n’empêcherait pas l’accentuation de l’offensive capitaliste, la seule chose dont tout le monde était content, c’était qu’à la demande d’approuver ce qu’on nous fait, la réponse avait été « MERDE », ce qui est bien la moindre des choses, petite revanche sans prétention, bien venue pour le moral, après l’échec écoeurant du grand mouvement contre le recul de l’age de la retraite en 2003.

Ces quelques réflexions désabusées ne constituent pas une analyse, en faut-il une ? La revue « Mouvement communiste » a répondu en consacrant un supplément à sa lettre n°18 qui était déjà dédiée au référendum et expliquait que c’était un piège dans lequel les ouvriers ne devaient pas tomber, sans doute les ouvriers ne lisent-ils pas assez "Mouvement communiste" ! Tout d’abord rectifions notre tenue et cessons de rigoler MC annonce la couleur : « les temps rudes pour les révolutionnaires » et pourquoi ça ?- La restructuration mondiale du rapport capitaliste a réussi ?-La chute du socialisme a été la victoire de l’occident ? - Non «  plus de deux électeurs sur trois sont tombés dans le piége de l’illusion électorale » « 81% des ouvriers,79% des chômeurs, 60% des employés, 64% des salariés du secteur public et 61% de ceux du secteur privé ont voté "NON" ils ont rejoint dans le refus du traité les quelques 55% de la catégorie des commerçants, chefs d’entreprise et autres artisans . Nous ne crierons cependant pas avec la presse bourgeoise de gauche, comme de droite à un ....Mai 68 dans les urnes etc. Non pour les révolutionnaires pour les camarades de MC, ce qui est grave est le fait que la haine sourde et parfaitement justifiée qui couve dans les milieux ouvriers les plus durement soumis aux effets néfastes de l’accumulation capitaliste se soit soudés, certes seulement le temps d’une consultation électorale, avec la revendication protectionniste " . Le grand thème est posé, la classe ouvrière a voté pour une politique petite bourgeoise réactionnaire et n’a pas posé sa propre position autonome dépassant le capitalisme, donc les temps sont durs pour... les ouvriers ? - Non pour les révolutionnaires qui savent eux, ce que la classe aurait du faire. Et MC devient lyrique et pathétique : « La puissante classe ouvrière de l’un des pays capitalistes les plus développés de la planète, forte d’une histoire glorieuse de combats intransigeants et ’internationalisme (internationalisme ? Ah bon quand ça ? NDA) S’est mélangée dans les urnes - au sens propre et figuré - aux couches les plus arriérées du pays, vivant le plus souvent hors des grandes métropoles...Ces secteurs marginaux de la société civile cherchent désespérément des moyens (dont celui électoral) pour résister à la prolétarisation et à l’avancée des rapport de production purement capitalistes. Leur souffrances n’indiffère pas les OUVRIERS CONSCIENTS mais ces derniers savent qu’ils n’ont rien à gagner en associant leur sort à celui des classes arriérées résidus de périodes heureusement révolues - Ici les « ouvriers conscients » se limitent à MC et éventuellement aux anars, c’est proprement hallucinatoire ! Les ouvriers conscients porteurs de l’histoire glorieuse de la puissante classe ouvrière ! On nage en plein délire programmatique tout cela est une pure construction idéologique au sens le plus banal. La puissante classe, l’histoire glorieuse, les combats intransigeants, tirés des livres poussiéreux, et pour comble de tout l’internationalisme totalement fantasmé. Ensuite dire que ce sont de couches arriérées qui ont voté non c’est aller très vite, MC lui même cite Dominique Goux et Eric Maurin qui disent : « ... L’importance des grandes catégories du non à Masstricht, ouvriers, artisans, ou commerçants, continue de s’effriter (-10%). Depuis treize ans, la transformation sociologique du pays se poursuit à un rythme très soutenu et cette évolution aurait dû mécaniquement jouer en faveur du oui ... En 1992 le clivage était essentiellement entre les non diplômés et les autres. Le basculement d’une partie des diplômés intermédiaires cers le non reflète sans doute la déception de ceux dont les efforts à l’école ne s’accompagnent pas d’une élévation dans la hiérarchie sociale ...Fragilisées par la montée de l’instabilité professionnelle, les classes moyennes du privé restent porteuses d’un non des plus ferme, mais elles sont maintenant rejointes dans le rejet par les classes moyennes du public » De cela MC tire la conclusion suivante : «  ... fait nouveau l’idée réactionnaire de préserver son statut social de cadre a débordé dans le secteur public » Autrement dit les prof sont des nantis ils ont en effet manqué à l’appel du PS ! Le nerf de la thèse de MC c’est tout simplement que le prolétariat s’est trompé ! « Une classe moderne qui a tout à gagner, le prolétariat, ne saurait pas contaminer son projet politique haut - la transformation communiste des rapports humains au moyen de la démolition planifiée des sociétés divisées en classe s- avec la nostalgie réactionnaire d’un monde étriqué moribond ». Que dire devant ce tissu d’incohérence ? D’abord : cette classe n’a pas de projet !, elle n’est plus et ne sera jamais plus un sujet politique, ce projet est celui d’MC qui se prend pour le prolétariat, qui le fait parler d’une vois de ventriloque. MC nous assène : « Le protectionnisme économique et social déborde inévitablement en vulgate xénophobe » Tout d’abord le dit protectionnisme est une peur toute simple, toute banale devant la poursuite de la restructuration dont il est bien connu qu’elle est en retard en France, l’élargissement de l’UE aux pays ex-socialistes qui ont connu des restructurations sauvages et sanglantes ne rassure pas du tout. Le fameux plombier polonais que les « « oui - istes » ont récupéré comme la preuve de la xénophobie du non qu’était-ce ? Un ouvrier ? Pas du tout, c’était un petit patron que la circulaire Frankenstein laissait librement venir concurrencer les petites entreprises françaises (et il ne faut pas oublier que la majorité des salariés de France travaillent dans des petites entreprises) aux condition salariales de leur pays. (il y a eu depuis que j’ai écris ce texte quelques exemples particulièrement coquins) Au passage on peut remarquer que les travailleurs « immigrés » de France non été l’objet ( à l’occasion de ce référendum) d’aucune attaque même venant de Le Pen ou De Villiers ! le plombier polonais mettait tout le monde d’accord ! On pourrait dire que le vote à été Agoraphobe en effet il était dirigé contre la « mondialisation libérale » et contre l’élargissement sans limite de l’UE à la Turquie et demain à l’Ukraine et pourquoi pas la Russie. Europe et mondialisation rimaient parfaitement, il y avait agoraphobie aux DEUX sens du mot Agora marché et espace. MC évoque ensuite l’abstention pour voir si de ce côté il n’y aurait pas une attitude digne de la puissante classe ouvrière, las ! une enquête Louis Harris donne :« 39% des abstentionnistes ont déclaré avoir eu un empêchement majeur... 25% ont décidé de ne pas voter car quel que soit le résultat, les gouvernements en font toujours à leur tête, 19% parce que le texte du projet de constitution était incompréhensible, 15% ne s’intéressent pas à la politique,10% par ras le bol 10% n’a pas été en mesure de choisir et MC de conclure : il n’y pas davantage à espérer de cette abstention que de ce vote.

La conclusion est banale, mais MC n’y arrive qu’après avoir espéré que la situation actuelle aurait généré autre chose d’adéquat à leur conception totalement obsolète du rapport de classe (et encore ! l’image de la classe internationaliste qu’ils véhiculent n’ayant jamais existé)

MC se lance dans une longue description des attaques qu’a subi le prolétariat depuis les années 70 . « Les prolétaires jetables en fin de carrière, etc. ont une nouvelle fois crié dans les urnes leur désarroi et leur isolement social et politique. Il est évident que les souffrances qui se sont exprimées si largement dans le vote du 29 mai ne doivent pas être assimilées les unes aux autres. Il y a en effet un véritable abîme entre le cadre déçu du fonctionnement plus qu’imparfait de l’ascenseur social, mécontent d’être de plus en plus attiré vers la condition prolétarienne et l’ancienne ouvrière du textile du Nord ou le travailleur de Moulinex. La douleur de ceux-ci n’indiffère pas les révolutionnaires (tiens ce ne sont plus les ouvriers conscients). Même quand elle s’exprime de la sorte. En revanche, il est évident que cette douleur et surtout ce sentiment diffus de défaite qui leur fait choisir d’insérer un bulletin dans l’urne plutôt que de s’en prendre aux institutions de l’Etat (comme l’avaient fait les sidérurgistes de Lorraine en 1979) il n’y a pour l’instant rien à tirer ...La lutte de classe est bien davantage l’expression de la force sociale et politique des travailleurs que de leur détresse. Mieux, la détresse des travailleurs n’est utile que lorsqu’ils la dépassent par le déploiement de leur confiance en soi, comme classe indépendante de la société dont la vocation est de détruire toutes les oppressions. » Toute la théorie de MC est là : le prolétariat a une vocation il doit se déployer comme classe indépendante ! Tout cela n’est plus, tout cela qui était la social-démocratie, le stalinisme, (au pire) et dans la décomposition du programme, conseillisme et le bordiguisme (au mieux). L’indépendance de la classe c’était la base de son érection en classe dominante, et donc de son écrasement par la nouvelle classe capitaliste générée par le socialisme. Voyons maintenant comment MC comprend le démocratisme radical. « Le vote du 29 mai a fait état le plus pertinemment possible d’une colère partagée par la grande majorité de la population, on ne peut pas faire l’impasse des idées que cette colère a produite. Plusieurs de ces idées ont certes crû dans le bouillon de culture de l’exploitation et de l’oppression (‘je souligne) mais elles ne sont pas moins inutiles voire le plus souvent nuisibles à l’éclosion d’un mouvement indépendant de la classe ouvrière. Et MC d’attaquer sur les délocalisations donnant des chiffres pour démontrer que la peur de perdre son emploi à cause des délocalisations est fausse et impulsée par « les politiciens bourgeois de droite et de gauche » et la peur d’un « libéralisme » qu’ils démonisent. MC nous explique que les salaires des pays de l’est rattrapant ceux de l’ouest et que donc ils ne concurrencent pas les salaires français. Cette conception passe totalement à côté de la mondialisation réelle du capitalisme et de son effet tout aussi réel sur la condition salariale : son atomisation, sa flexibilisation, sa précarisation, sa mondialisation, qui constituent ensemble la fin de l’identité ouvrière que justement MC regrette.

«  Que dire pour finir ? Les révolutionnaires ont encore beaucoup de boulot »

MC dans ses imprécations et ses lamentations ne comprend pas du tout que ces « idées nuisibles » (qui s’appellent elle mêmes l’altermondialisme) qui ont en effet crû dans les luttes de classe, si elles ne posent aucun au-delà du capital, c’est bien parce l’au-delà socialiste du programme ouvrier est caduc, et que simultanément la communisation, qui est le contraire de l’indépendance de classe puisqu’elle est abolition immédiate des toutes les classes, devient visible dans les écarts qui s’entrouvrent dans la limite des luttes.

La restructuration capitaliste est globalement acquise puis les années 90, mais la particularité de cette restructuration c’est qu’elle ne sera jamais réellement achevée. Chaque étape débouche sur nouvelle étape, aucune stabilisation du rapport d’exploitation qui serait présentable comme un « nouveau compromis » ne se produira. Les Etats démocratiques doivent acter les « réformes » qui liquident pièce par pièce les éléments du cadre de l’exploitation élaboré durant les 30 glorieuses qui subsistent encore ; et il devient de plus en plus difficile de faire avaliser ces aggravations de l’exploitation par le bon peuple. Les votes en France, en Hollande, et en Allemagne sont tous des refus d’avaliser démocratiquement la destruction de toutes les formes plus ou moins garanties de la reproduction sociale. Cela commence à poser un problème aux systèmes politiques démocratiques, non pas qu’ils renonceraient à leurs réformes inéluctables, mais ils doivent trouver des procédures nouvelles, on peut leur faire confiance. Il est probable que le DISCOURS sur « les réformes courageuses mais nécessaires, bien qu’impopulaires » devra changer et devra se présenter comme plus protecteur, ne serait-ce qu’en dernière instance, protecteur des entreprises devant des OPA , protecteur d’emplois en cas de délocalisation (HP) et même promouvoir une certaine protection salariale dans le cadre de la « fléxisécurité ».

Par ailleurs les votes récents montrent que la colère donne maintenant naissance à des phénomènes électoraux (cela avait commencé en France en 2002 avec Le Pen au second tour) sur lesquels les démocrates radicaux peuvent essayer de se fonder pour constituer le fameux débouché politique que les mouvements sociaux ne donnent jamais. C’est en France le « non de gauche » qu’on essaye de transformer en alternative politique avec la LCR, le PCF et Bové en vue de promouvoir finalement Fabius ! C’est en Allemagne de Linkspartei qui pousse Schröder à « Gauchir » son discours et à faire ainsi une remontée étonnante qui amène le SPD à modérer les projets « réformistes » radicaux de la CDU.

La mise en forme politique de la poursuite de la restructuration pose de nouveaux problèmes assez épineux comme la pagaille au PS et le duel Sarko - Villepin le montrent.

Les magouilles pour essayer de mettre Bové en position de candidat et l’éventuelle perspective de rouler pour Fabius, vont donner du grain à moudre à l’anticitoyennisme minimal, aux dénonciations du genre de celle fait MC en s’en prenant aux politiciens bourgeois et aux idées nuisibles .

Depuis l’écriture de ce texte, la révolte des banlieues a quelque peu changé la donne à gauche, la totale incapacité de la « gauche de gauche » à dire quoi que ce soit, son déphasage absolu, a sans doute ruiné tout espoir Bovéiste et a rendu crédible un 2ème tour de la présidentielle entre Sarko (dans le rôle de Le pen) et Villepin (dans celui de Chirac) à suivre... .

Commentaires :

  • Les votants et les anti-votants ou plus radical que moi, tu meurs, jef, 20 décembre 2005

    que dire sinon merci BL, je transmets illico à un pote de MC, histoire de rigoler un peu.


  • Les votants et les anti-votants ou plus radical que moi, tu meurs, Denis, 21 décembre 2005

    L’analyse de Bernard Lyon est convaincante, mais il est reste une question : les conneries du Mouvement Communiste ont-elles une telle importance qu’il faille se donner la peine de les critiquer ?


  • Les votants et les anti-votants ou plus radical que moi, tu meurs, yvan, 16 février 2006

    la possibilité de relocaliser l’économie et de la moraliser une fois pour toute par la micro communauté des citoyens passe par la construction européenne , aussi . tu dis que le vote était agoraphobe : contre le marché , contre l’espace et son extension sans limite . je crois surtout que ce qui colère le peuple actuellment c’est la (jute) [chute ou joute ?ajout du webmestre] de la démocratie médiatico parlementaire , amorcé par léffondrement des 2 tours . je ne suis pas très vieux et je n’ai pas de souvenir bien nette des campagnes de 2002 ou maastrich mais j’ai le sentiment que les dénie de "démocratie" n’ont jamais autant proliféré , comme la réhabilitation de la torture ( dispisitifs de police, d’insertion , d’éducation , de santé ) face à la menace externe le terrorisme , comme la menace interne qui débouche sur un racisme anti pauvre et une extension sans précédent des sacrifice humains sur lesquel repose notre belle économie . ce que nous attendons peut être tous c’est un homme . mais l’homme qui vient semble t’il c’est le paranoïaque sarkozy, le test de dracula . si les positions semblaient tranchés sur le référendum , elles l’étaient beaucoup moi pour les banlieux , dont le traitement médiatique nous assure d’un quinquénat sarko, nommé mandataire liquidateur de cette société ruinés . la fin approche , et la majorité semble assez presser d’en finir avec l’orage contre révolutionnaire. mais la mesur de sarko et sans doute un autre homme porté par la construiction d’une intelligence commune , aussi fragile que l’amour mais plus forte que la peur. la voie autonomiste, comme celle énoncé dans l’appel, semble être , à quelques rare exception près , devenu un non sens historique . le démocratisme radical n’aurait t’il pas à miser sur une politique des revenus adéquat ( revenu garanti ) et la création d’institution locale (cantonale , intercommunale ) d’un nouveaux genre (centre de traitement de l’information , maison du peuple , régies de quartier ). j’aimerais bien savoir ce que TC ou le collectif meeting a à dire sur ce sujet , la nécessité de reconstruire par le bas .

    la coopérative municipale .

On French Riots - John

Wednesday, 21 December 2005. This is a rough draft of a future article by John, originally taken from a "group of discussion" (mailing-list).

’We burn cause it’s the only way to make ourselves heard, because its solidarity with the rest of the non-citizens in this country, with this whole underclass. The guys whose cars get torched, they understand. Ok, sometimes they do. We have to do this. Our parents, they understand. They did nothing, they suffered in silence. We don’t have a choice. We’re sinking in shit, and France is standing on our heads. One way or another we’re heading for prison. It might as well be for actually doing something’

– interview in the Guardian, Nov. 9th 2005

The Renault showroom in the ’City of Three Thousand’ housing project, Aulnay-sous-Bois, was burnt to the ground the night of Wednesday November 2nd. The 40 or so brand new cars inside fed the ferocity of the conflagration, confounding the efforts of a couple of hundred firemen to put out the flames. A few days later, in the boxing gym down the road, perfunctory attempts to condemn the rioters as ’silly kids’ gave way to invective when the subject of the Renault showroom came up: "You know, that place employed 55 people. Do you know how many of them came from round here? Not one."

French companies get tax breaks for investing in the banlieue, but it is common that they use the same criteria employing people here that they have elsewhere: an African or Arabic name, an address from a certain neighbourhood – even if it is the neighbourhood where the job is located – and you will be passed over in favour of a more ’respectable’ CV. It is not true that everyone in the banlieue is unemployed or a drug dealer. The lucky few can find work in factories relocated to these areas in search of cheap labour as well as tax breaks, and others can get part-time work in the various ’associations’ for education or against drugs and violence. These latter are publicly funded organisations designed to kill two birds with one stone – dampen the spiralling crime and revolt, as well as artificially lower the unemployment statistics by dolling out ’jobs’ to all-comers. But these measures are obviously ineffective in the long-term (combating neither the causes of crime nor unemployment) and they have seen drastic budget cuts in the last 3 years. The cuts have perhaps been exaggerated as a cause of the recent riots (by militant association workers with a bigger voice in the media than anyone else in the banlieue) but combine it with the recent tightening of the welfare benefits on which a large percentage (sometimes 50%) of the local population survive, and it becomes clear that it is not only police harassment but also the ’social wage’ of a growing precarious section of the working class which is under contestation in these riots. Faced with a capital which increasingly abandons its role in reproducing the proletariat, the class is forced to demand the universality of its own reproduction, the ’normalisation’ of equal access to employment and benefits, from the perspective of an exceptional particularity which itself threatens to become the ’norm’ for the proletariat as a whole. It is thus both a struggle against a particular proletarian condition which is becoming universal, and for a normal proletarian condition which is becoming impossible. The members of the boxing gym expressed a wish to be treated like ’French workers’, which means permanent contracts and ’respectable jobs’, not the shit line-work the men get offered in the factories, or the cleaning jobs the women do in the bourgeois suburbs; the trouble is they know that ’French workers’ live in fear of being treated like them, and are wont to support the provocative and repressive measures of the state for this reason.

‘The events’

Young proletarians in the French banlieue burn 90 cars per day on average. Burning cars is a tradition which dates back to the late seventies when proles in Strasbourg started to celebrate New Years Eve with a cheaper means of explosive than fireworks. Some sociologists have pointed out that the car is a symbol of the mobility denied to most ghetto dwellers, and incurs their rage partly for this reason, but a simpler explanation is the ease with which a car can be torched and afford a spectacle for the arsonists whilst also attracting police and journalists who will come and report these incidents if the conflagration is big enough. The fact that burning cars is one of the only ways of getting some kind of recognition by the rest of French society, as well as an established means of pissing off the cops, shows to some extent why teenage boys in Clichy-sous-Bois took to it immediately on the night when they heard that two of their companions had been killed whilst hiding from the cops in an electrical substation. This story spread quickly, as the deaths caused a temporary blackout which extended to the police station where some of their friends were being interrogated. Journalists reported it that night on TV, even the Prime Minister was questioned and repeated the official lie that the boys were involved in a robbery and that the police did not give chase (two lies made more blatant by the fact that they seem to contradict one another).

The first cars to go were postal vans; also bus shelters and trash cans were torched that night (all of which shows the extent to which state-property was at the receiving end of the rioters attention from the beginning). The next night, when it was clear that the official lies would be repeated and the cops would not apologise, more people came into the streets, this time older men as well as teenagers, but the police were ready with rubber bullets and tear gas. The rioting continues the next two nights, with some 80 cars burnt and 60 arrests, until on Sunday evening, in an area-wide heavy police clampdown, a dispute involving an illegally parked car outside a mosque leads to the cops firing a tear gas canister into the mosque itself (it is the night after Laylat Qadr, the holiest day of the Muslim year). Again there are more official lies denying this incident (’it was a different kind of canister than those used by the cops’) and no prospect of an apology forthcoming; indeed on the scene there are reports of cops using racial and sexual insults against women as they run out of the mosque. It is only at this point, in reaction to the media coverage of this incident the next day (and the media for the first time questioning the state’s version of events in both cases), that the riot began to spread outside of Clichy-Sous-Bois, first to the rest of the Seine-St-Denis area, then on wednesday to the rest of France. By Saturday over a thousand vehicles had been burnt in total, but the conflagration was growing exponentially, and on Monday night alone 1,400 were torched. In the full period of two weeks almost 10,000 cars burnt in about 300 localtities. On top of this, dozens of public buildings were set on fire, mostly state-owned buildings like schools, cop shops, dole offices, gymnasiums, but also many shops, warehouses and even one factory (French insurance companies estimate the total damage at 200 million euros).

These numbers might give an impression of a massive riot taking over large areas and overwhelming the cops, but few of any of those 10,000 burning cars were used as barricades. If the cars were used as anything other than as ciphers for the media it was to tie up police and firemen or (in a few cases) to set up ambushes for them and pelt them with rocks. There were very few attempts to hold territory by the rioters. It was mainly small autonomous groups of friends (mostly teenage boys), avoiding real confrontation with the cops and burning what they could in order to get their ghetto on the nightly news: with its map of France on which the cloud and sun icons were replaced by little flames. Soon the media realised that there was an element of competition between different cities and different ghettos and stopped reporting the numbers of cars burnt by localities. Those who were burning buildings seem to have been somewhat distinct from those burning cars, tending to be older and acting with greater preparedness and selectivity. Going by the few interviews we made and others in the press it seems that the latter actions were also more divisive than the former, with more people willing to denounce the burning of a school than the burning of locally owned cars. However, this may be due to the relative controversy of the actions in French culture in general: the school in France represents the most important values of the republic (and they were obviously targeted for this reason) whilst car burning is not only a common event but fits into a somewhat institutionalised symbolic tradition of street protest. Even some of the owners of the burnt out cars were willing to defend the actions in interviews, acknowledging that all established political channels had been exhausted and pointing out that it is the only way of getting the attention of the media and the state. However there was a widespread de facto solidarity beyond any explicit discourse, for many of the actions were carried out in such a way as to depend on the complicity of the local populace and the number of people denounced to the cops was relatively low.

The specificity of the riots

The radicals and activists I met experienced ’the events’ (as they came to be known in the French media) as if they were taking place in another country, and it seemed that at least in Paris no-one from the radical left had any contact with the rioters. Some people tried to support the riots through writing leaflets and going to demos against police brutality, but the demos were poorly attended, and as others pointed out it made little sense to ’support’ a riot, you either participated or you didn’t. Yet unlike previous riots which took place in specific places, with large groups of people and often during the day, these were seemingly randomly distributed night-time skirmishes and essentially impossible to join. The only way for ’radicals’ to participate was to do their own things with their own groups of friends in their own neighbourhoods. Thus the few who did manage to participate remained as isolated from the rest of the rioters as the the groups of rioters were amongst themselves. However this difficulty of contact and communication posed even more of a problem for the leftist associations or religious groups that would have wanted to play the role of mediators, they were caught completely off guard by the events and could do nothing but impotently call for a return to calm, thus showing themselves to be the enemies of the rioters.

Now that the riots are over (having literally burnt themselves out in some areas) the work of analysis can begin. This will happen not only in the press and government circles, but above all in the French left whose forté is theory post festum. Did it show the bankruptcy of the French model of a state-led republicanism, or the first expression of the liberal ’Anglo-Saxon’ one which threatens to replace it? Was race a factor in the riots, did they affirm a communitarian identity? Or did they display a unified patchwork of colours and creeds, all demanding equality of citizenship as ’children of the republic’? The silence of the rioters means that all these questions will be posed rhetorically, along with one or other proposition of a ’solution’ to the riots.

On this list R. and Yannis raise the question of ’collective bargaining by riot’ and this is more interesting for it corresponds to a debate among communists about the ’revendicative’ status of the riots, or the extent to which they pose demands. At one end of the debate are those who deny that any demands have or could be made in this form of struggle, seeking to distinguish it from traditional forms of workers struggle. Depending on what you think about those traditional forms this is either a good thing or a bad thing: either the riots are denounced as counter-productive ’lumpen’ actions with anti-social content, or they are romanticised as pure ’unrecuperable’ forms of revolt with no illusions. For both these views the distinguishing feature of the riots is their nihilism. At the other end of the debate are those in TC who (rather provocatively) call the riots ’syndicalist’, asserting that the demands are clear, that the struggle has a pragmatic defensive character, and that the perspective of the struggle is no more ’nihilistic’ or ’suicidal’ than any current struggle in the workplace. On this view the ’demands’ are: for the end of the (often racist) harassment and provocation by the cops, for the defence of the social wage as it exists against the recent tightening of the welfare system, and, yes, for employment: to be treated as ’normal workers’; in a word, for ’respect’1. The fact that most don’t want the crap jobs on offer, that they are often so undisciplined as to be unemployable, and that everyone knows that the ’normal’ ’respected’ worker in France is an endangered species, does not negate these demands, it just makes them contradictory (and what demands aren’t contradictory these days?). On this view then, if this is a form of collective bargaining it is one in which the price of the sought after ’respectability’ will always remain impossibly high. Just as in England, the term ’respect’ in France has come to signify a split within the proletariat, a split which is often racialised, but which opens up just as much between 1st and 2nd generation immigrants: it is the split between those who have gained some minimal recompense and recognition for their labour and those on their doorstep who represent the disrepute into which they could so easily slip – if they lose their job, if the housing market collapses, if their neighbourhood goes the same way as the ghetto down the road. It is the mutually opposed demand for ’respect’ on both sides, from those who have nothing to lose but respect and those who have nothing else to gain, which shows how for the proletariat today, class adherence has been reduced to an external constraint imposed by capital. TC argue that in this situation there are no means for building a class unity based on the proletarian condition other than a struggle against that condition itself.

A comparison which R. made between these riots and those of the early eighties in the UK is one which has occurred to many of us. In both cases a prolonged crisis of unemployment and a variety of liberal restructuring measures created a state of tension in which the riots of the most dispossessed was just the most violent of a series of confrontations with the state2. The form of rioting was different but the large spread of the riots was the same. As was the separation between the riots and the struggles of the most militant sectors of the old workers’ movement (in England manufacturing, in France the public sector). However this kind of comparison risks the mistake of seeing history as race, with France lagging 20 years behind the US and UK economies. Witness the hubris of the UK press in its response to the riots: wagging their fingers at France’s failure to reflect its ethnic diversity in public life or create a truly flexible job market at the same time that the ’third way’ is itself being questioned (post-July 7th).

The response of the state

The reaction of the state is perhaps the most immediately significant fact, and shows also the difference with the UK case. Thatcher had liberal judges to go in and reform the police service, forcing them to admit to ’institutional racism’, as well as local community institutions who were given real power and public money. She was also willing to leave the welfare system untouched because she depended on it whilst taking apart the old manufacturing industries. Chirac simply cannot afford to buy off the banlieues, and that kind of multiculturalism would be more difficult in republican France, but he is also obliged to reform the welfare system here and now, making conditions worse in the short term. The only option for the state is therefore more repression, and the decision 4 days after the riots had finished, to prolong the state-of-emergency for 3 months shows the extent to which they realise that the war is only beginning. This law has been used to impose curfews but rarely in areas seriously touched by the riots and often they are just the result of right-wing prefects trying to gain votes by taking tough stance. Apart from the general climate of fear which aids the state in its unpopular reform program, the most significant measures which the state of emergency allows for (and which have already been put into effect) are the ability to carry out raids and expel immigrants without going through the normal judicial channels. The riots have in this sense served as a pretext for the testing of strategies of repression and ’states of exception’ which are as much a portent of the future as the riots themselves.

4,770 people have been arrested of which 763 have been charged already. Most of them seem to have been arrested during the day on the basis of police or grasses claiming to have seen them the night before, or simply in raids of known troublemakers. They would all be tested for traces of gasoline on their clothing, even on the soles of their shoes, and any positive result would be enough for a conviction. The hearings were very informative, for they revealed things that the media never reported, such as the fact that many were done for robbery and small acts of looting (though no mass looting seems to have occurred) and a surprising number had part-time jobs or apprenticeships. The sentences varied greatly but in general they were extremely harsh, often three or four times the usual punishment (3 months in prison for throwing a rock). As far as I could see in Paris there was a little or no prisoner support from the radical left, even from those groups writing ’supportive’ leaflets.

Comments:

  • On French Riots, , 24 December 2005

    So good stuff!!!


  • Une précision, Denis, 13 January 2006

    Je voudrais simplement apporter une précision concernant la dernière phrase de l’article de John: en effet, les choses ont un petit peu évolué après son bref séjour à Paris.

    Même tardive, il y a quand même eu une mobilisation pour essayer d’apporter un soutien aux émeutiers interpellés: en particulier en se rendant dans les tribunaux ou avaient lieu les comparutions immédiates, principalement Bobigny pour la région parisienne. La protestation contre l’état d’urgence a aussi donné lieu a pas mal de rassemblements un peu partout en France.

    Enfin, le soir du 31 decembre, il y avait une manif qui se dirigeait vers la prison de la Santé en solidarité avec les prisonniers et notamment ceux qui se sont retrouvés embastillés après les émeutes.

    Il est vrai que le seul soutien anti-repressif est rapidement apparu comme quelque chose de notoirement insuffisant, même si les idées manquaient pour trouver un autre mode d’intervention.


    • Une précision, Bernard Lyon, 17 January 2006

      Si le soutient anti-répressif est devenu notoirement insuffisant comme "intervention", c’est à mon sens que justement c’est une intervention, c’est à dire une action en direction de quelque chose d’extérieur et si les idées manquent c’est bien parce qu’il s’agissait de trouver des idées, rien ne s’imposait par soi-même.

      Il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de stratégie ni de tactique pour la lutte.

      Toutes les luttes comportent une énorme dimension de réflexion et de discussion sur elles-même, mais ici il n’y avait pas de lutte, juste un soutient extérieur.

      Quelque chose d’autre qu’un soutient anti-répressif aurait dû être une lutte ayant ses propres objectifs; exactement comme celle des banlieusards eux-mêmes
      Leur but était de se faire "entendre" (We burn cause it’s the only way to make ourselves heard) c’est à dire à dire de revendiquer une reconnaissance sociale une "normalité prolétarienne" qui leur est refusée comme "jpr"

      Les jeunes prolétaires racisés sont vraiment des prolétaires, ils ne sont pas au-delà des classes, même s’ils n’ont plus rien à voir avec le mouvement ouvrier. Il exigent une salarisation même s’ils crachent sur les seuls boulots pour lesquels on les embauche.

      BL


      • Une précision franche, , 19 January 2006

        ’’Les jeunes prolétaires racisés sont vraiment des prolétaires, ils ne sont pas au-delà des classes, même s’ils n’ont plus rien à voir avec le mouvement ouvrier. Il exigent une salarisation même s’ils crachent sur les seuls boulots pour lesquels on les embauche.’’

        Autrement dit, qu’ils/elles embarquent dans ma théorie sinon je les ferai embarquer de force. Théoricisme quand tu nous tiens !


        • Une précision franche /allons plus loin, J., 20 January 2006

          Pour plus encore sur le sujet.

          la commune humanité qui habite « au-delà de nos périphs »

      • Une précision, , 20 January 2006

        D’abord on n’ira pas plus loin avec des considérations sociologiques, même de qualité (Beaud-Pialoux).

        Ensuite BL exagère, c’est un genre qu’il se donne, comme tout le monde (l’homo-théoricus est aussi un monsieur tout le monde).

        Les jeunes prolétaires racisés sont vraiment des prolétaires, ils ne sont pas au-delà des classes, même s’ils n’ont plus rien à voir avec le mouvement ouvrier. Il exigent une salarisation même s’ils crachent sur les seuls boulots pour lesquels on les embauche.

        La première phrase est prometteuse, la deuxième délirante; en elle s’effondre la théorie qui la sous-tend (soutane ?). On passe des apparences de la rigueur à celles de la subjectivité pure : "ils exigent une salarisation" n’est que la projection de BL sur ce que sont supposés "exiger" ces petits gars, projection dont la fonction est d’alimenter en boucle la théorie projetée. Ya un moment faudra arrêter le massacre tautologique, et préserver ce qu’il faut garder de ce qui l’auto-détruit.

        (ceci est une revendication défensive, pour la théorie communiste)


        • Une précision, , 24 January 2006

          Je me demande comment on peut trouver « délirant », c’est à dire détachée du réel et purement projective, l’affirmation que les jpr exigent une salarisation, quand on vient de lire qu’ils sont vraiment des prolétaires qui en mettant le feu veulent être « entendus » , surtout quand on sait - grâce à la sociologie, ( qui vaut bien la « presse pourrie » comme source !) - qu’ils sont justement massivement au chômage, tout en étant tout de même embauchés épisodiquement. (Ils ont vus récemment leur racisation entérinée par le terrorisme islamiste, qui les fait exclure aussi du travail de bagagiste dans les aéroports.)

          Le terme « exigent » est bien le moindre quand le moyen de se faire entendre est de mettre le feu ! Mais si ce terme est si mal reçu c’est peut être que d’autres « projettent » autre chose sur les petits gars, on les veut bien prolétaires à mille lieues du mouvement ouvrier, mais il ne faut pas qu’ils revendiquent un boulot, il faut qu’il soient des prols volontairement au-delà du travail, il faudrait qu’ils mettent le feu pour la seule satisfaction de la rage, mais elle n’exclut absolument pas le BESOIN de salaire qu’être prolétaire impose.

          S’il faut une preuve, à contrario, de cette évidence, on la trouvera à Marseille qui n’a pas été touchée par la vague « d’émeutes » de novembre.
          Dans l’article « Pourquoi Marseille n’a pas explosé » de Michel Samson du Monde du15/12/05 on trouve :
          « ... explication couramment avancée du calme marseillais...soixante-douze équipements collectifs dans les quatre arrondissements des quartiers nord 225 000 habitants, et deux seulement dans la zone du Mirail à Toulouse 50 000 habitanst. Un pour 3000 à Marseille, un pour 25 000 à Toulouse.

          Résultat : dans ces seuls quartiers nord, l’animation socioculturelle représente plus de 3500 emplois, soit 4% de la population active, et prés de 25% des professions intermédiaires.
          Autant dire qu’il ne s’agit pas d’un détail, d’autant que les emplois d’animateurs, qui représentent 74% des emplois des structures socioculturelles « sont essentiellement occupés pas des jeunes de 17 à 25 ans » une vrais filière professionnelle, et une véritable économie »pour des cités que l’on dit désertées par les possibilités de ressources légales et formelles ». L’évolution est aussi forte que récente : les emplois dans le secteur de l’animation urbaine à Marseille ont augmenté de 661% en moins de vingt ans ! »

          Suivent des explications sur le fait que les quartiers nord sont dans Marseille et sur le caractère cosmopolite du centre-ville, ce qui ne reproduit pas la racisation-exclusion géographique typique des banlieues, surtout celles de Paris. Mais ce qui est clair c’est que la gestion clientéliste du wellfare à Marseille, ville globalement pauvre, a porté ses fruits :

          « La municipalité qui intervient à travers la politique de la ville a mobilisé tous ses animateurs qui, même s’ils sont souvent en bataille avec elle sur les moyens dont ils disposent, partageaient l’analyse que les incendies pouvaient faire plus de mal que de bien aux jeunes des cités. »

          Ce qu’il faut relever c’est que si les actions préventives des animateurs ont réussi, c’est parce qu’ils ne sont pas simplement des pompiers, mais qu’ils sont eux-même tout un pan salarié de la jeunesse prolétaire racisée


          • Une précision, , 25 January 2006

            Entre ces deux points de vue : "ils exigent une salarisation", qui va avec la détermination de cette lutte comme "(défensive et)revendicative", et ce que d’"autres «projettent» dans la "rage", dont je ne suis pas, il y a une marge. Si la question est de refuser à ce mouvement une caractérisation allant "au-delà de l’exigence d’un travail" pour lui prêter des vertus pré-communisatrices, je suis d’accord, il est nécessaire d’être clair, mais je vois un raccourci audacieux dans cette affirmation.

            J’ai mis en question le terme "exige" parce que je n’ai pas entendu une revendication explicite et pour moi, c’est ce que signifie le terme "exige", et cela me paraît être une sur-interprétation que de considérer que "mettre le feu" exprime cette exigence. Cette flambée n’est pas consécutive à la montée de luttes qui auraient échouer, genre manifs avec des banderolles "un emploi pour tous", elle n’est pas l’aboutissement d’une lutte pour l’emploi qui se serait durcie jusqu’à ne plus pouvoir envisager que cette explosion. Il y a eu destruction des médiations institutionnelles de proximité, de tous les symboles de l’échec social, qui dépasse la seule sphère du travail, et ne semble pas l’exiger comme solution. Si les plans de "rénovation urbaine" et autre "politique de la ville" que l’administration d’Etat, avec le relais des élus et associations, fait porter aujourd’hui par Borlo, demain éventuellement par un socialiste, débouchent (il y en aurait pour dix ans et ça coince partout dans le montage des opérations, l’ANRU est un vrai bordel qui préoccupe peut-être les chiraquiens, les socialos et le PC, mais sûrement moins l’UMP qui monte...), il serait possible d’envisager partout des situations comme à Marseille. Je ne pense pas que le rythme des évolutions du capital autorise la moindre stabilisation politique permettant de l’envisager. Sans doute le genre Sarkozy sera-t-il plus adéquat au parachèvement de la restructuration capitaliste en France, et dans ce cas, il n’y aura même plus cette perspective. Nous pourrions alors aller vers une crise sociale généralisée que rien de leurs "solutions" ne viendra endiguer, et la France peut se révéler plus qu’elle ne croit un maillon faible en Europe, puisque la crise politique est latente, en attendant "la crise" du capital global.

            Il faut sans doute s’entendre sur le fait que "l’exigence", pour le moins, n’est pas homogène, ne serait-ce que par ce qui est défait du fameux "lien social", et qui selon toute vraisemblance, ne sera pas retissé. Il faut considérer les relations qu’entretiennent ces luttes avec la délinquance, qu’a notées RS (Ballade en novembre), sachant que l’économie parallèle est une solution immédiatement plus à portée que le salariat, c’est-à-dire qu’il faut envisager sérieusement une dégradation sociale de grande ampleur qui appellera d’autres critères analytiques que "lutte revendicative" vs "lutte révolutionnaire", dans "l’écart". Sur la base de cette dégradation sociale, qu’est-ce qui est possible, je n’en sais rien, mais du point de vue théorique, je pense qu’il faut être attentif à ce que cela peut bousculer dans la formulation actuelle des "limites".

            Au total, c’est la positivité qui est mise dans "ils exigent une salarisation" qui me gêne, mais pas pour la remplacer par une négation, comme d"autres", un refus "conscient" du travail. Je ne crois pas qu’on puisse rabattre l’interprétation du mouvement de novembre sur les enjeux de la discussion en cours ici, dans une logique qui m’apparaît comme binaire. Je crois qu’il y a un refus global qui dépasse chez beaucoup la seule perspective d’avoir un travail.


            • Une précision franche encore une fois, , 28 January 2006

              Ce dernier commentaire m’apparaît particulièrement brillant et éclairant. Je suis tout à fait d’accord.


  • 1. it is true that these demands are somewhat problematically imputed onto a largely mute movement, but this objection would apply even if there were strong mediating organisations who expressed them, we have to overcome the temptation to make of the ’silent majority’ of any movement the radical contrary of its representation. if the government is responding in the words (if not deeds) of ’anti-discrimination’ and ’anti-poverty’ it is not because it is stupid
  • 2. in France public sector strikes, the peasents movement, the lyceens movement, and the movement against the European constitution all saw themselves as against ’liberalism’ and were all denounced for their ’backwardness’ and ’irresponsibility’ by modernists – in this sense the burning of cars in your own neighbourhood is just the most ’barbarous’ end of a continuum of temporal sabotage
it seemed that at least in Paris no-one from the radical left had any contact with the rioters

Encore faudrait-il qu’il y ait une lutte !

mercredi, 7 juin 2006

sur le "gazomètre" à Montreuil

Si de nombreuses personnes ont exprimé leur solidarité avec les (ex)habitants de la rue du Gazomètre ce n’est pas par pur humanisme. Une grande partie de ceux qui vivent dans le bas-Montreuil savent pertinemment que l’expulsion de pauvres du quartier s’inscrit dans un projet déjà bien entamé qui, à brève échéance, signifie des conditions toujours plus invivables pour les prolétaires. La politique de l’extension de Paris vers la proche banlieue (on appelle déjà le bas-Montreuil le 21e arrondissement), l’installation des sièges d’entreprise voulue par la mairie, impliquent de donner à notre environnement un “visage présentable”, conforme aux critères en vigueur dans le monde du management. Cela signifie l’hygiénisation du quartier (clôture des squares, grilles et digicodes qui transforment les cités en couloirs de prison, occupation policière... et bientôt, fermeture des sandwicheries à minuit) et la déportation des pauvres et des immigrés pour que les bobos puissent se sentir en “sécurité”. Nous parlons là d’un processus qui est déjà largement entamé, tous les habitants ont déjà eu à subir l’augmentation vertigineuse des loyers (le même prix dans le bas-Montreuil et le bas-Bagnolet qu’à Paris, c’est-à-dire pas moins de 750 euros pour le plus minable des F2) et on ne compte plus les chantiers en cours avec leurs projets de résidences et immeubles de bureaux tout de verre et d’acier.

C’est pour cette raison que nous avons été si nombreux à nous opposer à l’expulsion du centre Lounès-Matoub par les CRS et la police... nous étions là, non pas en “soutien” (par pur humanisme), mais en solidarité parce que nous sommes concernés et que nous savons bien que l’expulsion des 8 familles du Gazomètre n’est que l’un des épisodes de notre expulsion programmée à tous et que si nous ne résistons pas à ce moment nous n’aurons plus qu’à retourner à notre isolement en attendant qu’on vienne nous chercher un à un. Il y avait là une bonne occasion de se rencontrer, de se compter, de discuter... c’est d’ailleurs ce que nous avons fait. Nous avons résisté quand les flics racistes et arrogants ont frappé certains d’entre nous, nous ne nous sommes pas contentés de nous offusquer de ce “dysfonctionnement” de notre belle démocratie car nous subissons cette violence au quotidien. Il y avait là une occasion de contrer la terreur que “nos” dirigeants nous imposent en permanence et, malgré le fait que c’est principalement nous qui avons pris les coups, nous leur avons au moins signifié qu’il n’est pas évident qu’ils pouront toujours se croire tout permis. Par la suite nous nous sommes emparés du square pour y passer une soirée ensemble, pour y faire ce que NOUS y avions décidé, cette fois ce fut la projection d’un film mais nous pourrions y faire bien d’autres choses collectives si nous le décidions.

Une manifestation s’est organisée sans qu’il y ait eu besoin de rien de plus que d’imprimer un tract et de faire appel aux bonnes volontés pour le distribuer. Sans service d’ordre, sans porte-parole, sans aucune négociation, sans autorisation, sans “responsable”. Parce que nous nous sommes retrouvés ensemble, nous avons pu constituer une force, remettre (un petit peu) en cause la normalité, la passivité, l’indiférence. Cela nous l’avons fait dans nos têtes et dans nos actes, c’est cela qu’on appelle être en lutte. C’est de cela que la mairie, l’Etat et les patrons ont peur, et c’est normal. Ce qui est moins normal c’est la panique qui s’empare des “militants” associatifs, syndicaux et politiques devant ce qui échappe à leur petit train-train. Comment ça ! nous pourrions décider par nous-mêmes, comme ça, sans qu’ils puissent jouer leur rôle d’organisateur ou de médiateur ? Pour eux il y a toujours quelqu’un d’autre qui détient la légitimité pour ce faire : le responsable, le comité, les familles expulsées1, la délégation partie en négociation... Tous ces “militants” ont un rôle à tenir : se substituer aux gens en lutte, ramener les formes et les contenus de la protestation à quelque chose de compatible avec les nécessités des pouvoirs en place.

Aujourd’hui les “militants”, petits cadres associatifs, politiques ou syndicaux se sont constitués en “comité de soutien”, ce comité se réunit régulièrement afin d’assurer le suivi des négociations. 50 personnes réunies dans une salle de la bourse du travail. Voilà, c’est fait, la lutte est enterrée, plus de rencontre entre les habitants, plus de bordel, plus d’initiatives, plus de débats. Il ne reste plus qu’à assurer l’accompagnement des “familles” dans les méandres du labyrinthe bureaucratique.

A la limite nous pourrions concéder que cette tâche est nécessaire, qu’il faut par la négociation et sans user d’un quelconque rapport de force jouer sur la “mauvaise conscience” des membres de l’appareil bureaucratique... nous n’y croyons pas, mais après tout si quelqu’un veut s’en charger, pourquoi pas si nous continuons parallèlement à faire vivre un rapport de forces. Mais ce n’est pas ça que les“petits cadres” ont proposé, ce qu’ils imposent c’est que la forme “comité de soutien” (n’oeuvrant que dans les limites légalistes de ce qui est compatible avec les intérêts des pouvoirs en place, pour une solution “humaine” à des problèmes individuels, au cas par cas) se substitue au processus d’auto-organisation des habitants s’emparant de leurs problèmes collectivement. Leur néo-syndicalisme pleurnichard (les pauvres victimes) n’est en outre absolument pas conséquent : il faudrait qu’ils nous expliquent comment ils comptent obtenir la moindre avancée sur les dossiers spécifiques des familles de la rue du Gazomètre en restant dans le cadre étroit des négociations policées avec la mairie, la préfecture ou le conseil général alors que ce qui caractérise la majorité des expulsés en question est justement qu’ils font partie (selon la légalité qu’ils tiennent tellement à respecter) de cette catégorie de prolétaires pour qui la démocratie a prévu des camps de rétention, le travail au noir, des charters et l’absence de droits sociaux. Déjà on a pu constater que le cas des célibataires est quasiment passé à la trappe (ce qui est la suite logique du discours de différenciation soit-disant humanitaire sur les “pauvres enfants qui dorment dehors”, les “je parle en tant que mère de famille” et toutes les simagrées démagogiques et victimistes). Nous n’oublions pas qu’il a fallu que les “extrémistes” s’énervent lors des réunions pour que les cas des sans-papiers arrêtés soient pris en compte. Il faudrait également que ces “petits cadres” nous expliquent pourquoi il faudrait orienter l’activité du collectif vers l’obtention de nouvelles promesses alors que jusqu’à présent ni la mairie, ni la préfecture n’ont tenu aucune de celles qu’ils avaient faites. Nous savons tous que dans peu de temps (au plus tard le 14 novembre) rien n’aura été résolu.

Néanmoins une occasion a été manquée, nous étions sortis de notre isolement et de nos petites boîtes où le système nous a parqués... et nous savons que cela ne se fait pas si facilement. Mais nous avons expérimenté que c’est toujours possible, que nous ne sommes pas tels des moutons qu’on mène à l’abattoir, des locataires que l’on déplace au gré des fluctuations du marché de l’immobilier, des “citoyens” sujets de monsieur le maire qui décide pour nous de comment nous devons cohabiter, des “usagers” d’un espace public que les gestionnaires nous concèdent parcimonieusement à heures fixes pour garantir la bonne marche du commerce. Il nous reste un peu de patience pour attendre la prochaine occasion de nous assembler et agir collectivement, et recommencer de plus belle en nous inscrivant dans la durée. Malheureusement, cela ne se fera pas en partant de ce “comité de soutien” qui mène en bateau aussi bien les familles expulsées que la potentialité qui a emergé sur la place de la République. Nous connaissons déjà les “résultats du long et dur travail d’accompagnement des familles dans leurs démarches” :

  • le découragement à force de prendre des vessies pour des lanternes en voulant arracher à toutes forces des promesses qui de toute façon ne régleraient en rien la question ;
  • la division à force de faire systématiquement de la différenciation entre les familles et les célibataires, entre les expulsés et les “soutiens” (et bientôt, c’est la suite logique du “cas par cas”, entre les situations négociables et celles que les gouvernants auront décrétées “non présentables”) ;
  • la paralysie de l’enfermement dans le discours idéologique responsable (non-violence, légalisme, victimisme, respect des hiérarchies et racisme à rebours).

Nous avons constaté que dans ce comité, si l’on trouve intolérable que quelqu’un puisse hausser la voix lorsqu’il s’adresse à un de nos gouvernants, on manie l’insulte et la calomnie avec aisance lorsqu’elles s’adressent à ceux dont on pense (peut-être à tort) qu’ils ne peuvent pas se venger. Profitons-en pour faire une petite mise au point : ce qui nous semble puant là-dedans ce n’est pas que l’on se fasse insulter (on a l’habitude), non, c’est que ce sont les mêmes qui nous insultent et que l’on a vus faire des courbettes devant le représentant du gouvernement génocidaire ivoirien ou cirer les pompes de l’adjointe au maire co-responsable de la mise en détention d’au moins deux sans-papiers, des blessures graves et légères de nombreux camarades et d’avoir déclenché une ratonnade policière dans les rues de Montreuil durant plus de trois heures. (à titre d’information, depuis qu’elle nous à fait massacrer, Mme Attia passe ses journées au café de la place dont elle a fait son fief, au grand dam d’une bonne majorité des habitués mais aussi en s’attirant la sympathie de bon nombre des cadres associatifs, ce qui nous fait vomir).

Nous savons que dans ce comité il y a une forte tendance à ménager la mairie pour des raisons de calculs politiciens, pour des intérêts électoraux ou financiers (les subventions distribuées généreusement) et tout simplement pour des raisons de “carrière personnelle” (comment peut-on, à Montreuil, avoir des activités associatives si on est en guerre avec la mairie qui contrôle tout ?). Nous avons pu constater que, dans ce comité, sont présents des relais de la mairie : la FSU et leur proposition de “comité de suivi” qui est en fait une idée suggérée par Brard, la CGT et son tract grossièrement mensonger affirmant que c’est à l’initiative de la préfecture que l’évacuation du centre Lounès-Matoub aurait eu lieu et que le relogement serait exclusivement du ressort de l’Etat. Mais nous ne disons pas pour autant que parmi les militants il n’y a que des crapules froides et calculatrices, en revanche force est de constater que les habitudes bureaucratiques, le rôle qu’ils se sont eux-mêmes attribué, leur irrationnelle foi dans les instances démocratiques et leur culte du respect formel des règles (quelle qu’elles soient) en ont fait les fossoyeurs de la lutte.

Parce que la volonté des “petits cadres” et l’aliénation propre aux classes moyennes (les aspirants bobos) se sont unies pour qu’il n’y ait pas de lutte mais seulement une “protestation citoyenne” visant à la gestion humanitaire d’un problème particulier et isolé en partenariat avec les instances régulièrement élues, nous n’avons rien à faire dans cette instance de pacification sociale.

C’est ensemble que les gens concernés détermineront les modalités de leur lutte. Et “ensemble” ne signifie en rien l’unanimisme des grenouillages politiciens qui est en fait l’alignement sur la position la plus conciliatrice.

Le 24 septembre 2005

Quelques futurs expulsés du bas-Montreuil en résistance